Edito : SNCF, Un point pour le vieux monde

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Depuis le mois de janvier, l’ensemble de la majorité présidentielle est sur le pont pour vendre les mesures présidentielles les plus impopulaires. Les massives baisses d’impôts pour les plus riches, couplées à de multiples attaques contre les droits des salariés et les aides sociales ont du mal à passer. La hausse de la CSG a même provoqué une rupture entre les retraités et le président alors que ces derniers ont massivement voté pour lui.

Emmanuel Macron, en croisade contre tout ce que ne s’inscrit pas dans son logiciel libéral et son opportunisme conservateur, n’a pas pour autant ralenti le rythme. Dans un mépris “gaulliste” du parlement, il a généralisé la sélection à l’entrée de l’université avant même la loi votée. Dans la foulée il a annoncé une terrible réforme du bac pour faire un pas de plus vers une école des inégalités.

A chaque fois que la contestation monte, le président fait un pas de plus vers la droite, espérant rattraper chez les conservateurs ce qu’il perd dans le ventre mou centriste de l’opinion publique. L’attaque lancée contre le statut des cheminots s’inscrit dans cette perspective, Juppé avait échoué, les autres ont renoncé, lui réussira à surmonter la “gréviculture” que ses lieutenants dénoncent dans les médias.

Les éditorialistes de ces derniers, jubilent depuis plusieurs semaines, tel des charognards survolant un champ de bataille. L’objectivité journalistique les oblige à choisir le camp libéral bien évidemment. Le plus souvent ils se contentent de témoignages d’usagers soigneusement sélectionnés, certains vont plus loin. Le Point s’est ainsi permis de publier un billet appelant à compter “les décès liés aux grèves”.

Les députés de la majorité ont donné le ton, Jean-Pierre Pont, député du Pas-de-Calais, a ainsi demandé aux cheminots de ne pas faire grève prétextant la menace terroriste, n’hésitant pas à écrire que la CGT endosserait la responsabilité criminelle d’un attentat dans un train !

La députée des Haut-de-Seine Celine Calvez a elle considéré que la grève représentait une opportunité de réfléchir à des moyens de transports alternatifs. Habitante de la plus grande aire urbaine du pays, elle doit pourtant connaître les difficultés que représentent les déplacement en Ile-de-France. Région qui est à la fois la championne de la spéculation immobilière, qui éloigne les travailleurs de leurs emplois, championne de la congestion des axes routiers, championne de la pollution ainsi générée. Apparemment ça n’empêche pas la députée de proposer d’abandonner le rail pourtant largement reconnu comme un solution de transport optimale pour cette région.

Pour Benoit Simian, ancien cadre de la SNCF, aujourd’hui député de Gironde dans la majorité présidentielle, la grève est “incompréhensible”. Rapporteur spécial du budget infrastructure et transport, on espère qu’il s’agit d’une provocation plutôt que d’une incompréhension. Déclarant préférer “un syndicalisme réformiste”, il estime que la réforme est indispensable pour préparer la SNCF à la concurrence, ouverture à la concurrence prévue par cette même réforme donc.

La ministre des transports, Elisabeth Borne dont l’existence n’avait pas nécessairement frappé le grand public a estimé que la grève ne pouvait pas être comprise par les français étant donnée que le gouvernement était ouvert au dialogue. Si effectivement depuis un an, le gouvernement se plaît à largement communiquer sur les consultations des uns et des autres. Il est surtout connu pour finalement trancher seul. Il a ainsi largement ignoré les syndicats pour les futures réformes de l’assurance chômage et de la formation professionnelle.

Ancienne directrice de la stratégie de la SNCF, la ministre est sous contrôle étroit de Matignon qui n’hésite pas à réécrire ses interviews, ce qui a amené le pourtant très libéral Les Echos à la refuser.

Cet épisode montre une certaine fébrilité du côté du gouvernement qui a déjà annoncé renoncer aux ordonnances. Cette grève, qui a commencé hier soir, est particulièrement suivie et s’inscrit dans un contexte de multiplications de conflits sociaux. De Carrefour à Air France en passant par les universités de Toulouse et Montpellier l’heure est à la mobilisation.

En fin d’année dernière, le nouveau monde de l’opposition s’était permis de donner le point à son alter ego de l’Elysée. Aujourd’hui son appel à une mobilisation du dimanche, est resté largement ignoré. C’est l’ancien monde qui est à la manoeuvre, Laurent Brun secrétaire général de la CGT cheminots prouvant que les syndicats ouvriers conservent leur actualité. Pour le paraphraser on pourrait dire que pour l’instant la CGT a le point.