Gwenn Herbin | Avant-Garde
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L’édito du mercredi par Antoine Guerreiro

Précarité étudiante : prendre le problème à la racine

Le mois de septembre vient de passer, avec lui la rentrée et toutes les dépenses qui y sont liées. Logement, santé, restauration : comme l’ont montré les syndicats avec leurs enquêtes d’été sur le coût de la vie étudiante, les charges qui pèsent sur nous se font chaque année plus lourdes.

Cette pression budgétaire a d’ailleurs de fortes conséquences, y compris sur la réussite de nos cursus. 50% des étudiant.e.s sont aussi salarié.e.s, bien souvent sur des horaires en concurrence avec leurs cours. Au-delà des 15 heures de travail hebdomadaires, ces jobs entraînent une baisse de 40% des chances de réussite aux examens. C’est un problème urgent d’ampleur nationale, qu’un gouvernement digne de ce nom devrait sérieusement prendre à bras-le-corps.

Mais s’il est maintenant à la mode de dénoncer la condition étudiante, de titres de presse en pages Facebook humoristiques, en passant par les commentaires de toutes les bonnes âmes charitables, bien peu se décident à prendre le problème à la racine.

Pourquoi la majeure partie des 2,3 millions d’étudiant.e.s de notre pays, cinquième puissance mondiale, se trouve-t-elle en situation de précarité financière ? Les études, c’est le report de l’entrée dans l’emploi, qui permet l’accroissement des qualifications, et donc de la productivité. Dès lors pourquoi les travailleur.se.s en formation devraient-ils passer par plusieurs années de pénurie, d’inconfort et de sous-consommation ?

Pour qui veut bien l’entendre, la réponse est plutôt simple: les immenses richesses créées dans les entreprises, dont une partie pourrait correspondre à l’anticipation de la richesse que nous créerons une fois dans le monde du travail, et qui devrait nous revenir de droit, ont déjà été appropriées. Par qui ?

Avec 76 milliards d’euros de profit en 2016 pour les entreprises du CAC40, pas besoin de chercher bien loin… Les étudiant.e.s font en fait les frais d’un dilemme insoluble pour le capital. Ce dernier a besoin de travailleur.se.s toujours plus qualifié.e.s, mais ne veut surtout pas prendre en charge le coût de leur formation (qu’il s’agisse d’ailleurs du financement des établissements, ou de la rémunération des jeunes en formation).

Alors puisque nous savons déjà où se trouve l’argent, la seule question qui se pose vraiment est de savoir comment le reprendre. Jusqu’à maintenant, les gouvernements n’ont trouvé que l’impôt et la charité comme réponse à la précarité étudiante, en augmentant les bourses sur critères sociaux pour les plus démuni.e.s. Ce sont des politiques à courte vue, souvent opérées pour des raisons électoralistes et sans vision politique sérieuse pour l’enseignement supérieur.

En ce qui nous concerne, nous pensons que seul un développement nouveau de la Sécurité sociale peut répondre à la dégradation de la condition étudiante. Nous voulons récupérer l’argent confisqué par le capital via le prélèvement de plusieurs milliards de cotisations sociales sur la richesse créée dans les entreprises.

Cet argent alimenterait une nouvelle branche « Formation » de la Sécurité sociale, garantissant ainsi la protection sociale de tou.te.s les étudiant.e.s. Bref nous voulons un salaire étudiant, pour la sécurité financière qu’il apporterait, mais aussi et surtout pour garantir la reconnaissance de nos études comme un préalable indispensable à l’exercice d’un emploi qualifié.

Utiliser les profits pour financer nos besoins : voilà des revendications qui seront sans nul doute au cœur des manifestations du 10 octobre, à l’appel de l’ensemble des syndicats de la fonction publique. Rendez-vous mardi !