Rédaction | Avant Garde
A LA UNE FRANCE

Archive. Entretien avec Julien Lauprêtre en 2017

En 2017, nous avions eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Julien Lauprêtre pour le numéro 34 d’Avant-Garde. Décédé aujourd’hui, nous re-publions cet entretien en sa mémoire et pour ses combats.

Pouvez-vous rappeler brièvement l’histoire du Secours Populaire et son action aujourd’hui ?

A la fin des années 30, il existait en France le secours rouge. En 1936 avec le front populaire, s’est créé le secours populaire de france et des colonies. Il est dissous en 1939.

Pendant la guerre, la moitié des dirigeants départementaux du secours populaire sont fusillés ou déportés parce que ces héros de la Résistance ont continué sous l’occupation leur activité.

En 1945, à la Libération, est créé le secours populaire français. C’est une association totalement indépendante.

On me demande souvent, dans le bazar, le grand chambardement dans les partis politiques, de quel côté, de quel bord est le secours populaire ? Je leur réponds, que nous sommes de tous les bords de la solidarité.

C’est-à-dire que nous ne tenons pas compte de tel ou tel événement politique, nous ce qui nous intéresse c’est comment on développe la solidarité auprès des enfants, auprès des familles qui sont en grandes difficultés.

Cette année a été une grande année de solidarité.

Nous avons eu 31 villages d’enfants copains du monde qui rassemblent des enfants pour s’aimer, pour s’adorer, plutôt que se fuire et se tuer. Parmis ces enfants qui sont venus, c’est extraordinaire, il y avait des vietnamiens avec des chinois, des enfants des deux corées, des sahraouis et des marocains.

Cette grande idée, des enfants copains du monde, c’est de les rassembler quelques soient les attitudes de leurs gouvernements pour développer la solidarité. C’est vraiment extraordinaire de voir ces enfants discuter entre eux pour faire vivre la solidarité.

Des enfants du Bénin ont ainsi collecté de l’argent pour acquérir des poubelles pour un hôpital. Nous avons comme ça des dizaines d’exemples qui prouvent la vitalité de notre mouvement. Nous souhaitons développer ce programme car nous sommes convaincus qu’apprendre la solidarité aux enfants, représente l’avenir.

Quand les recruteurs djihadistes visent prioritairement les enfants, je me dis que le gosse qui a participé à “Copains du Monde” ne se laissera pas berner. Copains du monde est une expérience qui va peser dans l’avenir des enfants qui ont pu en profiter.

Quelles sont vos campagnes en ce moment ?

En ce moment, les terribles accidents de la nature qui se produisent en différents pays nous occupent. Nous avons été la première association à acheminer de l’aide aux antilles [NDLR : suite au passage de l’ouragan Irma].

Comme disait Henri Barbusse : “La solidarité ce n’est pas des mots, ce sont des actes.” Depuis plusieurs dizaines de jours nos équipes sur place mènent une action très efficace aux côtés des associations locales.

Dès fois les journalistes me disent que nos actions sont dérisoires par rapport à l’ampleur des dégâts. Je leur réponds que pour celui qui reçoit la solidarité ce n’est jamais dérisoire. Pour le gosse qui reçoit la solidarité, c’est une chose extraordinaire, c’est un arc en ciel de bonheur. Nous allons continuer nos actions à destination de tous les pays victimes des calamités.

Que pensez vous des récentes décisions gouvernementales concernant particulièrement les jeunes, comme la baisse des APL ou encore la suppression des contrats aidés ?

Le Secours Populaire n’est pas une organisation syndicale ou un parti politique. Nous constatons les choses et nous essayons de proposer des solutions. Nous sommes littéralement effrayés par l’accroissement du nombre de jeunes qui viennent demander de l’aide au Secours Populaire.

Nous insistons beaucoup auprès d’eux pour leur dire que la solidarité, ce n’est pas la charité, ce n’est pas l’assistanat. Nous leur disons : “Vous avez besoin de quelque chose, qu’est ce qu’on peut faire avec vous ?”

Nous nous réjouissons au Secours Populaire que beaucoup de jeunes qui venaient nous voir pour manger, sont aujourd’hui des bénévoles du Secours Populaire. Ils ont compris qu’il est nécessaire de contribuer à s’en sortir. C’est tout le contraire de la charité, de l’assistance. Chez les jeunes nous avons des trésors d’ingéniosité, de mise en mouvement, alors même qu’ils n’avaient pas pensé qu’ils pouvaient être utiles dans notre société.

Les jeunes s’engagent également, quelle part prennent-ils au Secours Populaire ?

Chez nos bénévoles, on voit beaucoup de retraités mais aussi de plus en plus de jeunes qui participent.

Dans le domaine du sport, des jeunes nous aident à développer des activités, à obtenir des licences, des avantages pour les jeunes sportifs. C’est ainsi que des marathons de la solidarité vont être organisés par les jeunes du Secours Populaire.

L’année prochaine le festival des solidarités sera à Bruxelle. Ce sera les “assises européennes des jeunes”, car nous voulons marquer un grand coup vis à vis de l’Europe et des jeunes.

Que diriez-vous aux jeunes qui nous lisent pour qu’ils s’engagent à vos côtés ?

La vie est très courte. J’appelle les jeunes qui ont envie de faire quelque chose tant qu’ils sont en vie à se rendre utiles dans une société qui va si mal. La société est aujourd’hui marquée par les attentats, par la violence, par la monté du racisme et l’antisémitisme.

Il est très important que des jeunes aujourd’hui s’investissent au Secours Populaire pour faire reculer ces idées par les actes.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde