« Entendez le cri de désespoir des lycéens, ne nous réprimez pas ! »

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Élève au lycée Marie Curie de Tarbes, Roman a été injustement exclu 4 jours de son établissement après la mobilisation du 10 novembre. Cette affaire indigne de nombreux soutiens et prend des proportions nationales. 

Roman, jeune communiste, appelle les autorités à écouter les jeunes et à leur donner les moyens de s’engager pour défendre leur avenir.

Après une mobilisation sur ton lycée le 10 novembre, tu as été exclu 4 jours de ton établissement par le proviseur. Quel était le sens de ce mouvement dans ton lycée ? 

Nous nous sommes mobilisés suite à l’appel à la mobilisation des organisations de jeunesse le 10 novembre, pour dénoncer la sélection de Parcoursup, la réforme du bac professionnel et naturellement pour affirmer notre soutien aux autres grèves organisées le jour même. 

Nous étions plusieurs motivés à faire une action dans notre lycée. Après débat, nous avons convenu d’un blocus pacifiste et partiel pour le jeudi matin avant de rejoindre la manifestation.

C’était donc un mouvement de protestation collectif ? 

Exactement, nous étions plusieurs organisateurs, et tous les jours de plus en plus de lycéens suivaient et soutenaient l’action que nous étions en train de préparer. 

C’était logique, puisque c’est leur avenir qui est concerné et que nous allons défendre. 

Je précise que je ne suis pas le seul à avoir reçu une sanction. Un autre camarade qui m’a aidé à organiser le blocus a été exclu 3 jours. Il n’a pas été sanctionné pour des raisons politiques. 

Mais le proviseur t’a tenu responsable du blocus et il t’a reproché de tenir des propos politiques ?

Prosélytisme politique plus exactement, aux abords du lycée, donc à l’extérieur. 

Pendant le blocus nous avons en effet, nous la JC, pris la parole et avons fait un discours forcément politique puisque nous bloquons pour des raisons politiques tout en dénonçant les problèmes existants dans le lycée. 

C’est d’ailleurs, d’après les propres mots du proviseur, le côté politique qui est le plus grave selon lui.

Pourtant rien dans la loi n’interdit de s’exprimer politiquement dans l’espace public, même quand on est lycéen. 

D’après le Proviseur, si ! Le proviseur se base sur un article du Code de l’éducation introduit par Blanquer pour dire que, selon lui, il n’est visiblement plus possible de s’exprimer librement. 

Dans ma notification d’exclusion, parmi les motifs, il y a le « prosélytisme politique », qu’il associe à de l’« endoctrinement » ce qui est scandaleux. 

La principale action de notre mouvement ici, c’est-à-dire le tractage devant les lycées, ne relève en aucun cas d’un quelconque endoctrinement, qui implique des groupes religieux et non politiques, mais surtout (car ce sont des arguments clés du proviseur) des formes de pressions. 

Le simple fait d’avertir nos camarades et amis de réformes les concernant et dont on n’entend jamais parler en classe ou de problèmes quotidiens et réels pour un grand nombre de lycéens comme les transports, l’accès à la culture puis d’amener à porter un regard critique et de s’engager pour leur avenir, tout cela équivaudrait à de la pression et de l’endoctrinement ? C’est inacceptable !

Tu as reçu le soutien de professeurs, mais aussi de syndicalistes et d’élus.

Oui, suite à la connaissance de ma convocation, beaucoup d’élus locaux, des syndicalistes, des professeurs, ont écrit et signé une lettre dénonçant la répression ouvertement politique et appelant à ce qu’il n’y ait aucune sanction,

Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, a même twitté pour dénoncer la sanction !

Plusieurs cadres du MJCF ont d’ailleurs écrit individuellement au proviseur et beaucoup de fédérations ont envoyé leurs propres mails au lycée.

Ces lettres ont été balayées par le proviseur lors de la rencontre, mais par contre, il a tout fait remonter jusqu’au rectorat pour être sûr d’être couvert.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant aux communistes pour l’énergie dépensée, pour écrire toutes ces lettres et à tous les signataires pour les avoir lues et signées en si peu de temps. 

Le gouvernement et les politiques appellent souvent la jeunesse à s’engager. Qu’est-ce que tu attends d’eux pour ta part ?

Qu’ils entendent ce cri de désespoir de la jeunesse, que notre avenir est sacrifié aux profits du présent de quelques-uns. Nous ne sommes jamais écoutés dans des cadres institutionnels !

Élu au CVL, cela fait plus de deux ans que tous les projets sont remplacés par ceux du proviseur ou bien ignorés. Cette année les choses vont changer !

Tous les droits politiques ont été conquis parce que certains se sont révoltés et ont transgressé des règles. Alors je dis aux personnalités politiques qui appellent la jeunesse à s’engager : « donnez-nous les moyens de le faire, ne nous matraquez pas ! ». 

Comment pourrait-on aider les lycéens à participer à la vie démocratique ?

Autorisez les organisations de jeunesse à pouvoir militer devant les lycées sans qu’il y ait de répression, cela me semble évident.

Mais, aussi, il faut donner plus de moyens et de pouvoirs décisionnels aux instances lycéennes comme les CVL ou les MDL. Il faut aussi augmenter le nombre de lycéens au CA pour avoir plus de poids dans les décisions.

Et surtout, il faut faire une très large campagne pour promouvoir l’engagement autour des structures de jeunesse. 

Quelles vont être les suites de ton affaire ? 

Nous allons très certainement faire appel et contester cette répression.

En ce moment même, nous sommes en train d’envisager les possibilités juridiques pour rassembler nos arguments, nous préparer et nous organiser pour la suite. 

Nous ne reculerons pas face à la répression de nos libertés fondamentales !