Sea Shepherd
Environnement

Des milliers de poissons morts dans le golfe de Gascogne

Mardi 8 février, l’association Sea Shepherd a porté plainte contre le navire Margiris. Ce navire de pêche industrielle a rejeté à la mer des dizaines de milliers de poissons morts au début du mois dans le golfe de Gascogne, au large de La Rochelle.

Lamya Essemlali, présidente de l’association, déclare avoir « donné différents éléments sur ce que nous avons pu constater sur place » lors de la déposition de plainte. En effet, l’ONG a filmé et photographié l’immense banc de merlans bleus morts. Des images importantes qui permettent de réaliser l’ampleur prise par la pêche industrielle.

Les causes

La ministre de la Mer, Annick Girardin, a annoncé avoir demandé l’ouverture d’une enquête administrative. Elle a également expliqué que le relâchement de ces poissons était dû à un accident, déclaré dans le journal de bord, et qu’ainsi les poissons seraient bien retirés des quotas du chalutier.

Cependant, il s’agit ici d’un accident hautement improbable. L’Association européenne des chalutiers congélateurs de pêche pélagique (PFA) a reconnu sur twitter qu’il s’agissait d’un « fait rarissime ».

La coïncidence est d’autant plus suspecte, que l’espèce relâchée, le merlan bleu, est soumise à un quota. Elle est connue comme très peu rentable à pêcher et désignée comme faisant l’objet de « prises accessoires ». Un terme qui révèle le peu de valeur que notre système de production accorde au vivant.

Selon l’ONG Sea Shepherd, il est ainsi plus probable que le relâchement des poissons ait été commis volontairement.

« Quand certains navires capturent une très grande quantité de poissons à très faible valeur marchande, comme le merlan bleu, ils les rejettent pour faire de la place à plus forte valeur ajoutée, ce qui est strictement illégal », explique Lamya Essemlali.

Surpêche et concurrence 

Cette pratique permet de contourner les quotas imposés, déjà insuffisants pour empêcher la surpêche qui, aujourd’hui, menace nos océans.

Surpêche à laquelle participe largement le navire Margiris. Ce gigantesque mastodonte faisant partie des plus grands navires-usines du monde, capable de pêcher 250 tonnes de poissons par jour, et mettant à mal depuis déjà plusieurs années la pêche artisanale en Europe.

Il est inquiétant de constater que les pouvoirs publics ne sont pas en mesure de contrôler les chalutiers pour s’assurer qu’ils respectent les lois encadrant la pêche. Ici, l’alerte a été lancée par une association et non par les pouvoirs publics.

Cet événement illustre la manière dont le système concurrentiel pousse les entreprises privées à rechercher toujours plus de rentabilité, quitte à relâcher des poissons morts pour échapper aux quotas.

Par ailleurs, l’affaire est remontée au niveau européen. Virginijus Sinkevicius, commissaire européen chargé de l’environnement, des océans et de la pêche, a annoncé sur Twitter, l’ouverture d’une enquête « auprès des autorités nationales de la zone de pêche et de l’État présumé du pavillon du navire, afin d’obtenir des informations sur l’affaire ».