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EDITO

Cours à distance : triple peine pour les étudiant·e·s salarié·e·s !

La crise que nous traversons a montré les défaillances du système universitaire et les inégalités sociales à l’œuvre dans l’enseignement supérieur et le recherche.  

Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a pris pour acquis que les 2,7 millions d’étudiants de France avaient accès à un ordinateur personnel ainsi qu’à  une connexion internet de qualité.  Bien avant le confinement et la mise en place de la “continuité pédagogique”, le matériel numérique est devenu une nécessité pour le suivi des cours. 

En effet, l’ensemble des universités ont mis en place des “Espaces Numériques de travail”, espace partagé avec accès aux Bibliothèques Universitaires en ligne avec notamment des accès à Cairn info, des espaces de travail avec des documents complémentaires aux cours, des zones de dépôt pour les dossiers. Force est de constater avec la mise en place du tout numérique lors de la crise sanitaire et les cours en distanciel, que l’ensemble des étudiants et étudiantes de France n’ont pas accès au matériel requis pour suivre les cours dispensés, transmettre leurs travaux, se documenter. 

L’accès au matériel numérique se pose également pour les enseignants et les enseignantes. Les cours en distanciel demandent beaucoup plus de temps à organiser, structurer, afin de pouvoir au mieux les dispenser. Les enseignants et les enseignantes du supérieur de plus en plus sous contrat précaires, n’ont d’une part pas le temps de pouvoir s’y consacrer pleinement mais n’ont pas non plus  le matériel nécessaire en leur possession. 

Nombre d’UFR (Unités de formations et de recherches) n’ont pas assez de budget, au vu de la mise en concurrence des filières et des établissements,  pour  pouvoir mettre à disposition les plateformes adéquates afin de pouvoir prétendre mener des cours en distanciel. La semaine dernière, l’Espace Numérique de Travail de l’Université Jean Jaurès de Toulouse a planté, pendant toute une journée. 

Les cours en distanciel ont supprimé les interactions essentielles à l’apprentissage. C’est-à-dire les intéractions entre les étudiants et les enseignant·e·s, mais également entre les étudiant·e·s. Les savoirs ne se s’ingèrent pas, ils se digèrent. En effet, c’est la pédagogie, l’échange, le débat qui permettent leur construction et leur élaboration, et ça c’est seulement le présentiel qui le permet. 

Au délà de ça, les cours en distanciel demandent une attention particulière au vu de leur format, du temps en somme  que les étudiants et les étudiantes salarié·e·s ne peuvent pas consacrer à leurs études. En effet, même avant la crise économique, un·e étudiant·e sur deux étaient déjà dans l’obligation de se salarier pour financer ses études, c’est-à-dire subvenir à ses besoins en termes de logement et de nourriture principalement. Le salariat constitue la principale source d’échec à l’université, les étudiants et les étudiantes travaillent à côté de leurs études, donc font bien autre chose, par nécessité,  que de pouvoir se consacrer pleinement à leur formation. 

La crise économique a amplifié une précarité étudiante  déjà existante et les jobs étudiants sont par définition des emplois précaires, avec des horaires morcelés. Pour les étudiants et les étudiantes, cela constitue une double peine : précaire de base et en emploi précaire. Les horaires morcelés, d’autant plus au temps du covid, ne permettent pas le suivi des cours en distanciel, et bien souvent des aménagements (dispenses de cours, horaires aménagés, traitement spécifique aux examens)  ne sont pas prévus, pour les étudiants et les étudiantes en job étudiant moins de 10h par semaine. 

Il s’agissait déjà d’un problème en temps normal, mais désormais, cumuler emploi précaire et cours en distanciel est devenu le parcours du combattant pour des milliers d’étudiants et d’étudiantes. Pour beaucoup, leur situation, leur absence lors des cours en distanciel, le retard sur les rendu des dossiers ne sont pas pris en considération, bien au contraire. 

La question des examens de fin de semestre  se pose déjà pour l’ensemble de la communauté universitaire. Dans nombre d’établissements, les examens ont commencé depuis lundi : examens à distance ou en présentiel, les universités se sont réorganisées. Pour les étudiants et les étudiantes salarié·e·s, des rattrapages ou des aménagements doivent être prévus, pour ne pas mettre en péril une fois de plus leur année universitaire. 

Triple peine donc pour les étudiants et les étudiantes salarié·e·s : précaires, donc dans l’obligation de salarier plutôt que de pouvoir étudier , dans des emplois précaires avec des horaires morcelés, et dans l’impossibilité de suivre des formations dégradées.