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A Poitiers, une Maison pour les mineurs étrangers isolés

Récit d’une lutte pour le droit à vivre dignement à Poitiers.

La Maison : un lieu d’accueil temporaire

A Poitiers, depuis le mois de juin, un collectif de citoyens a décidé de réquisitionner un immeuble vacant depuis de nombreuses années appartenant au Ministère de la Justice et de le transformer en foyer d’accueil pour jeunes mineurs isolés. Ce lieu se nomme « La Maison », y vivent entre 15 et 30 jeunes, dont l’ASE ne reconnaît pas la minorité et qui sont donc sans ressource ni toit.

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La Maison a été créée en premier lieu afin de ne plus laisser de jeunes dormir dans les rues de Poitiers, les réseaux d’hébergements solidaires étant déjà largement saturés. Cette solution a une vocation temporaire, au-delà d’une mise à l’abris ces jeunes bénéficient d’une aide et une orientation vers les bons interlocuteurs pour leurs démarches administratives ; mais aussi de l’organisation d’ateliers, de temps d’échange et d’activité. Au quotidien se sont une dizaine d’aidants solidaires qui se relaient pour faire fonctionner et vivre ce lieu avec leurs habitants. Chaque semaine depuis plusieurs mois des dizaines de poitevins se mobilisent tous les mercredis en participant à « La Collecte » qui permet de récolter nourriture, produits d’hygiène, d’entretien mais aussi du mobilier et du linge de maison, le tout en fonction des besoins annoncés à l’avance par les membres du collectif.

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Ce collectif s’est constitué en association afin de porter une convention de prêt avec les propriétaires des lieux occupés afin de prendre en charge légalement la responsabilité, l’organisation et la gestion des locaux. En parallèle, le collectif souhaite obtenir le soutien financier de la municipalité de Poitiers sous la forme d’une prise en charge de l’eau et l’électricité du lieu. C’est donc dans une démarche d’ouverture, de solidarité et d’humanisme, que ce foyer extrêmement bien géré, existe depuis 3 mois et demi.

Le ministère de la Justice saisi la Justice, elle s’exécute

Malheureusement le 14 septembre, un juge, saisi par le ministère, a ordonné l’expulsion immédiate de La Maison. En plus de ne pas assumer ses responsabilités, l’Etat, en contradiction totale avec ses engagements pris à travers de nombreux traités internationaux comme la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, essaie maintenant de remettre à la rue ces jeunes et de poursuivre ceux qui bénévolement pallient à ces graves manquements. La vélocité de la décision interroge, en effet le ministère annonce vouloir vendre le bâtiment au printemps 2019, il n’y a donc aucune urgence à faire évacuer surtout à une période où les températures commencent à chuter la nuit.

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L’absurdité de la situation est poussée à son paroxysme par la police qui le soir redirige les mineurs isolés à la rue et/ou venant d’arriver vers La Maison et tous les matins se tient prête à les expulser.

Un élan de solidarité massif, une mobilisation importante

Cela fait maintenant 10 jours, depuis le 17 septembre que des militants se relaient de 5h30 à 21h afin d’empêcher l’intervention des forces de l’ordre. Le collectif a reçu en premier lieu le soutien de nombreuses organisations politiques et associatives du département, dont la plupart sont membres des Etats Généraux de la Migration. Jeudi 20 septembre une première manifestation de soutien a eu lieu à Poitiers, rassemblant plus de 350 personnes.

Entre temps le collectif de La Maison et ses soutiens ont interpellé largement les pouvoirs publics : Préfecture, Département (en charge de l’ASE), Mairie, sans réponse.

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Il a fallu attendre lundi 24 pour qu’enfin, lors du Conseil Municipal, le maire de Poitiers décide de s’exprimer sur le sujet. Poitiers est une ville où la population est fortement attachée à la solidarité et la fraternité, elle fut d’ailleurs l’un de plus importants lieu d’accueil de réfugiés chiliens lors de la dictature de Pinochet, les citoyens s’attendaient donc à un soutien ou au moins une non condamnation du maire. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Alain Claeys a préféré soutenir catégoriquement l’expulsion, en se cachant derrière une position légaliste :

« Je ne soutiendrai jamais un squat, c’est contre la loi ».

Cependant le maire a aussi oublié que la loi garantissait un droit au logement pour tous, que la loi lui permet de réquisitionner des bâtiments vacants comme l’a fait Patrice Bessac à Montreuil. Heureusement face à ce déni de solidarité du maire, des voix discordantes se sont élevées. Dans l’opposition tout d’abord par le biais du groupe Osons Poitiers (NPA, EELV, PG, Ensemble, citoyens…), ensuite dans la majorité par une déclaration du groupe communiste puis d’Yves Jean (par ailleurs président de l’Université), la droite restant muette, le groupe socialiste s’alignant sans ciller sur la position du maire. Dans le même temps se sont encore 250 poitevins qui  étaient réunis dans et devant la salle du Conseil pour apporter leur soutien aux jeunes et au collectif. Face à la pression le maire a cependant accepté de recevoir une délégation du collectif mercredi 26 septembre, avec l’espoir de voir sa position changer.

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Du côté de l’Etat il a fallu plusieurs courriers émanant de différents soutiens pour enfin recevoir, après 10 jours, une première réponse de la Préfecture, de 5 lignes, ne répondant à aucune question et refusant pour le moment tout rendez-vous. Que ce soit à Poitiers ou au sujet de l’Aquarius la politique de Macron-Collomb ne bouge donc pas d’un iota : expulser, emprisonner, refouler, la fraternité n’existant que sur les bracelets en or de la boutique en ligne de l’Elysée.

A l’heure où sont écrites ces lignes les poitevins sont toujours déterminés à empêcher l’expulsion. Malgré la fatigue et le froid les relais s’organisent au quotidien devant La Maison sur ce que l’on nomme maintenant Le Trottoir, un approvisionnement en nourriture est assuré par les citoyens avec le soutien de certains commerçants. Cependant le temps se fait long pour ceux qui vivent depuis presque deux semaines barricadés, l’épée de Damoclès de l’expulsion et du retour à la rue suspendu au-dessus de leur tête.

Pour suivre la mobilisation : https://www.facebook.com/lamaisonpoitiers/

Pour soutenir même en étant loin : https://www.leetchi.com/c/collecte-de-soutien-aux-mineurs-isoles-a-poitiers

Mise à jour

L’épée de Damoclès s’est décrochée.

Mardi 2 octobre à Poitiers c’était la première fois qu’il gelait. Les soutiens de La Maison s’était rassemblés nombreux, malgré le froid, suite à l’annonce de l’expulsion imminente. A 9h ce sont 6 camions de gendarmes mobiles et une dizaine de voitures de police qui se sont déployés, soit une centaine d’uniformes, bloquant intégralement la Voie Malraux (voie d’accès rapide au centre-ville) au bord de laquelle se trouve La Maison. Malgré la présence de nombreux militants, rien n’a pu empêcher l’expulsion.

Le déploiement des forces de l’ordre :

Publicada por La Maison – Hébergement et soutien aux mineurs isolés en danger en Lunes, 1 de octubre de 2018

Après le courrier lacunaire de la préfecture, la seule réponse fut donc l’envoie de la police et un tweet pour se féliciter de l’expulsion. Se féliciter d’avoir mis 14 jeunes à la rue. A cette violence s’ajoute le cynisme le plus total. En effet les jeunes se sont vus remettre un bon leur assurant une nuit d’hôtel et une nuit au 115 sous condition de place. Une 115 toujours bondé sans quoi il n’y aurait pas besoin d’ouvrir des lieux comme l’était La Maison. Enfin, summum de la violence et du cynisme, La Maison a été intégralement murée, afin de s’assurer qu’elle reste vide jusqu’au printemps 2019.

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Tel est la France de Macron, des milliers d’euros dépensés pour mettre des jeunes à la rue, un bâtiment de l’Etat muré pour s’assurer que ces derniers restent bien à la rue.

Cependant le combat n’est pas fini, à Poitiers, comme dans de nombreuses autres villes de France des centaines de citoyens, de militants, s’engagent au quotidien pour défendre la solidarité, le droit de vivre dignement. Aujourd’hui à Poitiers l’heure est d’abord de répondre à l’urgence et de trouver un toit temporaire ou pérenne pour ces jeunes. Mais malheureusement ces actions de solidarité ne pourront jamais palier les graves fautes de l’Etat et de sa politique.