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Chronique sociale : le patronat botte en touche

Je vous propose de revenir régulièrement vous présenter les dernières actualités sociales. Un moyen de rapidement s’informer des évolutions en cours ou à venir.

L’agenda social : le patronat botte en touche

Les cinq confédérations syndicales représentatives au plan national (CGT, CFDT, CFTC, FO et CFE-CGC) ont proposé fin septembre un agenda de négociations au patronat. Agenda qui a pour objectif de rassembler syndicats et patronat en dehors des priorités fixées par le Gouvernement. Cet agenda social n’a pas été accueilli à bras ouverts par les organisations patronales (MEDEF, CPME et U2P), toujours frileuses à l’idée de négocier pour aboutir à une réglementation nationale du travail. C’est donc tout naturellement qu’elles ont refusé certains thèmes telle que la discrimination au travail.

Les hommes des trusts s’appuient sur la nouvelle réglementation du travail issue de la loi El Khomri et des ordonnances Macron pour renvoyer ces discussions à d’autres niveaux. D’après ce courrier « la question est donc de savoir pour chaque thématique si le niveau interprofessionnel est le niveau optimal de traitement du sujet et décider également quel est le mode de dialogue adapté : réflexion partagée, délibération ou négociation ». La négociation étant citée seulement à cet endroit dans le courrier réponse qui privilégie les deux autres modes de dialogue, non contraignants, pour traiter de ces thèmes.

Ils n’acceptent donc que d’engager des réflexions partagées sur deux thèmes au plan national : les mutations liées au développement du numérique et l’inclusion sociale par le travail. C’est un refus camouflé d’engager une véritable réflexion et d’adopter des mesures concrètes contre les discriminations au travail ou encore la qualité de vie au travail. Mais le patronat le sait bien, pour que de telles mesures soient prises, et surtout appliquées, il n’y a qu’une solution : que la loi frappe et qu’elle frappe fort.

Discriminations au travail : le patronat botte en touche

Les discriminations, parlons-en. Le patronat refuse toute négociation à ce sujet, il avait même sous le précédent quinquennat quitté la table des négociations. Elles sont pourtant légion et ont été mises sous le feu des projecteurs en ce début de mois d’octobre par le 11e baromètre du défenseur des droits et de l’Organisation Internationale du Travail sur la perception des discriminations au travail.

Une personne sur quatre déclare avoir été l’objet de stigmatisations au travail. 54% des femmes de 18 à 44 ans perçues comme non blanches et 40% des hommes homosexuels ou bisexuels ont ainsi été victimes de ces comportements. Discrimination ou dévalorisation du travail, c’est ainsi 86% des personnes interrogées qui rapportent avoir subi des propos ou agissements sexistes, racistes, handiphobes, liés à leur religion ou à leur santé. Cela se traduit par des plaisanteries, mises à l’écart, injures, attributions de tâches dévalorisantes, refus de promotion ou encore des écarts de salaires.

Une réalité que refuse de voir le patronat. Défenseur des droits et OIT invitent donc ces derniers à prendre des mesures dans le cadre de la prévention des risques car, au-delà du caractère ignominieux de tels comportements, cela accroît les risques psychosociaux pour les personnes victimes de ces discriminations. Une fiche pratique à destination des employeurs et employeuses a ainsi été éditée pour les aider à mettre fin à ces situations et leur rappeler leur responsabilité en cas de harcèlement dans l’entreprise.

Développer la formation professionnelle : le patronat botte en touche

Début septembre, la loi liberté de choisir son avenir professionnel a été adoptée. Nous avons déjà évoqué la saisine victorieuse des députés communistes contre cette loi, permettant la censure de certaines dispositions. La loi est tout de même passée et comprend de nets reculs pour les droits des travailleurs et travailleuses.

La marche vers la destruction des droits collectifs se poursuit ainsi en accentuant l’individualisation des parcours et en dépossédant les travailleurs de la maîtrise de leur avenir professionnel. Cela passe par la monétarisation du compte personnel de formation (CPF). D’un calcul des droits en heure, on passe à un calcul des droits en argent. Cela rompt avec la logique de formation puisque l’on estimait que les connaissances se mesuraient en temps nécessaire à leur acquisition et non en argent. L’objectif est aussi d’orienter les salarié·e·s vers les formations les moins chères au détriment d’un choix sur la qualité de la formation et les aspirations réelles du salarié.

Sont également éjectées les actions de préformation, de promotion, d’économie et de gestion de l’entreprise, de création ou de reprise d’entreprise ou même de lutte contre l’illettrisme ou de culture. Non, il faut « libérer et sécuriser les investissements pour les compétences ». Fin également de l’apprentissage de qualifications, il faut désormais acquérir des blocs de compétences. Il s’agit donc, non pas de permettre d’apprendre un métier dont on peut ensuite gérer les évolutions, mais d’apprendre un ensemble de tâches qui répondent aux besoins immédiats de son entreprise. L’idée est de permettre l’adaptation des salarié·e·s par petites touches aux évolutions techniques. Il faut « favoriser l’adaptation des travailleurs à leur poste de travail » et non plus l’inverse. C’est encore une fois le fruit d’une logique court-termiste qui en voulant assurer des profits immédiats prive la nation du développement de ses forces productives.