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INTERNATIONAL

La Catalogne se mobilise contre la répression

A l’heure qu’il est, la Catalogne a vu neuf de ses leaders politiques ou associatifs être arrêté·e·s et enfermé·e·s dans des prisons espagnoles, certain·e·s depuis six mois. Sept autres ont fait le choix de l’exil et font l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Les Catalans unis face à la répression

La répression des militant·e·s syndicaux et politiques s’accentue elle aussi avec des centaines de poursuites judiciaires en cours. C’est notamment le cas de Tamara Carrasco, militante des CDR (Comité de Défense de la République), qui avait été accusée de terrorisme pour avoir planifié le blocage d’autoroutes.

Mais l’autoritarisme de l’Espagne ne sévit pas que dans le champ politique. Ces dernières semaines, plusieurs rappeurs ont été condamnés à de la prison ferme. Valtònyc, rappeur catalanophone, a écopé de 3 ans de prison pour injure à la couronne. Pablo Hasél, rappeur catalan, a lui été condamné à 5 ans de prison pour apologie du terrorisme et injure à la couronne.

C’est dans ce contexte qu’une plateforme rassemblant différents syndicats et associations a été créée en mars pour la « défense des institutions catalanes ». Parmi eux, on retrouve les deux grands syndicats Commission ouvrières, proche du Parti communiste et l’Union générale des travailleurs (UGT), proche du Parti socialiste. C’est à l’appel de cette plateforme qu’a eu lieu la manifestation du 15 avril à Barcelone pour la libération des prisonnier·e·s politiques, le retour des exilé·e·s, la fin de l’application de l’article 155 de la Constitution – qui suspend l’autonomie de la Catalogne –  et de la répression.

Une manifestation populaire

Dès 11h, des centaines de milliers de Catalan·e·s étaient déjà dans la rue. Plus de 900 bus venus de toute la Catalogne ont acheminé des milliers de manifestant·e·s. Deux bus partaient complets de Perpignan avec à leur bord une délégation de jeunes communistes. Léa Tytéca, secrétaire de la fédération des Pyrénées Orientales du MJCF, explique leur présence :

« Nous ne nous prononçons pas sur l’indépendance, mais nous ne pouvons accepter une telle répression et un tel déni de démocratie. Nous croyons à l’autodétermination du peuple catalan et nous nous battrons pour qu’elle soit respectée. »

Bien que les mots d’ordres de cette manifestation ne soient pas des mots d’ordres indépendantistes, l’estelada (drapeau indépendantiste catalan) est partout. Rapidement, les boulevards se remplissent et les rues adjacentes aussi. Plus de 700 000 Catalan.ne.s sont dans la rue, soit plus de 10% de la population totale de la Catalogne, faisant état d’un mouvement populaire et large. Les frontières du mouvement indépendantiste vont des couches les plus populaires jusqu’à une partie de la bourgeoisie.

Pour Emma Soler, responsable des Jovents de Catalunya Nord, organisation de jeunesse affiliée à l’ERC (Gauche républicaine catalane, indépendantiste) :

« On ne peut pas nier qu’il y a une bourgeoisie catalane influente, mais celles et ceux qui se mobilisent et qui sont aujourd’hui dans la rue c’est la gauche, ce sont les travailleurs, les jeunes, les plus précaires ».

Là dessus, Ferran Col Soll, militant de l’Eina, syndicat de jeunes, ajoute que :

« La conscience de classe grandit en Catalogne, notamment grâce au mouvement indépendantiste. »

En effet, depuis le référendum du premier octobre les grandes entreprises n’ont pas été à la hauteur de la crise. Dès le 5 octobre les banques Sabadell et CaixaBank ont retiré leur siège social de Catalogne avec une rapidité permise par le gouvernement espagnol. Ce fut également le cas d’entreprises côtées à la bourse de Madrid dont Abertis (gestionnaire d’autoroutes) et Colonial (groupe immobilier).

« Ces multinationales sont maintenant boycottées par beaucoup. Leurs attaques auront permi de voir naître il y a plusieurs mois maintenant une véritable entraide et une solidarité entre les Catalan.ne.s »

nous explique Ferran.

Régulièrement, les hélicoptères de la police nationale passent au dessus des têtes et se font allègrement huer. Mais tout au long de la manifestation, les forces de l’ordre, Mossos, Guardia Urbana et Guardia Civil se sont fait discrets. La manifestation aura été festive et bonne enfant, sans aucune violence à déplorer.

« No tinc por » (Je n’ai pas peur en catalan)

Malgré une répression grandissante, Rut Ribas l’affirme, elle n’a pas peur. Plus jeune députée au parlement catalan, elle s’est d’abord engagée aux élections municipales de 2011 pour porter la parole des jeunes dans son village de Sant Sadurni d’Anoia. Elle a ensuite milité aux JERC et a été élu sous les couleurs de l’ERC en décembre dernier.

« Aujourd’hui, les jeunes se questionnent de plus en plus sur l’indépendance. Même si dans le bloc indépendantiste la droite est légèrement majoritaire, les jeunes votent plus à gauche. Leur rejet des partis indépendantistes de droite est notamment dû aux cas de corruption qui ont sévis dans un passé récent. »

Pour Rut, être de gauche ne suffit plus. Les blocages du gouvernement espagnol (rejets du gouvernement et annulation du tribunal constitutionnel) lorsqu’une loi sociale ou environnementale est promulguée en Catalogne se multiplient. Ce fut notamment le cas pour des lois favorisant l’accès à l’énergie des familles les plus précaires ou de taxation des banques. Alors que l’ERC dispose d’un programme de 50 mesures pour la République catalane telles que l’interdiction des coupures d’électricité pour les plus pauvres ou le revenu minimum de 600€ (dans un pays où le salaire médian est beaucoup moins élevé qu’en France) pour les chômeur·euse·s, étudiant·e·s ou mères célibataires, il semble difficile de pouvoir les appliquer dans ce contexte. C’est ce qui l’amène à penser que seule une rupture avec l’Etat espagnol peut permettre une véritable transformation sociale.

Pour Emma, des Jovents, cette rupture ne doit pas être précipitée :

« Notre horizon c’est la République, mais elle va se construire sur le long terme. Nous sommes dans une situation compliquée, certain·e·s de nos camarades sont en prison ou condamné·e·s à l’exil. Nous avons besoin d’amplifier le mouvement en Catalogne mais aussi à l’international ».

Cette question divise aujourd’hui le camp indépendantiste. Pour la CUP (Candidature d’unité populaire), parti anticapitaliste, il faut proclamer la République catalane sans attendre. Cette question devrait être au coeur des négociations entre les partis indépendantistes pour avancer une candidature unitaire au poste de président de la Generalitat, le gouvernement catalan. Si une entente n’est pas trouvée avant le 22 mai, de nouvelles élections devront être convoquées.

 

Récemment réunie en congrès, la Jeunesse socialiste unifiée de Catalogne (JSUC, jeunesse communiste), a réaffirmé sa position sur la situation actuelle :

“Au cours des derniers mois, nous avons dû faire face à la conflictualité du débat national, polarisé par le discours des droites catalane et espagnole. A chaque instant, nous avons défendu le droit à l’autodétermination dans un cadre de garanties, en promouvant le dialogue et le discours fédéral, mais en nous opposant aux options chauvinistes et en dénonçant la répression judiciaire et policière. Nous cherchons à construire une IIIème République fédérale qui accueille la plurinationalité des peuples d’Espagne, et qui serve les intérêts de la classe travailleuse”.