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“2017 pas sans les jeunes !” Interview de Camille Lainé, Secrétaire Générale du MJCF

Il y a un an jour pour jour se déroulait la plus grande manifestation contre la loi travail. Ce jour-là l’intersyndicale et les organisations de jeunesse étaient mobilisées dans la rue pour dire non au projet de loi El Khomri. Et c’est également à ce moment que Nuit Debout fut lancée.

Entretien avec Camille Lainé: Secrétaire Générale du Mouvement des Jeunes Communistes de France.

Avant Garde: “Un an après, quels enseignements peut-on tirer de cette mobilisation?”

Camille Lainé: “Tout d’abord, il n’y avait pas eu de mobilisation d’une telle ampleur depuis 6 ans, à l’époque où la droite de Sarkozy réformait le système de retraite. Et de plus, ce sont les jeunes qui sont descendus les premiers dans la rue pour s’opposer à la destruction du code du travail. C’est important car cet épisode a marqué et impliqué toute une génération qui, depuis 2012, n’avait pas vu la couleur de la “priorité jeunesse” promise par François Hollande. Le large rassemblement d’organisations de jeunesse a aussi été un fait inédit puisque 24 organisations étaient autour de la table quand nous avons lancé ensemble le premier appel à la mobilisation. Cela a d’ailleurs permis très rapidement de ne pas être que dans une opposition ponctuelle à un projet de loi. Nous sommes allés bien au-delà en formulant des contre-propositions. En résumé nous avons fait taire tous ceux qui  affirment depuis des années que les jeunes sont résignés et incapables de se battre pour leur avenir. Enfin il y a eu le phénomène nouveau de Nuit Debout, à partir du 31 mars, dans lequel nous avons assuré une présence quotidienne.”

AG: Ces revendications sont-elles encore présentes dans les esprits des jeunes de ce pays?

C.L. :”Oui elles le sont encore, et je pense qu’elles étaient déjà présentes avant que nous les formulions. Les jeunes subissent de plein fouet la précarité et ils ont été au fil du temps écartés du droit commun, en particulier s’agissant de l’accès à l’emploi. Donc qu’elles soient sur le devant de la scène ou non, les aspirations des jeunes sont très claires. Nous voulons être reconnus, protégés et rémunérés à notre juste valeur, nous voulons vivre et travailler dignement, construire sereinement notre avenir. C’est tout l’esprit des revendications que nous avons construites, et c’est la raison pour laquelle tant de jeunes ont repris la rue au printemps dernier. Maintenant les élections approchent et les jeunes sont une nouvelle fois les grands oubliés du débat public. Nous avons bien l’intention que ça change!”

“Nous voulons être reconnus, protégés et rémunérés à notre juste valeur, nous voulons vivre et travailler dignement, construire sereinement notre avenir.”

AG: Il y a quelques jours vous avez lancé avec une dizaine d’organisations de jeunesse une plate-forme de 25 propositions pour la campagne des élections présidentielle et législatives. Peux-tu nous décrire l’ambition de cette plate-forme ?

C.L.: “Nous avons effectivement dévoilé cette plate-forme de propositions le 9 mars dernier. Cette date est loin d’être anodine puisqu’elle correspond à « l’anniversaire » de la première manifestation du mouvement contre la loi Travail, il y a un an. Nous sommes partis du constat que la campagne se déroulait, au milieu des affaires et des petites phrases, sans que les questions de jeunesse ne soient au cœur du débat. Alors qu’on sort d’un quinquennat ou la jeunesse devait être une priorité et où notre génération a repris la rue au printemps dernier, nous ne pouvions pas rester spectateurs ! C’est pourquoi nous avons réuni toutes ces organisations, y compris d’autres qui ne sont pas signataires pour diverses raisons, pour faire émerger cette plate-forme commune et reprendre ensemble la parole alors qu’on tente d’écarter les jeunes des débats.”

AG: Cette plate-forme est très ambitieuse sur le contenu, comment s’est-elle construite ?

C.L.: “Ça a été un moment de travail intense ! Mais il faut dire que nous ne partions pas de rien… Le travail entre organisations mené pendant la Loi Travail et même avant avait déjà permis de construire un socle de revendications communes que l’on retrouve dans la plate-forme. Mais nous voulions quelque chose de positif, qui offre des perspectives de conquête, pas uniquement contre une régression ou dans la défense de nos droits. Nous souhaitons exiger des droits nouveaux et ça dès maintenant ! Alors nous avons croisé le travail de chacun. De notre côté, au MJCF, nous avons fait remplir des milliers de questionnaires à l’automne. Puis nous avons tenus dans de très nombreux endroits des « assises » permettant d’identifier à partir des questionnaires et de la participation de beaucoup de jeunes, les mesures prioritaires. D’autres organisations ont également contribué à identifier les mesures phares comme la JOC avec sa grande enquête sur la précarité ou l’UNL autour de la question du droit de vote à 16 ans par exemple. Ce travail de terrain de chacun a permis d’enrichir notre travail et d’atterrir sur cette plate-forme, effectivement ambitieuse mais en lien avec la réalité que vivent les jeunes.

“Une chose est sûre, de la rue aux urnes, 2017 ne se fera pas sans nous!”

AG: Comment aller vous interpeller, informer, faire connaître cette plateforme ?

C.L.: “Il y a plusieurs échelles d’interpellation. Bien évidemment, nous visons les candidats à la présidentielle. Nous leur avons adressé la plate-forme et nous sommes en discussion avec leurs équipes. Nous souhaiterions pouvoir organiser un temps fort avec eux. Mais nous souhaitons également interpeller l’ensemble des candidats aux législatives et surtout redonner la parole aux jeunes dans tout le pays. C’est dans cette optique que nous organisons un « Tour de France » avec au moins une initiative par Région. A chaque fois nous mettrons une thématique de la plateforme en valeur autour d’un débat, d’un concert, avec nos partenaires pour que des jeunes puissent venir porter avec nous ces propositions et que les candidats aux législatives les entendent et s’en emparent.”

AG: Pour finir, ou peut-on retrouver cette plateforme ?

C.L.: “Elle est d’ores et déjà disponible sur les réseaux sociaux grâce aux comptes Facebook et Twitter « 2017 pas sans les jeunes ! » et elle sera très vite dans les mains de tous les militants des organisations signataires à travers un matériel militant pour aller à la rencontre des jeunes dans les lycées, les facs, les quartiers, devant les pôles emplois, les lieux de travail etc… Une chose est sûre, de la rue aux urnes, 2017 ne se fera pas sans nous!”

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Collectif de rédaction d'Avant Garde