Photo : Ulysse Guttmann-Faure
A LA UNE FRANCE

Mouvement des Jeunes Socialistes, 25 ans et enfin autonome ?

Le Mouvement des Jeunes Socialistes tenait son congrès ce week-end, l’occasion de faire le point après le mandat de Hollande. L’occasion aussi de réinterroger les perspectives du mouvement qui fête ses 25 ans, dans une période de doute pour les socialistes français.

Le MJS pris dans la crise du PS

Organisés autour de quatre motions, qui identifient les différentes sensibilités en son sein, le mouvement des jeunes socialistes n’a pas échappé aux turbulences qui secouent son parti mère. Le Parti Socialiste est en pleine campagne de pré-congrès au cours duquel un nouveau premier secrétaire sera élu.

La question du MJS s’est invitée dans la campagne du PS, plusieurs candidats annonçant ouvertement leur volonté d’en finir avec le caractère autonome de ce dernier. Le MJS est en effet une organisation à part entière depuis 1993, il est ainsi possible d’être adhérent au MJS sans pour autant avoir sa carte au PS. Situation de plus en plus courante depuis le départ de Benoît Hamon en juillet dernier.

Le MJS penche vers Hamon, son premier président

Le candidat malheureux du PS à la dernière élection présidentielle, qui a été le premier dirigeant du MJS, a lancé son propre mouvement suite à l’échec de sa candidature à la présidentielle, puis à la législative. Le Mouvement du 1er juillet devenu par la suite M1717 puis Génération.s a séduit un nombre conséquent des adhérents du MJS.

Une double appartenance rendue possible à la fois par les statuts du MJS qui n’imposent ni n’excluent aucune appartenance partisane tant qu’elle reste compatible avec les idéaux portés par le mouvement. Double appartenance d’autant simplifiée qu’emboitant le pas à la France Insoumise et à En Marche, Génération.s ne propose pas de carte.

Une nouvelle présidente à l’issue d’un vote tumultueux

Le Mouvement des Jeunes Socialistes a donc ouvert son congrès dans cette drôle de situation. De fait proche d’un mouvement qui n’est pas le parti historique dont le leader exerce un certain pouvoir d’attraction sur les adhérents. Tandis que le PS affiche au grand jour son hostilité vis à vis d’un mouvement de jeunesse à qui il est reproché sa critique du gouvernement précédent.

Réunis dans une salle de la mairie de Bondy, en Seine-Saint-Denis, les délégués venus de toute la France, ont rapidement pu constater que deux lignes irréconciliables se dégageaient. La fracture s’est finalement faite sur l’élection de la présidente, si Roxanne Lundy a été largement élue, le scrutin a été boycotté par 3 tendances sur 4. Ces dernières dans un communiqué ont dénoncé le manque de transparence, selon elles, du vote.

La tendance majoritaire accuse les tendances minoritaires à l’inverse d’avoir négocier la fin de l’autonomie du MJS.

Un discours de campagne ou de rupture ?

Ces péripéties n’ont pas empêché la présidente nouvellement élue de mettre en oeuvre le slogan du 13ème congrès « le temps des conquêtes » dans un discours de clôture plein d’entrain.

La jeune femme s’est élancée d’un ton assuré, commençant par déclarer à l’assemblée qui se tenait assise devant elle, qu’elle avait beaucoup de chance de les représenter. Elle s’est ensuite déclarée leur « humble serviteuse » avant de rappeler le sens que représentait pour elle le fait d’être jeune socialiste. Un engagement « pour faire gagner la gauche » qui conservait tout son sens.

Rappelant son attachement à l’appartenance à « la grande famille de la gauche » elle a déploré le refus de la France Insoumise de participer à une table ronde dont le thème était « Unir la gauche ». Elle n’a pas manqué de souligner les points de convergences avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et ses députés. Elle a notamment salué François Ruffin pour sa proposition de loi en faveur de la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Point de convergence d’autant plus aisé, qu’il s’agissait d’une des revendication phares de Benoît Hamon à l’élection présidentielle de 2017.

Passés les traditionnels remerciements à la précédente direction, elle a tenu à rappeler sur un ton très offensif, toutes les divergences passées entre le MJS et l’action gouvernementale sous François Hollande. Revenant sur la déchéance de nationalité, l’état d’urgence mais aussi la loi travail, c’est un inventaire sans concession qui a été fait du précédent quinquennat.

En écho, elle a mis en avant les chantiers qui  guideront son action à la tête du MJS, l’urgence écologique, la transition numérique, la fin de l’austérité, une sixième république, et enfin une Union Européenne sociale, écologique et démocratique. En plein conflit avec le parti socialiste, elle n’a pas hésité à dénoncer à mettre sur le même plan Balladur, Pénicaud et El-Khomri dénonçant des visages différents pour un même ennemi, le libéralisme. Elle n’aura pas oublié de rappeler avant que l’autonomie faisait parti de l’ADN socialiste.

Le MJS sans le PS ?

La présidente s’est également invité dans les débats internes du PS, exprimant sa honte d’avoir été dans les mêmes salles que ceux qui sont partis dans la majorité présidentielle. Estimant que « la jeunesse a besoin de la gauche », elle a interpellé les candidats à la tête du PS :

« Si vous voulez notre confiance, n’accordez pas la votre à Macron ! »

Elle a ensuite devant un public ravie rappelé l’héritage des socialistes français, invité le PS à ne pas en avoir honte et à assumer avec courage leurs positions. Cette invitation dans la campagne interne du PS pèsera certainement sur les rapports entre le mouvement de jeunes et le parti à l’issu du congrès de ce dernier. Sous un apparent inventaire des attentes de la jeunesse, la nouvelle dirigeante, a détaillé la quasi totalité des propositions d’Hamon…

Se livrant à un plaidoyer en faveur de l’accueil digne des migrants, Roxane Lundy a ensuite annoncé que le MJS lancerait prochainement une grande campagne sur la question. Elle est ensuite revenue sur le mouvement de libération de la parole des femmes et a annoncé un « audit interne des pratiques militantes ».

Son discours s’est conclu sous de nombreux et chaleureux applaudissements et une dernière phrase météorologique et prophétique :

« Il neige dehors, mais le printemps arrive. »

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde