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Bac 2021 : Blanquer instrumentalise encore la crise

Le ministre de l’Éducation Nationale a annoncé le 21 janvier aux enseignant-e-s la suppression des épreuves terminales du baccalauréat 2021. 

S’il s’agit d’une décision prise en conséquence de la crise sanitaire qui a profondément bouleversé l’année scolaire, elle n’en est pas moins en décalage avec la vie des lycéen-ne-s.

Les épreuves de terminales, initialement prévues au mois de mars seront donc remplacées par une évaluation par le contrôle continu, prenant en compte pour la validation du bac mais aussi pour la sélection via la plateforme ParcourSup les moyennes des trois trimestres.

Le point de conflit avec les syndicats est, une fois encore, une annonce tardive, « surprise », en plein milieu d’année scolaire, qui déroute le programme prévu par les enseignant-e-s, tandis que ceux-ci réclamaient seulement un décalage des épreuves au mois de juin. Mais ce n’est pas le seul relevé par la communauté de l’enseignement secondaire.

Le contrôle continu creuse le fossé des inégalités

L’intérêt des épreuves terminales du bac repose sur leur anonymisation et la garantie d’un traitement égal de chaque lycéen-ne, indépendamment de leur lycée d’origine, de leur nom, de leur genre, et autres critères discriminants. 

Dans un contexte où la plateforme ParcourSup permet la sélection sur dossier et où le seul paramètre garantissant un semblant d’égalité sont les résultats du bac, est-il judicieux de laisser les établissements d’enseignement supérieur classer les néo-bachelier-e-s suivant le lycée où ils et elles ont étudié ? D’autant plus quand l’on considère les inégalités existantes entre les établissements. Ainsi, en fonction de leur situation, et particulièrement dans un contexte d’austérité, ce choix est clairement en défaveur des lycéen-ne-s.

Contrôle continu et pandémie

L’année scolaire 2020, et maintenant 2021, est un désastre pour la santé mentale des lycéen-ne-s. 

Nous vivons une crise sans précédent, et le gouvernement exige de la population une capacité d’adaptation que beaucoup peinent à supporter. 

Annoncer ainsi au mois de janvier aux lycéen-ne-s un changement radical des épreuves du baccalauréat participe de ce contexte néfaste. Le contrôle continu brise les égalités entre les établissements, mais aussi entre les lycéen-ne-s individuellement. En effet, les épreuves finale permettent aussi aux élèves ayant eu des problèmes au cours de l’année d’avoir leur bac, malgré des résultats moins bons lors d’un trimestre pour des raisons les dépassant. 

Il s’agit aussi d’un choix hyper-individualisant pour les élèves, les renvoyant seuls face à leurs propres résultats, et ne permettant pas l’organisation de temps collectifs de travail dont manquent cruellement les jeunes

Derrière des faux prétextes, un choix idéologique

Une fois de plus, Blanquer dit entendre les revendications des syndicats d’enseignant-e-s et lycéens et une fois de plus, il tape à côté, et prend des décisions irréfléchies, allant dans le sens d’une politique violente et inégalitaire.  

En prétendant que cette décision est un avantage pour la communauté de l’enseignement secondaire, évitant une surcharge d’épreuves en juin, le ministre se sert du prétexte de la crise sanitaire pour faire accepter sa réforme. 

Le report en juin serait une défaite pour la politique éducative du gouvernement. L’objectif est en effet depuis le début du mandat Macron de supprimer le contrôle terminal. Quelle aubaine que ces conditions pour légitimer une réforme rejetée par les syndicats ! Ces derniers se retrouvent au pied du mur, et peinent de plus en plus à lutter contre des politiques de destruction de l’éducation française portées par un Blanquer toujours plus sournois.

À l’image de la gestion catastrophique des conséquences de la crise sanitaire, les choix du ministre plongent les élèves et les enseignants, premiers concerné-e-s, dans l’incompréhension, l’urgence, et les forcent à faire un effort d’adaptation, en dépit des effets sur leur santé mentale, sur leurs chances de réussite et sur leur avenir.