Photo by Christian Sterk on Unsplash
Vivre ensemble

2018, une année noire pour les LGBT selon le rapport 2019 de SOS homophobie

SOS homophobie a rendu son rapport annuel sur son activité de recensement l’année dernière. L’année 2018 est marquée par des signalements en hausse par rapport à 2017, les agressions physiques augmentent de façon inquiétante.

Signalement en hausse des agression physique

L’année 2018 est marquée par un augmentation significative des signalements fait à SOS homophobie. Le rapport de l’association se fonde sur des témoignages reçus plutôt qu’une hasardeuse tentative de recensement ou une enquête de victimologie. Cette approche permet à l’association de recueillir des données qualitatives précieuses qui donnent à voir une partie de l’homophobie en France.

L’enquête n’est donc ni exhaustive ni même représentative. Toutefois son suivi sur désormais 25 ans en fait un outil précieux pour suivre les évolutions des LGBTphobies en France. Cette année, 1905 témoignages ont été recueillis pour 1634 situations, plusieurs témoignages pouvant concerner une même situation. Des chiffres en augmentations par rapport à ceux de 2017 de respectivement 15 % et 9 % par rapport à ceux de l’année dernière.

Pour l’association, c’est le signe de LGBTphobies inscrites durablement dans le paysage français ainsi que d’une plus grande prise de parole des victimes. Toutefois SOS homophobie y voit également une année noire pour les personnes LGBT+ constatant que

“l’égalité des droits n’est pas achevée en France et que la loi de la République continue de discriminer des milliers de personnes, de couples et de familles”.

Internet, une zone de danger pour les LGBT

Le premier espace des violences homophobes est de loin internet. Les réseaux sociaux sont ainsi le lieu privilégié d’un déploiement continu de contenus haineux et discriminants. Près du quart des signalements remontés à SOS homophobies concernent des contenus en ligne. Une proportion très importante qui illustre particulièrement l’ampleur du phénomène. Pour la moitié, ces signalements se concentrent sur les deux principaux réseaux sociaux, Facebook et Twitter. Ces derniers sont régulièrement dénoncés pour leur négligence en matière de modération des contenus pourtant illégaux.

Si les cas de harcèlements sur internet remontés restent rares d’après les chiffres de l’association, les insultes et le rejet sont omniprésent. SOS homophobie souligne particulièrement le cas de partage d’informations concernant des violences contre les personnes LGBT accompagné de commentaires injurieux. Le rapport note également un tendance à la publication de vidéos qui sous couvert d’humour sont particulièrement vindicatives pouvant aller jusqu’à l’appel au meurtre.

Plus généralement, le constat est fait que tout contenu mentionnant une problématique LGBT ou une personne LGBT fait quasiment systématiquement l’objet de réactions homophobes très violentes sur internet.

A l’école, harcèlements et LGBTphobies

Le nombre de cas rapporté en milieu scolaire n’est que de 5 %. Toutefois, ce milieu a des spécificités qu’il faut souligner. Plus de la moitié des témoignages concernent des mineurs, principalement scolarisé dans le secondaire, au collège ou au lycée. L’enseignement supérieur fait l’objet de nettement moins de témoignage sans qu’il soit possible d’en tirer des conclusions. Si les élèves sont les premiers auteurs des agressions, dans un quart d’état celle-ci a pour origine le personnel de l’établissement ou les enseignants. Très majoritairement, ce sont les élèves qui sont victimes d’homophobies dans les témoignages récoltés.

Autre spécificité le harcèlement est particulièrement présent, dans près de la moitié des témoignages, la victime fait état d’une situation de harcèlement. Un problème identifié par les pouvoirs publics qui tentent tant bien que mal de lutter contre le harcèlement en milieu scolaire et a lancé cette année une campagne de sensibilisation dédiée à la lutte contre les LGBTphobie. SOS homophobie rappelle d’ailleurs que ses bénévoles sont disponibles pour intervenir dans les établissements dans le cadre de programme de lutte contre l’homophobie

Les personnes LGBT rejetées des lieux publics

Les lieux publics sont le lieu principal des agressions physiques, 62 % d’entre elles se déroulent sur la voie publique. Généralement précédées par des insultes, elles sont très souvent préméditées note l’association. Ainsi les abords de lieux de drague, bars et boite de nuits réputés pour accueillir des personnes LGBT sont régulièrement le théâtre d’agressions. L’expérience de l’agression est particulièrement traumatisante, les agresseurs sont généralement des groupes d’hommes qui parfois se livrent à des véritables déchaînements des violences. SOS homophobie dénonce ainsi l’existence d’une “brigade anti-trav” qui s’est livré pendant plusieurs sur Paris à des agressions transphobes.

Autre caractère commun à ces agressions la passivité des témoins. Le rapport relate ainsi plusieurs témoignages d’agressions dans des bars qui conduisent à l’éviction des personnes agressées.

Les conséquences de ces agressions dans l’espace public sont le développement de stratégie d’évitement de la part des personnes LGBT. Ces derniers évitent de manifester publiquement des gestes d’affections. Ce qui conduit à leur invisibilisation de l’espace public. L’espace public devient ainsi un lieu de rejet des personnes LGBT.

Les lesbiennes davantage ciblées

Les actes recensés visant les lesbiennes ont augmenté de 42 % entre 2017 et 2018 pour représenter plus d’un cinquième des signalements. La moitié des victimes ayant contacté l’association a moins de 35 ans. SOS homophobie note par ailleurs un recensement inégal. Les hommes victimes semblant davantage enclin à dénoncer un acte homophobe que les femmes victimes. Ce bon s’expliquerait donc en partie par une augmentation de la prise de parole des femmes que l’association attribue à MeToo.

Si comme pour les autres formes de LGTBphobies internet en est le théâtre privilégié, la famille est le deuxième lieu qui revient le plus dans les témoignages. De nombreuses jeunes femmes parfois mineures subissent un rejet qui peut aller jusqu’à l’agression physique lorsque leur famille découvre leur orientation sexuelle.

Les débats sur la PMA et la mobilisation des éléments réactionnaires opposés à son ouverture aux couples lesbiens conduisent également à des attaques contre l’homoparentalité. Une réalité pourtant reconnue dans la loi depuis 2012, mais qui fait face à de nombreuses discriminations. C’est paradoxalement la visibilité nouvelle offerte par la possibilité de reconnaître une filiation à chacune des mères qui est parfois la cause de ces discriminations. Dans les crèches et les établissements les scolaires les mères peuvent faire face à des réactions homophobes qui touchent également leurs enfants.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde