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Edito : Une cordée de riches à la télé

Hier soir, pour la première fois depuis son élection le Président de la République s’est soumis à une interview télévisée. Une heure durant, il a été interrogé par trois journalistes se voulant les portes voix des français. De sa pratique du pouvoir à ses réformes économiques, Emmanuel Macron a passé presque autant de temps en figure rhétorique qu’en développement politique.

Une séquence mérite toutefois qu’on s’attarde sur elle. Interrogé sur sa politique fiscale, et plus précisément sur la suppression de l’ISF, le président a souhaité répondre à l’accusation qui lui est régulièrement faite d’être le président des riches. Il s’ensuit alors cet échange particulièrement décalé :

Emmanuel Macron : Je n’aime pas cette opposition de la société. Quand je vous regarde, je ne regarde pas des riches. Statistiquement vous l’êtes, au regard des statistiques françaises. Bon.

David Pujadas : Comme vous.

Emmanuel Macron : Oui ! Et alors ? Vous voyez bien, tout de suite ça crée quelque chose, qui est dans le vocabulaire.  Ce sont ce que j’appelle, les passions tristes de la France.”

Nous ne sommes pourtant pas dans Molière et nul Sganarelle n’est à l’écran. Ces quelques mots ont amené le président a oublié de maintenir l’illusion. Dans ce bureau de l’Elysée, malgré le tableau de marianne accompagnée de la devise de la France, la présence d’un président élu au suffrage universel n’y change rien, toute la France n’est pas représentée.

Les journalistes présents, bien que trois, ne sont guère plus représentatifs du pays que le chef d’État devant eux. Ils sont des riches. Non seulement le mot aura été prononcé mais en plus par maladresse, Emmanuel Macron a affiché ce qui normalement doit rester caché. Avant d’être Président de la République et journalistes, les quatre personnes assises dans cette pièce sont bien à l’abris de problèmes matériels rencontrés par des millions de français dans leur quotidien.

Pourtant “les français”, “le peuple”, “nos concitoyens”, seront invoqués très régulièrement par les protagonistes de cet entretien.

Pour les journalistes il s’agit de faire de leurs questions, non les leurs, mais celles d’une nation à son représentant. Comportement curieux qui vise non pas à nourrir un débat d’idées mais à entretenir l’illusion que le Président parle directement à l’ensemble des téléspectateurs. Les journalistes, bien qu’aimant se voir en quatrième pouvoir, n’ont pourtant pas de rôle de représentation.

Macron a lui systématiquement tenu à rappeler son élection jusqu’à finalement trop en faire. L’invocation régulière de son “mandat du peuple souverain” pour une “transformation profonde” du pays, a fini par laissé l’impression d’un homme refusant de répondre sur le fond aux critiques de ces politiques.

A la fin de cette longue interview, on ne peut que constater que les dogmes libéraux qui ont guidé l’action du président du nouveau monde jusqu’à présent, vont continuer de guider son agenda politique. La métaphore du ruissellement a été remplacée par celle de la cordée il n’en demeure pas moins que c’est la même logique qu’il a lui même résumé ainsi :

“La transformation économique que nous conduisons vise à rendre notre pays plus efficace pour, derrière, le rendre plus juste.”

La justice ça sera plus tard.

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde