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Deux militants du MJCF agressés au rassemblement contre l’antisémitisme

Pris à partie et frappés par des membres de la ligue de défense juive, un des deux militants nous raconte la scène.

Pourquoi être venu au rassemblement contre l’antisémitisme ?

Je participe régulièrement aux manifestations des gilets jaunes les samedis depuis décembre, c’est un beau mouvement ayant des revendications sociales que je partage à 100 %.

Pourtant, lors de ces manifestations, l’extrême droite est présente : des royalistes aux identitaires en passant par les fans de Dieudonné. Et ces gens, bien qu’ils constituent une minorité dans les manifestations, n’ont aucune honte à afficher leurs idées puantes, racistes et antisémites même dans un mouvement dont les revendications sont à l’opposé des leurs.

Les idées rances progressent dangereusement dans notre pays, comme le dit Fabien Roussel, on est dans un climat qui rappelle furieusement les années 30. Dans ce contexte il m’était impensable de ne pas être présent à ce grand rassemblement unitaire, je viens d’une famille qui a une histoire très forte avec l’antiracisme : mon arrière-arrière-grand-père, Hégésippe Jean Légitimus (que l’on surnommait « le Jaurès noir ») est le premier député noir élu au monde. Mon arrière-grand-père, Étienne Légitimus, est cofondateur du MRAP et de la LICA.

Sensibilisé à cette cause dès mon plus jeune âge, j’ai grandi avec une aversion profonde pour toute forme de racisme.

On m’a régulièrement demandé pourquoi je suis venu à a ce rassemblement unitaire et pas à la manifestation de Ménilmontant. La raison est claire : je voulais me rassembler avec des gens que je combats ardemment sur toutes autres questions, je voulais montrer aux antisémites et aux racistes qu’ils sont minoritaires dans ce pays, et qu’ils trouveront toujours un peuple prêt à faire fi de leurs différences pour leur faire face.

Brièvement peux-tu nous raconter ce qu’il vous est arrivé lors de ce rassemblement ?

Je suis arrivé avec mes camarades de la section de Suresnes du Parti Communiste. Le premier incident a eu lieu avec les forces de l’ordre. Un policier, fort peu content de voir des communistes « récupérer le rassemblement » selon ses mots, a bousculé mon camarade Jean-Louis Cailloux âgé de 87 ans.

Lorsque nous sommes entrés place de la république, un homme agressif nous interpelle en disant « Vive Israël », n’ayant pas le moindre début d’aversion envers le peuple Israélien je tente d’engager la discussion, mais rien n’y fait, j’ai le droit à de nombreuses insultes avec le reproche que les communistes seraient antisémites.

Je m’avance sur la Place de la République, et retrouve mon camarade et ami, Lucas B., que je croise par hasard. Un groupe de personnes nous interpelle violemment, nous invectivant, avec l’accusation que nous récupérions le mouvement. On nous reproche d’avoir des drapeaux frappés des sigles du PCF et du MJCF, on accuse les communistes d’attiser la haine des juifs, et on évoque le fait que mon camarade Salah Hamouri serait un criminel « tueur de juifs » (la calomnie était tellement grossière que je n’ai même pas réalisé la gravité des propos qui étaient tenus sur le moment.)

Impossible d’avoir une discussion calme et rationnelle avec ces gens-là, alors que j’ai pourtant essayé pendant de longues minutes. Toutes les discussions étaient centrées sur notre position sur le conflit israélo-palestinien alors que ce n’est absolument pas l’objet du rassemblement. Il est indiqué que la venue des communistes à ce rassemblement serait une provocation. Nous nous en allons sous leurs invectives. Nous essayons de trouver d’autres communistes, mais la foule est dense et il est difficile de se déplacer. J’ignore les apostrophes haineuses et les insultes que nous recevons.

Un journaliste de Canal Plus m’interview, j’en profite pour dire que les provocateurs ne font pas honneur à ce rassemblement dont j’aurai aimé qu’il se passe dans le calme. À un moment de jeunes gens très agressifs prennent à parti mon camarade Lucas, lui reprochant d’avoir un kéfié. Très vite ils nous insultent et menacent mon camarade, sentant le danger, je m’interpose immédiatement demandant à ces gens de partir. Une personne me hurlant dessus essaye de m’arracher mon drapeau des mains et se jette sur Lucas, l’étranglant avec son foulard. Immédiatement je riposte pour dégager mon camarade en donnant des coups avec le mat de mon bâton à son agresseur.

Je reçois plusieurs coups de poing au visage, chacun donné par une personne différente. Confus je me recule sans comprendre ce qui se passe autour de moi. J’essaye de me dégager. Les coups cessent. J’entends une personne hurler « je vais te mettre une droite tu vas voir », je le vois s’approcher pour me donner un coup de poing au niveau de l’œil, coup qui me projette au sol, mes lunettes tombent et j’apprendrai après par des témoins qu’elles avaient été volées par mes agresseurs. Les journalistes de Canal plus reviennent pour me faire une seconde interview (celle qui sera diffusée).

J’aimerai préciser que ces pleutres étaient minoritaires dans ce rassemblement, et des gens sont spontanément venus apporter leur soutien après cette lâche agression.

Selon vous, qui sont à l’origine de ces actes de violence ?

Mes soupçons portait sur des groupuscules d’ultra droite factieux tel que ladite « ligue de défense juive » et ont été confirmés par le reportage de Canal plus.

Mais d’autres personnes ont leurs responsabilités. Pourquoi Olivier Faure, un des initiateurs du rassemblement, a-t-il dit que Marine Le Pen était la bienvenue à ce rassemblement ? D’après le reportage de Canal plus mes agresseurs étaient des sympathisants du front national, quelle irresponsabilité de sa part !

Je pointe en particulier la responsabilité du député Meyer Habib, ayant tenu un discours calomniateur à l’encontre de mon camarade Salah Hamouri à l’Assemblée nationale. Les gens qui nous ont invectivés en permanence ont fait référence au fait que Salah Hamouri serait un criminel.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde