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Assurance chômage, l’escroquerie du gouvernement

Le gouvernement Philippe a annoncé deux nouveaux cas de droit à l’assurance chômage. Le premier concerne les salariés démissionnaires, le deuxième les travailleurs non salariés. Une véritable escroquerie.

L’assurance chômage, un aspect particulier de la protection sociale

L’assurance chômage n’est pas une branche de la sécurité sociale. Finalement elle diffère même assez radicalement de la Sécu. La plus grande différence c’est qu’elle ne protège ni d’un risque de la vie, ni ne vient consacrer un droit.

La Sécu est composée de quatre branches, deux protègent des accidents de la vie, la maladie et les accidents du travail. Les deux autres viennent consacrer des droits, la branche famille garantit ainsi le niveau de vie des enfants, quand la retraite garantit un droit au repos.

A l’inverse l’assurance chômage protège du non emploi. Elle ne vient pas consacrer un droit à l’inactivité ou à la reconversion professionnelle. Le chômage diffère radicalement de la maladie ou des accidents du travail. Si ces derniers peuvent être réduits avec de la prévention, il en restera toujours une part résiduelle. A l’inverse le chômage peut et doit être éradiqué.

A l’exception de quelques décennies après la seconde guerre mondiale, le chômage a toujours été élevé dans les sociétés capitalistes.

De plus, s’il peut paraître le fruit du hasard à l’échelle de l’individu, il est dans son ensemble le résultat des choix des capitalistes. Ces derniers ont même intérêt à un taux de chômage élevé. A l’exception de quelques décennies après la seconde guerre mondiale, le chômage a toujours été élevé dans les sociétés capitalistes.

L’assurance chômage vient donc aujourd’hui en secours aux privés d’emploi pour leur éviter la misère. En même temps il fait peser le « coût social » de la privation d’emploi sur les salariés alors même que cette dernière profite au patronat.

L’assurance chômage et l’exploitation salariale

Le financement de l’assurance chômage provient des cotisations, donc du travail. Une part marginale depuis de récents accords concernant les intermittents provient de l’Etat, mais la très grande part des sommes destinées aux allocations chômage provient du travail. Il faut noter que si la suppression des cotisations salariales et leur remplacement par la Contribution Social Généralisée est adoptée alors une part non négligeable de l’assurance chômage sera financé par l’impôt. Cet impôt portera sur une assiette plus large que les salaires, puisqu’il touche également les dividendes, le patrimoine, les retraites ou encore les allocations chômage.

Les allocations perçues par les chômeurs indemnisés permettent de maintenir la force de travail du travailleur privé d’emploi. C’est grâce à ces indemnités qu’il est possible de continuer à payer le loyer, entretenir un véhicule, s’habiller, se nourrir, etc. Ce qui autorise à rapidement occuper à nouveau un emploi salarié.

Sans cela, la perte de l’emploi amènerait à un rapide décrochage du niveau de vie pouvant conduire à la marginalisation et donc à l’incapacité de réoccuper rapidement un emploi. Pour que le chômage soit effectivement une armée de réserve qui permette de faire pression sur les salaires, il faut qu’elle soit constituée de travailleurs aptes à occuper un emploi.

Les allocations chômages sont avant tout une sécurité pour les travailleurs face à la privation d’emploi.

Les allocations chômages n’ont bien évidemment pas que ce but. C’est avant tout pour les travailleurs une sécurité face à la privation d’emploi. Mais ce double rôle pousse le patronat à défendre un certain niveau d’assurance chômage.

Historiquement le patronat a même été à l’origine de la création de certaines formes d’assurance chômage. C’est notamment le cas dans les métiers du spectacle, où le régime des intermittents a été réclamé par le patronat.

Aujourd’hui le chômage organisé par la bourgeoisie, est financé par le travail et permet de faire pression à la baisse sur la rémunération du travail. Il impacte finalement doublement les salaires.

L’assurance chômage universelle, une fausse bonne idée ?

L’ouverture à de nouveaux cas de l’indemnisation du chômage ne répond donc absolument pas à un besoin de faire un peu de social et s’inscrit totalement dans les orientations libérales du gouvernement. La volonté de faire financer une protection universelle par l’impôt s’inscrit également dans cette logique.

L’indemnisation chômage pour les indépendants

L’ouverture aux indépendants pose un grand nombre de questions. Pour l’instant on ne connaît pas les modalités envisagées. Dans le programme du président Macron la formulation était la suivante :

« Nous permettrons à tous les travailleurs d’avoir droit à l’assurance-chômage. Les artisans, les commerçants indépendants, les entrepreneurs, les professions libérales, et les agriculteurs disposeront, comme les salariés, de cette protection »

Ce qui permet de supposer que tous pourront y avoir accès, a priori il n’y aura pas d’exclusion de certains indépendants, mais en revanche on ignore si la participation au système assurantielle sera obligatoire. Il est possible d’en douter fortement, tant les oppositions seraient grandes.

En effet si les revenus de ces derniers sont assujettis à la CSG, ils ne versent pas dessus de cotisations dites « patronales » pour le financement de l’assurance chômage. Ces dernières représentent presque les deux tiers de l’ensemble des cotisations.

Les conditions d’indemnisation ne sont pas non plus précisées. La question des autoentrepreneurs et microentrepreneurs va également poser des difficultés. Ces derniers n’exerçant pas, pour beaucoup, une activité à plein temps et n’ayant qu’une comptabilité minimaliste. Si le gouvernement décide de leur fournir une indemnisation chômage on peut craindre un système qui entérine le caractère intermittent de leur activité.

En cas de régime à l’affiliation non obligatoire on peut s’inquiéter d’un affaiblissement des finances de l’assurance chômage. Il y a fort à parier dans une telle hypothèse que l’indemnisation des indépendants soit déficitaire.

Il risque également d’être tentant de revoir les conditions d’indemnisation pour y intégrer plus que les revenus ou même de considérer les revenus du ménage plutôt que de l’individu. Mode de calcul qui pourrait être étendu aux salariés et donc diminuer leur indemnisation.

L’indemnisation chômage pour les salariés démissionnaires

Enfin pour l’ouverture de l’indemnisation pour les salariés démissionnaires les contreparties ont déjà été données. Le président a déjà annoncé sa volonté de priver d’indemnisation ceux qui refuseraient deux emplois.

Plus globalement l’utilisation massive de la rupture conventionnelle, qui permet à un salarié de quitter son emploi en bénéficiant du chômage sans pour autant être licencié, fait craindre un recours tout aussi massif à la démission. Actuellement l’absence d’indemnité chômage en cas de démission dissuade un salarié de se laisser mettre à la porte de cette manière.

Bien que tout ne soit pas encore annoncé, on peut craindre que l’indemnisation du chômage se fassent de façon minimaliste, dans le seul intérêt du patronat. Le financement par l’impôt est peut être un prémice au passage d’une assurance chômage à un nouveau minima social destiné à la recherche d’emploi. Au lieu de servir de filet de sécurité, l’indemnisation viendrait pallier l’absence de plein emploi en assurant le strict minimum pour survivre. Les travailleurs passeraient de période d’emploi à période de chômage selon les seuls besoins du patronat, sans continuité de revenu.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde