CC0 | Domaine Public
Vivre ensemble

En Corse, l’assassinat de trop réveille les consciences

L’assassinat d’un jeune militant est devenu le symbole de la gangrène mafieuse qui sévit sur l’Île. En Corse, dans les carences de l’Etat, un mouvement antimafia émerge.

En 2013, la Corse était touchée par une vague d’assassinats sans précédents, pas moins de vingt en moins d’un an ! Face à cela Manuel Valls alors Ministre de l’Intérieur avait déclaré que « La violence est enracinée dans la culture corse », une saillie qui souleva à l’époque une vague d’indignation à travers toute l’île de beauté et qui s’avéra être totalement contre productive. La création d’une commission ad hoc à l’Assemblée de Corse sous la mandature de Paul Giacobbi (PRG) et les nombreuses enquêtes policières n’ayant pas permis d’empêcher les dix meurtres qui ont déjà endeuillé la seule année 2019.

Néanmoins, la mort de Maxime Susini, militant nationaliste de 36 ans, tué par balles le 12 Septembre 2019 devant la paillote dont il était le gérant a suscité de vives émotions partout en Corse et a relancé pleinement le débat de la violence et de la mafia sur le territoire insulaire. Cela a notamment donné naissance à un collectif citoyen baptisé  « Maffia NÒ !  A vita IÈ ! »   (Non à la Mafia ! Oui à la vie !) et  composé de nombreuses personnalités insulaires comme Léo Battesti, ex-leader du FLNC et ancien président de la Fédération Françaises des Échecs, Jérôme Ferrari prix Goncourt 2012 ou encore Jean-Claude Acquaviva chanteur et membre du célèbre groupe A Filetta. Le 30 septembre 2019, huit cent personnes ont répondu à l’appel du mouvement Core in Fronte – auquel appartenait Maxime Susini – et se sont rassemblées à l’Université de Corte pour dénoncer et débattre autour des dérives mafieuses qui gangrènent actuellement la Corse.

L’assassinat de trop 

« On ne se taira plus » tel est le mot d’ordre qui est ressorti de ce rassemblement et qui est largement partagé au sein de la communauté insulaire. Mais malgré  tout, briser la loi de l’Omerta et pointer du doigt de possibles responsables ne suffira pas à mettre un terme à cette triste

On serait presque tenté de faire un parallèle entre cette élite mafieuse et les 100 propriétaires de voitures dotées de protections balistiques.  

Car contrairement à ce qu’avait pu affirmer Manuel Valls en 2013, le problème de la violence en Corse n’est pas culturel, mais social et sociétale. Cette violence ne venant pas d’une majorité de corses, mais d’une minorité, une mafia organisée qui l’exerce grâce au pouvoir de l’argent. Dans la région la plus pauvre de France, sur cette île gangrénée par le le clanisme et le clientélisme où 1 habitant sur 5 vit avec moins de 970€ par mois, où 10% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté tout en travaillant et ou l’essentiel de l’économie dépend du tourisme il n’est pas difficile de comprendre qu’une petite centaine d’hommes et de femmes se sont enrichis au profit du reste de la population. On serait presque tenté de faire un parallèle entre cette élite mafieuse et les 100 propriétaires de voitures dotées de protections balistiques. Un chiffre qui pourrait paraître anodin mais qui prend tout son sens, lorsque l’on réalise qu’en Corse, on compte 1 voiture blindée pour 3000 habitants, une proportion quatre fois supérieure à celle du Brésil, qui est pourtant leader dans ce domaine.

L’impunité de cette minorité est renforcée par le fait que la Justice ne parvient que très rarement à retrouver les coupables de ces crimes affreux. En effet seul 4% des règlements de comptes ayant eu lieu entre 2005 et 2014 ont débouché sur un procès et une condamnation. Cette incapacité criante  ne faisant que renforcer le ressentiment et le sentiment d’injustice d’une immense partie de la population locale. 

La lutte contre la Mafia, un combat social et solidaire 

La lutte contre la Mafia n’est pas que juridique,  elle est également sociale et politique, ceux qui s’enrichissent grâce aux inégalités, à la spéculation immobilière et au rackette ne pouvant qu’entraver la volonté de construire un développement économique plus égalitaire, comme en témoigne l’attitude d’une partie du patronat local qui profite des spécificités fiscales de l’île et donc de l’argent de la solidarité nationale pour s’enrichir et renforcer leur pouvoir.  Le crime organisé est un complice du capitalisme effréné et un véritable freins pour le progrès social et l’écologie ! Dans cette Corse dépourvu de secteur industriel, jetée au tourisme de masse ou la jeunesse a de plus en plus de mal à avoir accès au logement et à trouver des emplois stables en rapport avec leurs qualifications et leurs attentes, la vie de mafioso peut que sembler être une alternative à une vie de précarité. 

L’assassinat de Maxime Susini a réveillé quelque chose en Corse, la tristesse, la colère ainsi que l’indignement des insulaires a prit de cours les politiciens de l’île.

Briser le silence est une chose importante, mais pour mettre un terme à l’affairisme et au gangstérisme, les corses devront également se battre pour plus de solidarité et de justice sociale.

L’assassinat de Maxime Susini a réveillé quelque chose en Corse, la tristesse, la colère ainsi que l’indignement des insulaires a prit de cours les politiciens de l’île. Après des décennies de silences, les corses ne veulent plus fermer les yeux et rester muet face aux violences mafieuses… et ce qui émane de cette envie, c’est une volonté, sous-jacente ou non, de réformer la Corse, de la faire avancer dans le bon sens, celle montre une envie d’égalité et de partage. Mais pour cela il faudra sortir de la spirale de l’isolement et du repli sur soi en donnant aux corses les moyens de voyager, de rêver, bref de vivre dignement sur un territoire tellement beau que l’on ne peut que se demander comment on peut avoir envie d’y faire couler le sang d’un homme.