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Edito : 2 ans après les attentats du 13 novembre 2015

Aujourd’hui, la France commémore par l’intermédiaire de son président les victimes des attaques terroristes du 13 novembre 2015. Alors que Emmanuel Macron se recueille devant chacun des lieux frappés par la violence terroriste, il est difficile de ne pas faire le bilan de ces deux années.

La cruauté et la lâcheté des assaillants n’égalent que la douleur des victimes et de leurs familles. Puis tout un pays a été frappé. Sans fantasmer une union nationale qui aurait eu lieu ce soir là, difficile en habitant en France de ne pas avoir été touché.

Il y a tous ceux qui étaient sur les lieux, pas très loin, ou qui auraient pu y être, qui sont à jamais marqués. Il y a aussi tous ceux qui ont suivi dans la nuit l’évolution minute par minute et le macabre décompte des victimes. Il y a enfin tous ceux qui ont appris la nouvelle au matin. Tous ont été marqués par l’horreur de cette nuit où des jeunes hommes, dans une idéologie de la mort, ont frappé.

Difficile alors de s’opposer à la mise en place de l’état d’urgence proposée par le président François Hollande. Face à une attaque d’une telle ampleur et d’une telle force, il est probable qu’une réponse de même force était attendue. Deux ans plus tard, l’exception est devenue la règle. Au point qu’aujourd’hui, on se demande quelle sera la réponse politique si par horreur, une nouvelle attaque d’une telle ampleur devait se reproduire.

Les attentats qui ont suivi, de Magnanville, à Saint-Etienne du Rouvray, en passant par Nice, ont tragiquement démontré qu’aucun dispositif ne pouvait être infaillible.

Alors que le procès Mérah, suite à l’appel du parquet, n’est toujours pas clos, le gigantesque procès des attaques du 13 novembres, avec plus de 2500 parties civiles, ne devrait pas avoir lieu avant trois ans. Dans le même temps, le gouvernement souhaite publiquement la mort des ressortissants français partis rejoindre le prétendu Etat Islamique.

L’émotion suscitée par l’atrocité des crimes commis , fait aujourd’hui oublier l’intérêt de la justice. Vouloir que la justice soit rendue, n’est pas de la naïveté. C’est l’unique réponse que l’on peut faire sans sombrer dans la vengeance.

Des bombardements aériens sur Raqqa qui ont suivi les attaques du 13 novembre, aux récentes déclarations de la ministre des armées estimant qu’un maximum de combattants français devait être « neutralisé » dans les combats, la réponse a été plus proche de la loi du Talion que de la justice « du monde libre ».

Aujourd’hui, Daesh est vaincu dans sa forme territoriale en Syrie et en Irak. L’organisation n’a pas pour autant disparu. Si les causes qui poussent des individus à de tels pulsions de violence et de mort sont trop nombreuses pour qu’une solution unique y soit apportée, il y a fort à parier que les guerres d’Irak et de Syrie ne les feront pas disparaître.

Sans fatalisme, il paraît difficile aujourd’hui de pouvoir promettre la fin du terrorisme, tant les violences sont régulières à travers le monde, comme l’horrible attentat à Mogadiscio l’a montré il y a quelques semaines. La fin d’un traitement égal des citoyens, d’une justice qui a les moyens de son indépendance, sont en revanche à craindre au rythme où s’empilent les lois sécuritaires.

Aujourd’hui nous commémorons les victimes des attentats du 13 novembre 2015 dans un travail de mémoire et de solidarité vis à vis de victimes et de leurs familles qui est absolument nécessaire. Ce travail n’est pas celui de l’analyse de nos lois et de notre justice qui est tout aussi primordiale. Ce dernier est aujourd’hui refusé.

Cette réaction de refus n’est pas anormale, il est en revanche anormal qu’elle soit encouragée par des responsables politiques comme le premier ministre d’alors Manuel Valls qui a été jusqu’à accuser de complaisance ceux qui s’y emploieraient. Il avait déclaré après les attentats de janvier 2015 :

« Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. »

Aujourd’hui nous en sommes toujours ici, incapables d’adapter aux enjeux d’aujourd’hui toutes les pensées qui ont construit notre justice pénale, abolie la peine de mort et fait de la France, une société pas encore égalitaire mais un peu engagée sur cette voie.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde