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Vivre ensemble

100 000 demandes d’asile et la chasse au migrant continue

Les politiques migratoires et d’asile du gouvernement interrogent jusque dans la majorité présidentielle par leur inhumanité. Alors que les flux se réduisent et que l’enfer libyen a enfin été largement médiatisé, le gouvernement français poursuit les politiques précédentes de chasse au migrant.

Le cap des 100 000 demandes d’asile

Les demandes d’asile ont progressé de 17% en France, entre 2016 et 2017, dépassant le cap symbolique des 100 000, soit 0,0015%  de la population française. Cette hausse est principalement portée par la hausse du nombre d’Albanais ayant déposé une demande. Le temps de traitement a lui continué à s’améliorer pour atteindre 114 jours. Ce temps cache toutefois le temps bien plus long nécessaire pour formuler la demande.

Ces derniers sont quasi systématiquement refusés avec un taux d’acceptation de la demande d’asile à 6,5% seulement. Ils représentent le premier contingent des demandeurs d’asile devant les Afghans et les Haïtiens. Ces derniers arrivent principalement en Guyane et eux aussi voient leurs demandes quasi systématiquement refusées avec un taux d’acceptation inférieur à 3%.

Les Syriens ne sont que la sixième nationalité représentée parmi les demandeurs d’asile. La situation du pays et la médiatisation de leur situation conduisent à un très fort taux d’acceptation de leurs demandes qui est supérieur à 95%.

Les demandes des Soudanais, dont les pays récemment divisés sont plongés dans un conflit meurtrier, sont en baisse par rapport à l’année dernière bien qu’ils continuent de représenter la quatrième nationalité. On observe également depuis le continent africain, une hausse des demandeurs venus de Guinée et de Côte d’Ivoire avec des taux d’acceptation relativement faibles.

Réfugiés et migrants

Les taux d’acceptation très bas de certaines nationalités montrent finalement la distinction qui est opérée entre migrants économiques et réfugiés. Cette distinction est résumée par la déclaration du Président de la République en novembre dernier :

« En France on va protéger tous les gens qui relèvent de l’asile, qui ne sont pas en sécurité chez eux, mais on ne peut pas accueillir tous les gens qui viennent avec des visas de commerce ou d’étudiant et qui restent après. »

Le même mois il déclarera à Ouagadougou que les migrants économiques africains « n’ont aucune chance d’obtenir l’asile ».

Si les différentes conventions sur les réfugiés ne reconnaissent aucunement un droit d’accueil inconditionnel, rien n’empêche un Etat de mener des politiques humaines.  

On ne peut que constater que ce n’est pas le cas en France, quand on envisage l’enfermement des « dublinés”. Ce n’est pas le cas en France, quand le ministre de l’Intérieur félicite les gendarmes pour leur 40 000 reconduites à la frontière. Ce n’est pas le cas en France quand le préfet des Alpes-Maritimes est condamné pour des refus illégaux d’entrées sur le territoire quitte à laisser mourir des migrants dans les Alpes. Ce n’est pas le cas en France quand des migrants sont expulsés avant leur jugement. Ce n’est pas le cas en France quand on soupçonne les mineurs isolés de mentir sur leur âge pour leur refuser de l’aide.

Une politique inhumaine qui dérange jusque dans la majorité

Après avoir soulevé l’indignation de tous les acteurs du secteur, en souhaitant contrôler les migrants jusque dans les hébergements d’urgences. Le gouvernement a dû essuyer des critiques jusque dans sa propre majorité. Gérard Collomb aurait même selon Le Canard Enchaîné déclaré à ses proches qu’il « en avait marre de passer pour le facho de service ».

Les conséquences de ces politiques sont pourtant connues. Les honteux accords passés avec la Libye ou la Turquie ont restreint les flux de migrants au prix de violations graves des droits de l’Homme. En Méditerranée, on continue de mourir pour gagner l’Europe.

Hier, ce sont entre 90 et 100 migrants qui sont portés disparus dans un naufrage au large de la Libye. L’année 2017 aura été marquée par la mort d’au moins 3 116 migrants en tentant de traverser la Méditerranée, très majoritairement au large des côtes libyennes.

Le rejet du migrant dans le discours politique est une faveur faite à l’extrême droite et à toutes les forces politiques xénophobes. Le gouvernement dans la lignée des précédents, capitule devant les idées les plus nauséabondes. Le Président de la République peut bien appeler à une solution à l’échelle de l’Union Européenne, il semble ne le faire que pour refuser d’adopter une politique humaine à l’échelle française.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde