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Edito : Le poids des mots

Le président de la République a une nouvelle fois été (volontairement ?) surpris a prononcé une petite phrase suintant le mépris.

A propos des salariés GM&S qui manifestaient pour sauvegarder leurs emplois, Macron a cru bon de lâcher à son interlocuteur que :

« Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent pas avoir des postes là-bas »

Là-bas, il faut comprendre à 180km de leur usine actuelle donc. Distance qui impose nécessairement un déménagement quoique puisse en penser Gérard Collomb qui trouve ça pas si loin.

Le plus intéressant dans cette déclaration et les réactions qu’elle a suscitées, est probablement le mot « bordel » qui a retenu beaucoup d’attention. Le président a d’ailleurs même fait savoir qu’il assumait sur le fond ses propos mais aurait probablement choisi une autre forme pour les exprimer.

Ses ministres, eux sont même allés jusqu’à soutenir la forme, le porte-parole du gouvernement a ainsi déclaré que :

« Je crois qu’on peut être cultivé et parler comme les Français. Je pense qu’on peut aussi avoir l’objectif en politique […] d’arrêter la langue de bois et d’oser nommer les choses »

On commencera par apprécier la vision que le gouvernement a des français. Des gens qui « ne sont rien », « fainéants » et « qui foutent le bordel » et qui s’ils ne sont pas « illettrés » s’expriment vulgairement. La forme du propos est également assumé par le premier ministre qui va jusqu’à invoquer sa fille pour justifier le président :

« En général quand ça m’arrive [dire un « gros mot »],  ma fille, qui a sept ans, me dit que je ne devrais pas le faire »

On a du mal à croire qu’après une période jupitérienne, le président de la République redescende si près du « peuple ». Car si lui peut se permettre de tels propos, c’est parce que finalement, il ne risque rien.

On imagine bien que dans la bouche d’un salarié si un tel mot arrivait à l’oreille de son patron, il aurait beau invoquer sa fille, son franc parlé, il aurait bien du mal à se justifier. Impossible pour lui également de tranquillement expliquer à son supérieur qu’il assume le fond mais regrette la forme.

Par exemple pour l’usage dans une forme un peu dérivée du mot présidentielle sur Facebook, le gérant d’un magasin avait été licencié. Il a récemment obtenu gain de cause devant les prud’hommes. Pas certain qu’il aurait pu être dédommagé autant ou même en capacité de faire valoir ses droits après la Loi Travail XXL.

Malgré l’origine du mot vulgaire, il semble qu’aujourd’hui le parler vrai, soit en réalité réservé à une élite. L’expression libre est aujourd’hui réservée à ceux qui n’ont rien à perdre. Au-delà même de l’indécence du propos, la forme constitue par son inaccessibilité au plus grand nombre, une insulte.

Le président de la République, ne risque pas le licenciement pour ses propos. Il ne risque pas d’être désavoué, il ne risque pas l’opprobre. C’est pourquoi sa fonction lui impose d’avoir l’humilité de s’exprimer avec le même respect auquel tout à chacun est obligé.

Parce que le langage des français n’est pas celui qu’a employé le président. Le chauffeur Uber, la caissière à Leclerc, l’étudiante pendant un oral, l’ouvrier face au patron, ne peuvent pas se permettre d’employer ce terme. Le langage employé par Macron, révèle à l’inverse un langage d’une classe qui n’a rien à craindre.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde