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CULTURE

Cérémonie des César : une cérémonie politique et un palmarès satisfaisant

La cérémonie des César s’est tenue hier soir, outre les traditionnelles contestations possibles d’une telle cérémonie, et les critiques habituelles sur les modalités de votes, la cérémonie a pris une tournure très politique.

Lire aussi : Les nominations aux César 2018

Des récompenses satisfaisantes…

Avec 13 nominations chacun 120 battements par minute et Au Revoir là haut étaient les grands favoris de cette cérémonie. Au final c’est 120 battements par minutes qui repart avec le plus de statuettes (6) : meilleur espoir masculin pour l’incroyable Nahuel Perez Biscayart, meilleur acteur dans un second rôle pour le très touchant Antoine Reinartz, meilleure musique originale pour Arnaud Rebotini qui est une force du film et meilleur scénario original, meilleur montage et meilleur film pour Robin Campillo.

Du côté d’Au revoir là haut, le film de Dupontel repart avec les César des meilleurs décors, des meilleurs costumes pour Mimi Lempicka (amplement justifié quand on voit le travail fait sur les masques), de la meilleure adaptation, de la meilleure photographie et de la meilleure réalisation.

Tout autant de récompenses justifiées, même si les deux films, aussi bon soient ils, ont écrasé une concurrence bien élevée.

La belle surprise de la soirée revient à Petit Paysan. Le film d’Hubert Charuel qui revient sur le monde paysan et le personnage de Pierre qui fait face à une épidémie de vache folle dans son troupeau était un thriller amplement réussi. Petit Paysan repart donc avec le César du meilleur premier film, du meilleur acteur pour Swann Arlaud et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Giraudeau.

Dans la catégorie meilleure actrice Jeanne Balibar pour son interprétation dans Barbara de Mathieu Amalric repart avec le César. Honnêtement, on ne voyait personne d’autre gagner. Le film qui alternait entre images de fiction et d’archives sur Barbara rendait difficile le discernement entre l’actrice et la chanteuse tant elle a incarné ce personnage. Aussi le film repart avec le meilleur son pour Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau et Stéphane Thiébault qui ont fait un travail remarquable sur l’univers sonore du film.

Le César du meilleur documentaire revient à Raoul Peck pour I am not your negro. Dans ce documentaire poignant, le directeur de la Fémis (a qui on doit aussi Le Jeune Karl Marx cette année) retrace les luttes des Noirs américains pour les droits civiques.

…Mais quelques déceptions

On est un peu triste de revoir partir Jeune Femme de Léonor Séraille ou Grave de Julia Ducournau sans rien. En effet, le César du meilleur espoir féminin est revenu à Camélia Jordana pour son rôle dans Le Brio. Si son interprétation reste crédible, on est loin des réels performances que livrent Laetitia Dosch qui porte Jeune Femme de bout en bout ou Garance Marillier dans Grave.

Aussi, Julia Ducournau aurait largement mérité recevoir le césar de la meilleure réalisation.

Une nouvelle récompense, qu’on ne comprend pas vraiment est apparue cette année. Il s’agit du “prix du public”. Ce dernier récompense le film qui a fait le plus d’entrée en salle. En 2017 c’est Raid Dingue de Danny Boon qui a dominé le box-office. Il est difficile de juger la qualité d’un film par son nombre d’entrée.

Une cérémonie politique

La 43ème cérémonie des César a été placé sous le signe des violences faites aux femmes. En effet, on a vu de nombreux invités et journalistes accrocher à leur costume un ruban blanc en solidarité avec les victimes de violences.

En parallèle, actrices et réalisatrices ont lancé le mouvement  #MaintenantOnAgit. Dans le même lignée que Time’s Up il s’agit de récolter des fonds en faveur des victimes de violences sexuelles.

Aussi, face à un cinéma français ultra dominé par les hommes, actrices, acteurs, réalisatrices et réalisateurs lancent “50/50 en 2020” en faveur de la parité au cinéma. En effet, cette année, aucun film réalisé par une femme ne se retrouve dans la catégorie majeure qu’est meilleur film. Seul Julia Ducournau obtient une nomination en tant que meilleure réalisatrice. Le mouvement veut agir en faveur l’égalité salariale dans tous les corps de métier du cinéma, mais aussi contre la répartition genrée des tâches puisqu’on ne retrouve par exemple que 24% de réalisatrices, ou inversement 98% des scriptes sont des femmes ou 74% sont des maquilleuses.

Enfin, face au succès de 120 battements par minute, des discours éminemment politiques ont été prononcé. En premier lieu Robin Campillo, qui est venu chercher 3 César à titre personnel a interpellé sur la future loi concernant les migrants  :

“on va pouvoir enfermer plus facilement, plus longuement et expulser plus facilement”

Aussi, Rémy Hamai, actuel président d’Act Up Paris a accompagné Robin Campillo, Hugues Charbonneau et Marie-Ange Luciani sur scène pour recevoir le César du meilleur film, et on retiendra ces mots

“SIDA, migrants, ne détournons  pas le regard”

Le palmarès complet

  • César du meilleur film : 120 battements par minute.
  •  César de la meilleure actrice : Jeanne Balibar, dans Barbara.
  •  César de la meilleure réalisation : Albert Dupontel pour Au revoir là-haut.
  •  César du meilleur acteur : Swann Arlaud, dans Petit paysan.
  •  César du meilleur documentaire : I Am Not Your Negro, de Raoul Peck.
  •  César du meilleur second rôle féminin : Sara Giraudeau, dans Petit paysan.
  •  César du meilleur film étranger est attribué à Faute d’amour, réalisé par Andreï Zviaguintsev.
  •  César de la meilleure adaptation : Albert Dupontel et Pierre Le Maître pour Au revoir là-haut.
  •  César du meilleur second rôle masculin : Antoine Reinartz dans 120 Battements par minute.
  •  César du meilleur premier film : Petit Paysan, d’Hubert Charuel.
  •  César d’honneur : Penélope Cruz.
  •  César du meilleur film d’animation : Grand méchant Renard et autres contes.
  •  César du meilleur court-métrage d’animation : Pépé le Morse.
  •  César des meilleurs costumes : Mimi Lempicka pour Au revoir là-haut.
  •  César du public : Raid Dingue, de Dany Boon.
  •  César du meilleur scénario original : Robin Campillo pour 120 battements par minute.
  •  César de la meilleure musique originale : Arnaud Rebotini pour 120 battements par minute.
  •  César du meilleur court-métrage : Les Bigorneaux d’Alice Vial.
  • César du meilleur montage : Romain Campillo pour 120 battements par minute.
  •  César du meilleur décor : Pierre Quefféléan pour Au revoir là-haut.
  •  César du meilleur espoir féminin : Camélia Jordana dans Le Brio.
  •  César du meilleur son : Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébaut pour Barbara.
  • César de la meilleure photo : Vincent Mathias pour Au revoir là-haut.
  • César du meilleur espoir masculin : Nahuel Pérez Biscayart dans 120 battements par minute.