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Clément Méric, procès d’un meurtre politique

Il y a cinq ans, le 5 juin 2013 dans le 9ème arrondissement de Paris, Clément Méric, 18 ans, est décédé sous les coups de membres du mouvement d’extrême droite Troisième voie.

Un meurtre politique jamais oublié

Clément, militant de l’AFAPB (Action Anti Fasciste Paris Banlieue) et de Solidaires étudiant-e-s,  était étudiant à science politique. Lui et ses camarades se sont retrouvés confrontés aux skinheads en sortant d’une vente privée de vêtements Fred Perry, la marque étant prisée par les deux camps.

A la suite de la mort de Clément, le choc et la colère se sont alors étendus auprès de ses amis, ses camarades, ses proches mais plus largement chez toutes et tous les progressistes. Des rassemblements virent le jour aux quatre coins du pays portant comme principal message, au delà de l’hommage à Clément et du soutien à ses proches, la dénonciation de l’extrême droite et de l’inaction des pouvoirs publics face à cette dernière.

Une extrême droite sans complexe qui continue de se développer

Pour autant, l’extrême droite sous toutes ses formes continue de se développer dans le pays et ce malgré les mobilisations, le travail et les alertes des différentes forces pour qui l’antifascisme est un combat. Si le Front National continue d’occuper en toute légitimité semble t’il l’espace public, médiatique, même institutionnel, les groupuscules qui lui sont liés idéologiquement n’hésitent pas non plus à s’affirmer, notamment par la violence.

Comme à Lille le 12 novembre 2016 où des militants du Mouvement des Jeunes Communistes de France ont été agressés par un groupe de personnes se revendiquant d’extrême droite, et affirmant soutenir le bar “la Citadelle” fief du groupuscule “ Génération Identitaire”, Orléans où l’extrême droite multiplie ses frasques avec une tentative de perturber un rassemblement en soutien à l’IVG, et plus largement, partout en France, l’agression et le harcèlement de divers militants se constate de manière très visible.

Selon Quentin, militant Jeune Communiste rencontré lors d’un rassemblement pour Clément :

“Si les violences d’extrême droite ressurgissent c’est parce que les fascistes se sentent à l’aise dans la rue, confortés dans leur militantisme par les discours xénophobes et racistes des politiques allant du PS au FN en passant par les républicains ! Même Mélenchon s’y met quand il affirme que l’immigration “organisée” fait pression sur les acquis sociaux et les salaires, c’est un discours très simpliste et vendeur dans lequel se réfugient nombre de nos politiques. »

Il y a donc un terreau dans la société, alimenté par les politiques d’austérité, de guerre et de stigmatisation qui permet à l’extrême droite de saisir un créneau dangereux.

Et si ce procès était aussi celui de l’extrême droite ?

« Ce procès sera aussi un procès des violences de l’extrême droite »

Paul-Henry Méric (père de Clément)

C’est donc 5 ans après le meurtre de Clément qu’a lieu le procès de trois skinheads : Esteban Morillot et Samuel Dufour qui encourent tous deux 20 ans de prison pour homicide involontaire et violences aggravées ayant entraîné la mort sans intention de la donner, alors qu’Alexandre Eyraud lui risque 5 ans pour violences aggravées. Ce procès a débuté ce mardi 4 septembre 2018, alors que Samuel Dufour était aux abonnés absents, et que Serge Ayoub (alias Batskin) qui devait être entendu comme témoin aurait choppé un rhume et a fait parvenir à la présidente un certificat médical ainsi qu’une lettre :

Pour l’AFAPB (Action Antifasciste Paris Banlieue), de laquelle Clément Méric était membre, il s’agit d’un meurtre politique et non d’une bagarre entre bandes.

Pour sa défense Morillot tente de faire croire qu’il s’est retrouvé “par hasard” parmi les proches de Serge Ayoub ainsi qu’à troisième voie, qu’il n’a jamais été “nazi” malgré les remarques de la présidente qui lui rappelle que sur son profil facebook le seul livre référencé est “mein kampf” ce à quoi il répond n’avoir jamais lu ce livre.

Ce dernier a d’ailleurs fait recouvrir ses tatouages nazis un mois à peine avant le procès, des tatouages “travail famille patrie”. Lorsque la question lui est posée il répond qu’il ne savait pas que la devise venait de Pétain. Mais aussi le symbole de troisième voie remplacé par une tête de mort.

L’enjeu de ce procès semble donc être pour l’extrême droite d’éviter que celui-ci soit un procès politique alors que de l’autre côté, les militants présents au tribunal pour épauler la famille et assurer une présence militante comptent bien ne pas laisser les choses être traitées comme “une simple rixe”, terme souvent utilisé dans de nombreux médias qui tend à banaliser ce drame politique.

Depuis le début du procès, le Comité pour Clément, appuyé par plusieurs organisations qui organisent des rassemblements avec comme mot d’ordre “L’extrême droite tue, faisons son procès”. Mardi, sur les lieux du meurtre, une plaque à d’ailleurs été apposée symboliquement afin de renommer la rue du nom de Clément devant plusieurs centaines de soutiens.

Le programme détaillé est disponible ici et dans plusieurs autres endroits du pays des rassemblements sont également organisés.

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