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Éducation

Continuité pédagogique à l’université : retours d’étudiants

Lors de son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron annonçait la fermeture des universités jusqu’à la rentrée prochaine. Cependant, les cours ne s’arrêtent pas. En effet, il est demandé aux établissements, et notamment aux universités, de continuer à faire cours et à évaluer les étudiantes et étudiants à distance. 

Avant-Garde est allé à la rencontre d’étudiants pour discuter de cette situation exceptionnelle. Aujourd’hui, rencontre avec Jeanne, en M1 de sociologie et Hilda, en L2 d’informatique, à Rouen, et Mélissa, étudiante au Havre en double licence sociologie et géographie.

Premièrement, quels sont les moyens techniques dont vous disposez ? Avez-vous accès à internet de manière continue ? Disposez-vous d’un ordinateur dans l’endroit où vous êtes confiné ?

Hilda : J’ai mon PC portable et une connexion CROUS, mais parfois, il y a de gros « bugs ». La connexion n’était déjà pas stable avant, mais depuis le début du confinement cela s’est empiré. Cela a surtout lieu en fin d’après-midi.

Jeanne : J’utilise beaucoup mon ordinateur. Je fais des recherches pour mon mémoire et j’ai des textes à lire pour les cours. J’ai la chance de ne pas avoir de difficultés techniques. J’ai accès à internet avec une bonne connexion, stable. Je n’ai pas d’imprimante, mais je n’en ai pas particulièrement besoin. 

Mélisa : Je dispose d’un ordinateur portable ainsi que d’un smartphone. Je ne réussi pas forcément toujours a me connecter a internet a cause d’une wi-fi plus que médiocre. Si je veux me connecter, la plupart du temps je suis obligée d’utiliser la connection internet de mon téléphone en partage de connexion, ce qui n’est pas forcément mieux, et non illimité.

Quels sont les dispositifs mis en place par l’université pour organiser « la continuité pédagogique » ?

Hilda : Les profs organisent leurs cours, TD ou TP sur « Discord », et la plateforme « BligBlueButton » pour certains TP et évaluations à distance avec des créneaux bloqués. Certains professeurs donnent cours sur ces plateformes et les utilisent pour la correction des TP blancs. On nous a donné certains cours, et on nous demande d’envoyer un mail en cas de problème. Sur « Discord », les cours se passent bien, même si quelquefois ça commence à 8 h du matin.  

Jeanne : Étant en première année de master, le plus important est le mémoire. Je dois continuer à travailler dessus et il n’existe pas vraiment de « continuité pédagogique » pour ça. En ce qui concerne les autres matières, j’ai des textes à lire et parfois des résumés à faire et à rendre.

Il y a un tableau récapitulatif envoyé pour chaque cours, nous avons des ouvrages à lire, des podcasts à écouter ou directement le cours en entier. Je ne sais pas vraiment si on peut appeler ça de la continuité pédagogique, ce tableau a été envoyé mi-mars et cela m’a fait l’effet qu’on nous mettait devant le fait accompli en nous souhaitant « bon courage » et « bonne chance ». 

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez liées aux enseignements à distance ? 

Mélissa : Les principales difficultés que je rencontre sont l’accès à internet et aux informations nécessaire pour étudier. Mais surtout le problème principal est de devoir réussir à se motiver seule, travailler seule. Il est pour moi beaucoup plus facile d’étudier, d’apprendre et me motiver lorsque je suis en classe avec un professeur devant la classe ou dans l’amphi. Je pense que la méthode des cours à distance est une mauvaise méthode, pour ma part je n’ai aucun cours à distance, juste des cours que l’on va nous envoyer par mail sans explication.

Jeanne : C’est très dur de trouver la motivation. Je n’aime pas travailler sur un ordinateur, ma concentration n’est pas là, j’ai l’impression de perdre mon temps et ça me fatigue plus qu’autre chose. C’est la grande difficulté. Aussi, mon terrain de mémoire s’est fermé, je me retrouve donc avec peu de données, mais je m’adapte. Il n’y a rien de prévu pour ce qui est de l’accompagnement du mémoire. Aucune information sur la soutenance (première ou deuxième session). Pour palier à la perte de motivation il n’y a aucune initiative mise en place, je me sens perdue et abandonnée.   Il n’y a pas de réel suivi à part celui avec le directeur de mémoire qui est lui-même lacunaire. J’envoie des mails à mes directeurs et personne ne me réponds, je n’ai pas de nouvelle. Je n’arrive pas à prendre de rendez-vous avec eux et je ne me sens pas du tout accompagnée, ce qui est quand même très pénalisant dans la première année de master.

Hilda : Je trouve difficile d’expliquer de manière explicite aux profs où je bloque dans mes projets. Je rencontre aussi quelques difficultés à me concentrer sur les cours surtout quand ma connexion fait n’importe quoi. Ce n’est pas évident de poser des questions pendant une conversation « Discord ». Quelquefois je me perds et je n’ose pas poser une question jusqu’à ce que le cours se termine. Parfois je ne comprends pas certains points en programmation ou en maths et des fois il y a des problèmes techniques, qui ne sont pas facilement explicables. Cela peut me bloquer par ce que je n’arrive pas à expliquer au prof comment sortir de l’impasse. Il faut aussi tenir le rythme, les cours commencent tôt et l’environnement en cité universitaire (chambre de 9 m²) n’est pas forcément propice à une attitude studieuse. Ces cours à distance, c’est clairement moins efficace que les cours et évaluations en présentiel.

Jeanne : Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir des cours dans le sens où pour des matières, il n’y a aucune nouvelle du prof, aucune interaction avec lui. Ce ne sont pas des cours à distance. Le système mis en place ne peut pas être appelé « cours » car il n’y a pas d’interaction. On nous donne des textes de 35 pages à lire sans moyen pédagogiques mis en place.

Votre UFR ou Université vous a-t-elle fait part de solutions concernant les examens terminaux ou tous travaux à rendre durant la période du confinement ?

Hilda : Non, pas pour le moment, mais on a des contrôles en distanciel qui ne comptent pas et qui sont censés nous préparer aux vrais contrôles.

Jeanne : Nous n’avons pas de nouvelles concernant les modalités d’examens. On nous dit que tant qu’ils ne savent pas jusqu’à quand ira le confinement, ils ne peuvent rien nous dire. J’ai appris sur Facebook que les examens allaient se dérouler à distance par un communiqué de l’université, c’est la seule information que nous avons eue. Je me suis dit que nos profs allaient nous donner des nouvelles après les allocutions de Macron, mais nous sommes restés sans nouvelle depuis le début du confinement. Cela commence à être pesant car je n’arrive pas à m’organiser. Je ne sais pas du tout comment cela va se passer, peut être sous la forme de devoirs maison à rendre. Tout le monde n’a pas les mêmes accès à Internet et psychologiquement les gens ne sont pas sur un même pied d’égalité, peut être va-t-on nous donner un 10 « politique ». Je ne sais pas. C’est très flou et je trouve ça intolérable de ne pas nous informer sur les solutions possibles.

Avez-vous des inquiétudes à ce sujet ? 

Jeanne : Ca commence à être long, surtout que les autres enseignements (secondaires, BTS) sont un peu plus fixés. Je ne souhaite juste pas être prévenue une semaine avant et qu’on me dise que finalement nous passerons des examens sur table. J’aimerais savoir ce qu’il se passera à la fin de l’année pour m’organiser. J’ai beaucoup plus d’inquiétude sur le mémoire, se motiver est extrêmement compliqué, je ne me sens pas accompagnée et il y a peut-être un manque de confiance de ma part. C’est très démoralisant et j’ai fréquemment des pertes de confiance dans la qualité de mon travail. En ce qui concerne les évaluations à distance, pourquoi pas. Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, ne possède pas l’équipement ou l’environnement propice pour mener ses examens à bien. En même temps, soit nous passons des examens à distance soit ils donnent le semestre, je ne vois pas d’alternative. Les profs parlent de bienveillance, mais je me demande bien comment ils vont faire pour mettre ça en place vu comment ils interagissent avec nous habituellement. 

Mélissa : Oui, en effet j’étais quasi-persuadée d’avoir mon année. Cependant avec le confinement et les « cours » à distance j’en suis moins persuadée dorénavant.

Hilda, tu disais que tu vivais en cité étudiante. Est-ce que les délais étaient suffisants pour toi pour changer de lieu d’habitation ? Cela a-t-il posé des difficultés particulières ? 

Hilda : Etant étudiante étrangère oui, j’aurais bien aimé rentrer chez moi, mais c’était impossible. Sinon pas particulièrement pour le moment, mais dans les mois/semaines qui vont suivre sûrement.

Ils ont annoncé le confinement une semaine avant de fermer les frontières, je ne pouvais donc pas prendre un billet pour l’Algérie, ce n’était même pas envisageable. Je suis donc bloquée dans ma chambre de cité universitaire, jusqu’à au moins avril 2021 puisque la fin du confinement risque de coïncider avec la reprise des cours. Il faudra donc se focaliser à nouveau sur les cours après avoir passé tout ce temps enfermé et sans possibilité de revoir ma famille avant l’année suivante.

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HOB