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« Désocialisation » des heures supplémentaires, nouveau coup contre la solidarité

Alors que le président a désormais l’étiquette de « président des riches » solidement attachée à sa peau, sa majorité se plaint des critiques reçues sur le pouvoir d’achat. Les transfuges de la droite présents au gouvernement en ont profité pour ressortir l’idée de la défiscalisation des heures supplémentaires devenue « désocialisation ».

Se débarrasser de l’image de Président des riches

Jusqu’à maintenant les mesures prises et mises en avant par le gouvernement ne sont pas vraiment en faveur du pouvoir d’achat des plus modestes. Le début du quinquennat est pour l’instant marqué par la baisse des APL et la suppression de l’ISF. Deux mesures qui réduisent la redistribution des richesses et favorisent l’accroissement des inégalités.

Le « en même temps » cher au Président de la République, doit être compris comme un baisse de la fiscalité pour les plus riches et l’austérité pour les plus pauvres. L’effet nouveau monde qui a pu conduire à l’état de grâce qu’a connu l’exécutif semble s’estomper avec le temps.

Les deux réformes de l’éducation, sans avoir pour l’instant conduit à une mobilisation d’ampleur ne suscitent pas d’adhésion particulière, et chez les fonctionnaires, qui ont vu une fois encore leur rémunération baisser, la colère gronde avec un nouvel appel à la grève. Parmi les salariés, le constat d’une feuille de paie en berne au mois de janvier suscite des interrogations après des mois de promesses d’une augmentation significative.

Cette fausse hausse des salaires, provoquée par la suppression des cotisations sociales au profit d’une hausse de la CSG s’avère minime. Pour financer les 4 milliards d’euros que représentent la baisse de l’ISF et les a minima 1,5 milliard de perte pour les finances publiques par la « flat tax », le gouvernement a choisi d’étaler dans le temps la suppression des cotisations.

Le recul du prélèvement à la source à 2019 dans le seul but de faire apparaître ce « gain » sur la fiche de paie, ne semble pas suffir à faire changer d’avis les salariés qui n’y trouvent pas leur compte. Pire, le changement radical de financement de la Sécurité Sociale et de l’Assurance Chômage que représentent ces suppressions de cotisations au profit d’un impôt mettent en danger les mécanismes de solidarité.

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Une mesure chargée de symbole et…  plutôt lointaine

C’est donc dans ce contexte, que Darmanin, Le Maire, et Philippe, tous trois issus de Les Républicains, ont poussé pour l’application d’une promesse de campagne de Macron, la défiscalisation des heures supplémentaires. Cette mesure n’est pas vraiment « made in » nouveau monde, puisqu’elle a été en 2007 le symbole de Sarkozy, fameux « président du pouvoir d’achat ».

Les ministres ne renient dailleurs pas cette héritage et revendiquent la popularité de la mesure à l’époque. Autre symbole, cette disposition avait été abrogée par François Hollande dès le début de son quinquennat sans geste compensatoire pour les salaires. Cette suppression impopulaire avait été un des points départ de la spirale d’impopularité du précédent président.

Au-delà de la hausse du pouvoir d’achat pour les catégories populaires, qui ne semble pas être la principale préoccupation de nos gouvernants, cette mesure vise donc à redonner un soutien populaire à un gouvernement qui voit l’élan de départ s’essouffler.

Toutefois le gouvernement Philippe est pris dans les contradictions de ses dogmes libéraux. La baisse de la fiscalité sur le capital est, avec la rigueur budgétaire imposant de conserver le déficit budgétaire inférieur à 3%, prioritaire sur une mesure de baisse des prélèvements sur les salaires. Le premier ministre annonce donc une mesure pour dans deux ans. Les délais se sont avérés moins longs quand il s’agissait de casser le code du travail ou de restreindre l’accès à l’enseignement supérieur !

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Piller la solidarité nationale pour financer des destructions d’emplois

La défiscalisation des heures supplémentaires n’aura également pas vraiment lieu. Le premier ministre a parlé de « désocialisation ». A travers ce mot nouveau, pour politique de nouveau monde, il faut comprendre que les heures supplémentaires resteront soumises à l’impôt sur le revenu mais seront totalement exemptées de cotisations, pour le salarié, comme le patron. Le gouvernement vient donc financer sa mesure sur la solidarité nationale.

Le coût total de cette mesure serait chiffré à 3,5 milliards d’euros par Bercy, le ministère des finances. On ignore pour l’instant quelle compensation pour financer cette mesure sera mise en place. Ce que l’on sait déjà en revanche c’est l’impact des heures supplémentaires sur l’emploi. La mesure a l’effet de bord de rendre moins cher le travail supplémentaire des salariés déjà présents que l’embauche de nouveaux.

L’effet positif de gain de pouvoir d’achat, et donc de dépenses supplémentaires des ménages générant de l’activité, et donc de l’emploi, est mis en avant. Généralement, ce gain est pondéré par la conjoncture économique, notamment en cas de taux de chômage élevé. Cependant le débat n’est peut-être même pas ici.

D’une part cette mesure ne produit pas uniquement un gain de pouvoir d’achat pour les salariés, puisque le patronat en profite également. Cette mesure est donc aussi une fois de plus un cadeau pour les capitalistes. De plus l’augmentation des salaires n’est pas conditionnée à l’augmentation du temps de travail et encore moins à sa « désocialisation ». Le gouvernement dispose notamment du SMIC, qu’il peut choisir de réévaluer. Le gain pour les salariés est alors immédiat et sans contrepartie.

Cette mesure peut non seulement s’avérer destructrice d’emplois mais vient également porter un nouveau coup à la protection sociale.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde