À Paris, le naming efface Alice Milliat de l’Arena 2

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En construction depuis début mars 2020, l’Arena Alice Milliat va voir son illustre nom remplacé par Adidas. 

D’une surface de 20 000 m² et d’une capacité de 9000 places pour un coût de 125 millions d’euros, la salle doit être achevée d’ici 2023. En juillet 2020, grâce à l’initiative de Nicolas Bonnet-Oulaldj (président du groupe PCF), le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité « qu’il puisse être étudié » que le projet Paris Arena II soit nommé Arena Alice Milliat. 

Qui est Alice Milliat ?

Ce vœu honore la mémoire d’une immense sportive et militante du sport féminin. Pratiquante d’aviron à haut niveau, mais également de natation et hockey sur gazon, elle est présidente du club Fémina-Sport en 1915 et co-fondatrice de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF) en 1917. Elle fonde la Fédération sportive féminine internationale (FSFI) en 1921, avec laquelle elle participe à l’organisation de Jeux mondiaux féminins en 1922. Ces jeux sont en alternance aux Jeux olympiques, suite aux refus du Comité olympique international d’intégrer les femmes aux compétitions d’athlétisme de 1924. Le CIO accepte finalement la participation des femmes pour l’édition suivante en 1928 dans certaines disciplines athlétiques.

Mais, dès 1935, malade et sous le feu d’une virulente critique, elle se retire définitivement de la scène sportive, la FSFI disparaissant l’année suivante. Elle sera progressivement oubliée. Veuve sans enfant, elle meurt le 19 mai 1957 dans le 12e arrondissement de Paris dans l’indifférence, son nom absent même de sa sépulture.

Heureusement ces dernières années, sa mémoire est honorée : la Fondation Alice Milliat promeut le sport féminin dans toute l’Europe depuis 2016 ; des rues, des gymnases ou des salles de sport sont renommés Alice Milliat ; une statue d’elle trône désormais dans la Maison du sport français depuis le 8 mars 2021.

Naming et sexisme

Cependant voilà, alors que son nom commence à peine à être commémoré, on s’apprête à sacrifier sa mémoire sur l’autel du capital et l’oublier une seconde fois. « La première fois l’Histoire se répète comme tragédie, la seconde fois comme farce », écrivait Marx dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, et c’est ici une triste farce qui prend place. Le 12 mai, avançant des raisons budgétaires, le conseil d’administration de la société d’exploitation de la salle a vendu le nom, le projet alors renommé « Adidas-La Chapelle District ».

L’accord de 2,8 millions d’euros servirait, selon les dirigeants d’Adidas, à financer des évènements de sports féminins, mais cette somme, de toute façon inférieure à ce qu’offrait la mairie de Paris, est ridicule par rapport à la publicité dont bénéficierait la multinationale. Cette pratique de « naming » (nommage ou parrainage) se propage depuis une dizaine d’années : MMArena au Mans, Orange Vélodrome à Marseille, ou AccorHotels Arena (Bercy) à Paris. Les lieux publics, des biens communs, sont accaparés par des entreprises, envahissant toujours plus l’espace public.

« Ne laissons pas une marque marcher sur le féminisme ! », répliquent les élus communistes. À l’initiative d’une pétition, ceux-ci dénoncent un revirement inacceptable.