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Éducation

Choix des spécialités au bac général : les chiffres sont tombés

Les chiffres détaillés des choix des lycéens sont parus. L’occasion de vérifier si les anciennes filières ont vraiment disparu et surtout si la hiérarchie entre elles a pris fin.

Votée il y a maintenant plus d’un an et appliquée pour sa première rentrée en septembre 2019, la réforme du baccalauréat général vient redessiner les contours du lycée en supprimant les trois filières (L-ES-S) au profit de 13 spécialités aux choix des élèves.  

Derrière cette décision du gouvernement, de nombreuses promesses : un choix plus important qui permettrait des orientations plus variées, et qui viendrait gommer les effets de prédispositions sociales ou de genres.

La publication des chiffres officiels sur les choix des lycéens concernant les spécialités nous donne donc l’occasion d’un premier bilan. Pari tenu pour le gouvernement ? 

Des spécialités inégalement plébiscitées et une polarisation en trois parcours maintenue

Tout d’abord, on constate que les spécialités scientifiques demeurent les plus prisées, et particulièrement les mathématiques puisqu’environ 7 élèves sur 10 ont choisi cette discipline, dont élèves et professeurs témoignent d’un niveau demandé extrêmement élevé. 

Concernant les nouvelles disciplines, on voit se former une version bis de la série ES avec un choix très important concentré autour des sciences économiques et sociales, de l’histoire-géographie et des sciences politiques.
En revanche, les spécialités artistiques semblent attirer moins de monde, puisque seulement 25 000 élèves les ont choisies. Il en est de même pour les nouvelles disciplines « Sciences de l’ingénieur », « Biologie et écologie » ainsi que « Littératures, langues et cultures de l’Antiquité ».  

Malgré un choix plus large de spécialités, on voit donc se redessiner trois pôles équivalents aux 3 anciennes filières : scientifique, économique et social ainsi que littéraire. 

Le caractère unifié et national du baccalauréat bien remis en cause

Parmi les craintes exprimées par professeurs et élèves quant à la mise en place de cette réforme, on retrouvait le risque d’une démultiplication des baccalauréats, en raison des multiples parcours et combinaisons possibles. Les acteurs du milieu éducatif redoutaient en effet une remise en cause du caractère national du diplôme, passant de trois filières à des centaines de parcours possibles. 

Les chiffres publiés par le Ministère confirment bien ces craintes. Le large spectre des spécialités tend à éclater les cursus des élèves, avec 426 combinaisons possibles cette année, ce qui correspond donc à 426 diplômes du baccalauréat différents. Pire, certaines combinaisons ne sont suivies que par un seul lycéen. Cet éclatement laisse présager une inégalité forte dans la valeur réelle de chaque diplôme, les parcours les plus sollicités risquant de jouir d’une meilleure « réputation », comme c’était le cas avec les anciennes filières.

Comme promis, cette réforme apporte donc un coup très important à l’unité nationale de ce diplôme. 

Les prédispositions de genres et d’origines sociales renforcées

Autre promesse du gouvernement, la possibilité de composer son parcours « à la carte » devait rendre plus hétérogènes les promotions.
Bien au contraire, il semblerait que les multiples combinaisons possibles accentuent les phénomènes d’orientation genrée, avec le pôle scientifique largement plébiscité par les lycéens tandis que le pôle littéraire reste dominé par les lycéennes. On retrouve même des combinaisons 100 % genrées (Maths/physique/Sciences de l’ingénieur pour les lycéens, Musique/Histoire-Géographie/numérique et sciences informatiques chez les lycéennes). 

Le choix des spécialités ne parvient pas non plus à éliminer les prédispositions sociales des élèves. Pour faire simple, plus les élèves sont issus de milieux favorisés, plus ils se tournent vers des combinaisons scientifiques tandis que les plus défavorisés s’orientent vers un pôle plus économique et social. 

La promesse d’un baccalauréat brassant mieux les origines sociales et les genres semble donc disparaître face à la réalité du terrain. La multiplication des spécialités ne parvient pas à enrayer ces mécanismes et tend même à les amplifier. 

La publication de ces premiers chiffres amène donc à une première remise en question de la communication gouvernementale autour de la nouvelle mouture du baccalauréat. Alors que la suppression des filières devait amener à moins de spécialisation et plus de mixité dans les parcours, c’est le phénomène inverse qui semble se produire. Malgré un choix foisonnant de possibilités, les mêmes tendances semblent se dessiner dans les orientations des élèves. 

En revanche, la promesse est bien tenue quant à la destruction du caractère national du diplôme par la constitution de parcours « maisons » disponibles dans un nombre très limité de lycées. Et ce ne sont pas les cafouillages actuels autour de la publication des sujets de contrôle continu qui viendront rassurer élèves et professeurs, qui voient depuis la rentrée les conséquences très concrètes d’une réforme mal préparée, dans la précipitation et avec autoritarisme.