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CULTURE

12 jours – Un documentaire bienveillant pour des portraits plein d’humanité

12 jours est un documentaire réalisé par le photographe et cinéaste Raymond Depardon. Présenté hors compétition à Cannes il touche à l’hospitalisation sans consentement en milieu psychiatrique. Il filme alors les audiences des patients internés et en dresse des portraits humains.

L’internement d’office, quand la justice rencontre la médecine

Depuis 2013, les patients internés sans consentement en hôpital psychiatrique doivent être présentés sous un délais de 12 jours à un juge des libertés et de la détention. Ce dernier décide, en fonction des observations des médecins si les patients poursuivent ou non leur internement. Ces entretiens peuvent être renouvelés tous les 6 mois si nécessaire.

Lors de l’entretien les médecins ne sont pas présents. D’un côté de la table le juge, de l’autre le patient et son avocat son mis à un pied d’égalité. Ces entretiens Raymond Depardon a pu les filmer, chose rare, à l’hôpital du Vinatier à Lyon. Il a suivi 72 cas, mais n’en a montré qu’une dizaine à l’écran.

Une caméra au coeur de la douleur

Une femme violée à plusieurs reprises se taillant les avant-bras pour “ne plus sentir l’énergie sexuelle de ces hommes”, une employée d’Orange persécutée par son manager avec des pensées suicidaires, un homme veut sortir pour fonder son propre parti politique, il demande à ce qu’on rassure son père qu’il a tué 10 ans plus tôt. Tous et toutes ont été internés à la demande d’un proche, d’un collègue, d’un employeur.

Ils sont en grande fragilité et peuvent porter atteinte à autrui mais surtout à eux même.

Dans 12 jours, ces hommes et ces femmes sont filmés avec une grande humanité, considérés comme des humains avant tout. Ils ne sont pas fous. Depardon pose sa caméra avec beaucoup de bienveillance sur ces personnes, dont il dresse le portrait, qui racontent leur histoire, à cœur ouvert. Il est difficile de rester insensible face à leur parcours.

Ils sont conscients qu’ils ont besoin d’être soignés, suite à la discussion avec le juge ils acceptent de continuer leur séjour à l’hôpital quand d’autres dénoncent un abus de pouvoir et décident de faire appel de la décision du juge. Ils ont 10 jours pour le faire. On peut percevoir des légers sourires sur le visage des juges quand le discours du patient peut paraître incohérent, mais aussi l’émotion et le silence devant cette mère qui veut simplement revoir sa fille, déroulant une bouleversante tirade.

Un documentaire bouleversant qui mérite d’être vu

On remarque un soulagement pour ces personnes, qui ne demandent qu’à être entendus, à qui on invalide leur propos sous prétexte qu’ils n’en sont pas dans la norme. Et ils réussissent à se livrer malgré la présence des caméras.

Sur les 10 patients, aucun ne sera autorisé à sortir de l’hôpital, on aurait aimé voir, le cas échéant, des patients pouvant quitter les lieux pour compléter le documentaire.

Entre chaque entretien, Depardon filme, avec une grande simplicité, à travers de long travelling ou des plans fixes, les couloirs vides de l’hôpital, de service en service, les soins procurés aux patients, les pauses clopes à l’extérieur sur une magnifique musique d’Alexandre Desplat.