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Vivre ensemble

Il y a seulement 50 ans, la “pilule” devenait enfin légale

Tapez “contraception” dans l’onglet actualités de Google et  regardez la manière dont est traitée la question. Que du négatif, de quoi faire craindre le pire et  penser que la pilule est un outil du diable.  Mais qu’en est-il vraiment ? Comment les femmes, la société ont-elles accueilli cet outil il y a 50 ans ?

Petite histoire de la pilule contraceptive

Si la pilule est légalisée en 1967 en France, sa découverte ne date pas d’hier. Le premier prototype fait surface en 1951, à Mexico. Cette découverte est approuvée en 1954 après de nombreux essais à Porto Rico. Sa commercialisation débute en 1960 aux Etats-Unis, mais circule clandestinement bien avant.

Pour l’Europe, c’est l’Angleterre qui est le premier pays à commercialiser la pilule. Dès 1960, la pilule est accessible, mais il n’y a pas encore de large diffusion.Il faut attendre juin 1961 pour que la pilule connaisse une large diffusion après que le Planning familial britannique fasse des essais cliniques concluants. En 1962, les anglaises ont le choix entre plusieurs pilules et dès 1964, elles peuvent accéder au Volidan, la première pilule anglaise.

L’Allemagne fédérale ne tarde pas, puisque le 1er juin 1961 elle commercialise la pilule. Il faut attendre 1965 pour que les allemandes de la République démocratique allemande puissent y accéder. Le Canada est très tardif puisque ce n’est seulement qu’en 1969 que la pilule est autorisée à la suite de la dépénalisation de la contraception.

En France une légalisation tardive de la pilule

En France, les françaises devront attendre 1967 et la loi Neuwirth pour accéder à la pilule.

Dans le même temps, cette loi vient abolir celle de 1920 interdisant toute publicité concernant la contraception. Durant des années le pouvoir politique français est fermé à cette question. La loi sur la natalité, mise en place à la sortie de la première guerre mondiale, pèse sur les consciences et sur les décisions politiques.

Pendant ce temps, nombreuses sont les femmes à souffrir de grossesses non désirées et de grossesses à répétitions. C’est dans ce contexte que se crée dès 1961, le premier centre de planification familiale à Grenoble.  Le lieu est stratégique, on y importe des pilules venues d’Angleterre et de Suisse.

A ce moment là, la pilule est surtout vu comme un moyen de régulariser ses règles et donc de mieux maîtriser sa fécondité.

Quand Lucien Neuwirth décide de porter une loi pour la légalisation de la contraception et par la même l’abolition de l’interdiction de la publicité et information concernant la contraception en France, il part d’un constat social grave.  Il a découvert la pilule comme mode de contraception lors de la seconde guerre mondiale, à Londres en tant que résistant gaulliste, mais il en comprend l’importance sociétale une fois devenu conseiller municipal à Saint-Etienne à l’âge de 23 ans.

Il est confronté à la misère des familles ouvrières de la ville qui se retrouvent en grande difficulté à chaque naissance, sans rien pour empêcher celle-ci de voir le jour, mise à part l’abstinence (inenvisagée par les maris) ou l’avortement clandestin qui provoque majoritairement la mort ou de graves complications.

Elu député en 1958, il tente de convaincre le Général De Gaulle jusqu’ici contre. Ce dernier avait même été choqué que M. Mitterand puisse en parler durant sa campagne.  Il finira par admettre que : « C’est vrai ; transmettre la vie, c’est important. Il faut que ce soit un acte lucide. Continuez. » Une fois le Président convaincu, il fallut convaincre l’Assemblée Nationale puis le Sénat, mais aussi l’opinion publique.

La légalisation de la pilule : fruit de la mobilisation des femmes

Pour le mouvement féministe, c’était une bataille menée depuis de nombreuses années, avec une vente clandestine de moyens de contraception, avec des avortements clandestins quand le moyen contraceptif n’avait pu être pris… Une bataille qui a coûté la vie à de nombreuses femmes, de nombreuses féministes, mais aussi de nombreuses condamnations. Cette loi est donc arrivée comme une réponse tant attendue à une société qui souffrait d’une loi nataliste violente voire meurtrière pour les femmes.

La pilule est donc un outil de libération : les femmes ne subissent plus des grossesses non désirées, mais peuvent choisir quand elles souhaitent être mères, ou bien ne pas l’être.  

Dès sa légalisation,  des critiques sont faites contre la pilule : risque de malformation des futurs bébés, risque de stérilité… mais cette nouveauté vient lutter contre des fléaux urgents vécus par les femmes : de la contrainte de subir, à la mort (suite à des avortements clandestins) en passant par le suicide.

Les associations féministes voient dans la pilule le moyen de répondre à une situation inquiétante et grave, mais aussi de permettre à la femme d’être plus libre, de disposer de son corps et d’entendre mener sa sexualité comme bon lui semble.  Les femmes aussi, ainsi la proportion de femmes entre 15 et 49 ans prenant la pilule va passer de 4% en 1967 à 30% en 1987.

Le nombre augmentera avec la loi autorisant les mineurs à accéder à la pilule sans l’accord parental en 1974. En 1991, la pilule du lendemain [ndlr : qu’il serait plus judicieux d’appeler “pilule d’urgence” puisqu’elle peut être prise de 3 jusqu’à 5 jours, et bientôt 11 jours si les tests scientifiques sont concluants] débarque dans les pharmacies sans prescription médicale. En décembre 1991, la pilule est disponible dans les écoles.

50 ans que la contraception sous forme de pilule a été légalisé.  50 ans que la lutte pour développer les contraceptions continue, mais de manière irrégulière et toujours sous le joug capitaliste.

Le rôle de la pilule dans la vie d’une femme

Mais la pilule n’est pas qu’un moyen contraceptif !

La pilule vient aussi permettre à de nombreuses femmes de vivre leur vie sans que leurs périodes de menstruation ne viennent importuner leur quotidien. On sait quand on va avoir nos règles, on peut s’organiser, prendre nos précautions. On maîtrise mieux les désagréments de la puberté, des menstruations : acné, douleurs, pertes abondantes, migraines…

Les métabolismes des femmes sont tous différents. Il n’y a pas une manière de vivre son cycle, pas une façon de vivre avec ses hormones. Certaines femmes peuvent voir leur menstruation s’étaler sur plusieurs jours, dépassant souvent le cadre de la semaine. Certaines ont des pertes tellement importante qu’elles s’en retrouvent épuisées très rapidement, et sont régulièrement en recherche de protection hygiénique suffisante (tampons, cup, serviette…).

D’autres encore ont des règles non régulières : il est impossible de savoir quand elles arrivent à l’avance, et peuvent même revenir deux fois ou plus dans le mois. La pilule est venue réguler tout ça et permettre aux femmes de vivre le mieux possible en faisant de leur période de menstruations une contrainte moins importante.

Ces nombreuses raisons poussent les femmes à continuer de prendre la pilule. Ces nombreuses raisons ont fait de la pilule un outil de liberté pour les femmes. Beaucoup de jeunes filles débutent la pilule pour ces raisons.

Les critiques faites à la pilule contraceptive

Si la pilule a été et est encore un outil de libération pour les femmes, elle n’en est pas moins un facteur d’inquiétudes. De nombreux articles, sondages et enquêtes viennent accabler ce moyen de contraception. Vérité ou diffamation ?

Sans chercher à répondre dans l’absolu à la question qui relève d’un travail scientifique,il est évident – et ce depuis la création de ce moyen de contraception – que le “rentable” empoisonne les outils de contraception quel qu’il soit. Il faut du rentable, il faut répondre vite à la demande… Et la demande est là, on ne veut plus être importuné par ce qui est vu comme quelque chose de sale, de honteux, à mille lieu de ce que c’est : naturel !

Alors que faire ? Abandonner la pilule et tous les autres moyens de contraception, est-ce la seule solution ? Il semble primordial que la recherche sur ces questions – et sur toutes questions liés à nos santés, à nos corps – soient séparées du facteur marchand.

Il est nécessaire que la recherche sur la contraception avance et soit dotée de plus de moyens afin de développer les outils de contraception qui correspondent à chacune et chacun. Chacun aussi, parce qu’il n’est pas normal que la contraception ne soit l’affaire que des femmes. Les recherches sur la pilule ou autres contraceptifs pour les hommes sont d’ailleurs grandement insuffisantes.

Pilule, stérilet, etc. Les gynécologues, mal formé.e.s

La casse de la formation des gynécologues vient envenimer la situation. La France ne forme plus de gynécologues, mais spécialise des médecins à la question de gynécologie, comme une “option”. C’est pourtant une médecine lourde et délicate que celle qui protège et soigne l’appareil génital des femmes, et bien au-delà.  Une médecine complexe qui n’est pas à prendre à la légère, et qui est donc très loin d’une simple option.

Plus de gynécologue et un meilleur accès à ces soins permettent d’emblée une meilleure information sur les moyens de contraception existants, sur les possibilités d’y avoir recours ou non, et d’assurer un bon suivi afin d’éviter les effets secondaires.

Il en est de même du côté des hommes, où les andrologues, équivalent des gynécologues pour les hommes, manquent cruellement à l’appel. Leur formation est quasi inexistante, et leur profession est majoritairement inconnu des principaux concernés. Mieux connaître son corps, sa sexualité, les moyens de contraception c’est mieux s’accepter et accepter l’autre !

La pilule et l’absence d’éducation à la contraception

De même la diminution drastique des formations d’éducation sexuelle à l’école, la baisse de moyens alloués aux associations de prévention et d’informations, l’abandon de différentes mesures dans les territoires – souvent par manque de moyens, beaucoup par manque de volonté politique des décideurs – n’aident en rien à donner aux femmes les moyens d’être pleinement maîtresse de leur corp, de leur choix de contraception, ou non, de leur suivi.

Par exemple, le pass contraception en Ile-de-France, mis en place par une élue communiste, Henriette Zoughebi, a permi à de très nombreux jeunes d’accéder aux soins gynécologiques, aux structures de dépistages IST* (Infection Sexuellement Transmissible, et non MST, puisque il n’y a pas que les maladies qu’on peut attraper avec un acte sexuel non protégé) et SIDA… Un pass très mal vu par les organisations conservatrices, pour ne pas dire réactionnaires et supprimé par la droite de Madame Pécresse.

Au-delà de la pilule, une contraception adaptée

De nombreuses femmes choisissent d’abandonner toutes formes de contraceptions pour revenir à une gestion naturelle de leur période de menstruation. Chacune son choix, mais aujourd’hui beaucoup reconnaissent abandonner une contraception parce qu’elles ne trouvent pas ce qui leur convient. C’est là qu’est le problème.

En 2017, différents types de contraception, tous respectueux du corps et de l’environnement, devraient exister pour que chacune est le choix. Une contraception ou non mais un droit et un choix libre pour chacune.

Alors pour ce 50ème anniversaire de la légalisation de la pilule, le combat ne doit pas s’arrêter là. L’exigence de  plus de moyens pour la santé et la recherche demeure, afin de faire de la contraception un outil de libération pour toutes et tous.