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Edito : Macron, Bourdin et Plenel, deux heures trente huit pour rien

2H38 d’entretien. Interrogé par Edwy Plenel, rédacteur en chef de médiapart, et Jean-Jacques Bourdin, l’intervieweur en chef de BFM-RMC, le Président de la République a complété son opération médiatique débutée par l’entretien de jeudi dernier dans le 13h de TF1.

Après l’improbable décors de l’école maternelle d’un village de l’Orne, cette fois le Président était dans le théâtre national de Chaillot. Ce dernier situé place du Trocadéro offre une vue magnifique sur la Tour Eiffel, peut-être le personnage le plus sympathique de cet étrange moment.

Certes Emmanuel Macron, n’a pas été en mesure de dérouler aussi facilement ses propos que lors du mémorable entretien réalisé par Delahousse, le débat y a-t-il gagné ? Rien n’est moin sûr. La caricature des questions posées, et les reprises peu inspirées n’ont pas vraiment mis le Président en difficulté. Couper la parole et appeler le locataire de l’Elysée par son nom et prénom, permet de sortir de la tristesse habituelle de l’exercice, mais n’en fait pas quelque chose d’utile pour autant.

Au-delà de la forme, qualifiée de catch politique, peu de chose sur le fond si ce n’est le mépris réaffirmé du Président contre les mobilisations sociales.

Déclarant « entendre les colères » le Président a déclaré refuser de céder « à la tyrannie de certaines minorités ».  Cette logique de rabaisser les mobilisations sociales à des contestations minoritaires a été réutilisée régulièrement par Emmanuel Macron, qui n’a pas hésité à mettre en balance des mobilisations actuelles, sa légitimité de Président de la République élu.

Sur les mobilisations étudiantes il n’a ainsi pas hésité à expliquer que les étudiants mobilisés étaient très minoritaires et que les occupations d’amphi étaient le fait de groupes extérieurs aux établissements. Il a d’ailleurs qualifié ces derniers de « professionnels du désordre » et également pointé la faiblesse des organisations étudiantes.

Emmanuel Macron s’est également montré à plusieurs reprises contradictoires. La durée fleuve de l’exercice ayant peut-être contribué à une certaine confusion. A moins que les 2H38 soient insuffisantes pour décrypter la pensée complexe du président.

Tout en contestant « une logique de coagulation des mécontentements », il a réaffirmé la globalité de son projet. Expliquant que son objectif visait à « réconcilier le pays », à travers des « réformes de structures profondes » pour une « société de transformation ». C’est aujourd’hui ce tout qui est contesté par les manifestants à travers leurs différentes contestations sectorielles.

Autre contradiction, il a promis de ne pas ajouter de nouvel impôt tout en se montrant favorable à la mise en place d’une deuxième journée travaillée non payée. Ce qui consiste in fine bel et bien en un impôt, mais qui ne touche que les travailleurs… Ceux-là même à qui il a déclaré vouloir rendre du pouvoir d’achat avec la hausse de la CSG et la baisse des cotisations sociales.

Finalement, c’est probablement Pierre Laurent secrétaire national du PCF qui résume le mieux l’intervention présidentielle en répondant à BFMTV :

« [Le Président] navigue entre une sorte d’arrogance qu’il essaie de modérer en voyant que ça passe de plus en plus mal. Arrogance dans le sens où il maintient son cap. Quand il est contesté il dit aux journalistes : « Vous ne comprenez pas ce que je dis »; il dit la même chose aux Français. Quand il est en difficulté il essaie de modérer le ton. Absolument rien ne bouge sur le fond.

Quand on lui demande « Qu’est ce qu’il y a à négocier sur la réforme de la SNCF ? » il a beaucoup de mal à répondre. Parce qu’en vérité la réponse on la connait quand on voit comment se déroule la discussion au Parlement. Le gouvernement ne veut rien négocier. Il n’y a aucune marge de discussion dans sa méthode, et c’est ça que les Français n’acceptent plus. »

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Collectif de rédaction d'Avant Garde