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Entretien avec le porte-parole de « Stop Homophobie »

En cette journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, nous sommes allés à la rencontre de Mathieu Mercuri, porte-parole de l’association Stop Homophobie.

Avant-Garde : Tu es porte-parole de Stop Homophobie, comment cet engagement militant associatif s’est-il imposé à toi ?

Mathieu Mercuri : Ça s’est imposé tout naturellement.

L’équipe de Stop Homophobie, entre le secrétaire général, la présidente, le conseil d’administration et les nombreux rédacteurs, l’équipe est globalement composée d’un profil de personnes adultes qui ne sont pas à l’aise avec le fait de devenir un personnage public.

Personnellement cela ne m’a jamais dérangé, par conséquent l’idée de me nommer porte-parole est venue au même moment, des deux côtés de l’équipe, c’est-à-dire d’eux et de moi. Il fallait quelqu’un de jeune et dont l’exposition médiatique était déjà quelque chose de naturel, puisque j’avais bénéficié d’une certaine visibilité lors des manifestations contre la loi travail.

Par ailleurs j’avais déjà une responsabilité chez Stop Homophobie avant d’en devenir le porte-parole, j’étais et je suis encore, le responsable de la permanence jeune.

Il est possible sur le site de SOS homophobie de remplir un formulaire de contact en cas de questionnement ou de témoignage. Si le contact correspond à une certaine tranche d’âge de moins de 25 ans, je reçois le contact sur une boîte mail professionnelle. Je suis en quelque sorte le confident professionnel de jeunes LGBT en difficulté.

AG : Tu as pris connaissance du dernier rapport d’SOS Homophobie, qu’en retiens-tu ?

MM : Le rapport 2017 de SOS Homophobie concernant l’année 2016 est accablant, en effet il annonce une augmentation du nombre de témoignages de LGBTphobies par rapport aux deux années précédentes.

De 2015 à 2016, SOS Homophobie a enregistré 20% de témoignages en plus. L’homophobie et les LGBTphobies en général, ce n’est pas du passé contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire et il est plus que vital d’engager une réelle lutte contre ces discriminations à caractère sexuels ou genrées.

Par ailleurs ces trois dernières années, Stop Homophobie, l’association dont je suis porte-parole, a reçu près de 33.000 témoignages de LGBTphobies, un chiffre en constante augmentation.

AG : Dirais-tu que la situation peut s’apaiser avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe, ce dernier semble être opposé à la PMA, s’est abstenu sur le mariage pour tous… Comment envisages-tu ce quinquennat ?

MM : Tout d’abord ce que je retiens du programme d’Emmanuel Macron, c’est qu’il s’engage à légaliser la PMA pour tous les couples de femmes. S’il tient cette promesse, ce sera déjà ça. Je n’attends rien de plus de sa part concernant les droits des LGBT.

Remarquons que François Hollande avait également promis la PMA et que nous l’attendons encore aujourd’hui, je pense que notre nouveau président lui aussi n’ira pas au bout de cette promesse. Le processus pour rendre légale la PMA aux couples de femmes est trop long et il aura d’autres choses à faire plus importantes, comme retirer des droits aux travailleurs et travailleuses par exemple.

Concernant Édouard Philippe, je n’attends rien de plus également. Ce quinquennat sera catastrophique, nous le savons. J’avoue ne pas connaître cet individu, tout ce que je sais c’est qu’il vient des Républicains et que par conséquent rien ne m’étonne quant à son engagement à l’encontre de la PMA ou son abstention concernant le mariage pour tous.  »Être réac mais pas trop » c’est le meilleur moyen de se faire passer pour un progressiste et de finir premier ministre chez Macron.

AG : Une polémique avait éclatée au sujet de propos tenus par Macron sur la prétendue humiliation qu’aurait subi la Manif pour Tous, que réponds-tu à cela ?

MM : Nous connaissons maintenant Emmanuel Macron,  »sauter sur tout ce qui bouge » c’est son maître mot. Quand il peut draguer l’électorat LGBT, il le fera, et quand il pourra draguer l’électorat réac, il le fera.

C’est ce qu’il a fait en clamant que la Manif pour Tous a été humiliée, mais c’est une véritable erreur de sa part. Ceux qui ont été humiliés, ce sont qui ?

Ces homophobes à la limite fascistes qui ont eu droit à une visibilité permanente pour cracher, sur les plateaux télés, leur haine à l’égard des homosexuels ?

Ou bien ces jeunes ados, en plein questionnement sur leur orientation sexuelle, qui ont eu droit chaque jour à voir ces homophobes dont je parlais, à la télé ?

Est-ce que Emmanuel Macron imagine le traumatisme que cela peut causer dans la tête d’un adolescent en pleine construction, qui a subi pendant près de deux ans, un rabattage médiatique permanent sur la question de l’égalité des homosexuels, accompagné des commentaires des dirigeants de la Manif Pour Tous qui allaient avec, puis des chaînes TV qui diffusaient en direct les manifestations contre le mariage pour tous ?

Alors, qui a été humilié ? Qui sera traumatisé à vie ? C’est une des nombreuses erreurs d’Emmanuel Macron que nous ne lui pardonnerons jamais.

AG : Les partis politiques sont-ils à jour sur les enjeux LGBT + ? Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?

MM : Aucun parti politique n’est malheureusement à jour sur la question des LGBT. Le PS qui semblait à la pointe de la lutte a reculé sur presque tout ce qu’ils avaient promis lorsqu’ils ont été élus, En Marche nomme un réac Premier ministre. Je ne parlerai pas de LR ou du FN.

Le PCF est bien parti mais quelque chose bloque, je ne sais pas quoi, peut-être le  »vieux monde ». En tout cas c’est le seul parti dont l’idée même de l’égalité des sexes et des genres s’inscrit dans l’idéologie du parti, par conséquent c’est le parti en lequel j’ai le plus confiance concernant les droits des LGBT.

AG : Selon toi, quels sont les trois gros chantiers prioritaires à mener pour la lutte LGBT ?

MM : Au niveau national sur le plan juridique, le combat que je défends avec Stop Homophobie est celui de mettre en place une justice plus réactive. Bizarrement les affaires vont plus vite quand il s’agit de condamner un ouvrier qui a voulu défendre son emploi que quand il s’agit de condamner un acte homophobe.

Il faut également des centres d’accueils dédiés pour que les LGBT puissent, sans appréhension, porter plainte. Il est très courant d’entendre dans un commissariat, lorsque l’on porte plainte pour homophobie, la fameuse phrase  »mais vous êtes sûr que c’était homophobe ? » de la part de la personne qui prend notre plainte.

Sur le plan social, il faut de l’éducation, plus d’éducation. Commencer par arrêter de genrer les jouets pour enfants, de placer la femme comme une personne inférieure à l’homme, car l’homophobie tire sa base du machisme et du patriarcat, défendant une idée selon laquelle un vrai homme doit être avec une femme.

Il faut également multiplier les interventions en milieu scolaire pour parler avec les élèves de l’homophobie et des LGBT. Stop Homophobie est en train de recevoir l’autorisation pour faire ce genre d’intervention, une fois que nous l’aurons, je suivrai une formation et j’irai faire des interventions dans les écoles avec une équipe que j’aurai formée.

Enfin, la proposition la plus importante de Stop Homophobie, est celle de la dépénalisation universelle de l’homosexualité. C’est une résolution que nous souhaitons porter auprès de l’ONU.

AG : On dit souvent que les lesbiennes sont moins entendues que les homosexuels, moins représentées, moins défendues, qu’en penses-tu ?

MM : Encore une fois il s’agit d’un problème profondément sexiste. Les couples lesbiens sont souvent considérés plus comme un fantasme d’hétéro que comme une orientation sexuelle, ce qui est absurde.

La plupart des hommes font leur éducation sexuelle sur les sites pornographiques, sites sur lesquelles on peut trouver des vidéos de lesbiennes qui couchent avec des hommes dans la catégorie  »hétéro ». Une part des cas d’agressions envers des lesbiennes doivent tourner autour de ce fantasme et de remarques sexistes.

Par ailleurs, je pense que l’acte sexuel entre deux hommes est considéré comme plus choquant, malheureusement, et donc plus à même à être visé par l’homophobie.

Même chez les homosexuels, il y a une différence de traitement entre les femmes et les hommes, c’est bien triste et il faut effectivement y remédier.

AG : Beaucoup de revendications sont tournées vers le développement de la santé FSF (femmes ayant une sexualité avec les femmes), qu’en est-il des problématiques liées à la sexualité entre hommes ?

MM : Le problème, c’est que lorsqu’on dit  »relation sexuelle entre homme », on nous répond  »oh, attention sodomie = SIDA ».

J’ai pas mal d’amis hétérosexuels avec qui, quand on parle de sexualité, me demandent  »mais tu n’as pas peur d’attraper le SIDA en étant gay ? », c’est une remarque à laquelle je ne pourrai jamais m’y faire et que je ne comprends pas.

Il me semble que le risque de transmission de maladies sexuelles est causé par des pratiques non protégées et pas forcément par une orientation sexuelle. Si des homosexuels ne se protègent pas, c’est leur problème à eux (et à leur partenaire) et pas à la communauté LGBT globale, personne n’a jamais fait ce genre de lien avec la communauté hétérosexuelle lorsque des hétérosexuels ne se protègent pas.

Évidemment il faut se protéger et surtout dialoguer. Avant d’avoir des relations sexuelles avec un partenaire, on peut échanger, savoir si le partenaire a déjà eu des relations sexuelles à risque et ensuite faire en fonction.

AG : On retrouve des conseils sur la sodomie jusque sur le blog de Gwyneth Paltrow, c’est une pratique malheureusement représentée avec beaucoup de violence dans la pornographie. Que penses tu de cette représentation, ne reflète-t’elle pas une nouvelle forme de rejet moral ?

MM : La sodomie doit être tout sauf un acte violent. Le fait de retrouver l’acte anal au même niveau que l’acte vaginal dans les vidéos pornographiques hétéros, est dans la réalité, une fausse égalité. Un anus n’est pas un vagin.

Bizarrement, dans les pornos homos, la plupart du temps l’acte est beaucoup plus empreint à un certain érotisme et à une sensualité, quand dans le porno hétéro il représente la soumission.

Tant mieux si la sodomie se popularise, mais dommage si elle se fait dans le mauvais sens en considérant que cet acte doit forcément signifier la soumission, la domination et la violence.

AG : Que voudrais-tu dire aux homophobes aujourd’hui ?

MM : Qu’ils sont des foutus arriérés et qu’ils doivent évoluer pour ne plus avoir l’air d’être des boulets réacs.

Je ne sais pas si ces gens se rendent compte que la principale cause de souffrance des homosexuels, ce n’est pas leur orientation sexuelle, mais eux, les homophobes.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde