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Espagne : “les pouvoirs économiques cherchent à consolider le Régime par une voie réformiste et répressive”

Guillermo Úcar, secrétaire-général de l’Union des jeunesses communistes d’Espagne (UJCE) analyse pour Avant Garde la situation et les perspectives pour la jeunesse espagnole.

Pour la quatrième fois en quatre ans, les électrices et électeurs espagnol-es seront appelé-es aux urnes le 10 novembre prochaine pour les élections générales. Ce nouveau scrutin, qui arrive quelques mois seulement après les précédentes élections d’avril, fait suite à l’impossibilité pour le socialiste Pedro Sánchez, arrivé en tête, de trouver une majorité pour former un gouvernement. Les positions du leader du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) avaient notamment abouti à l’échec d’un accord avec la coalition Unidas Podemos, qui intègre le PCE.

Quelle analyse faites-vous des difficultés rencontrées par le gouvernement de Pedro Sánchez pour trouver une majorité stable au parlement ?

Pour une part, cela vient du fait que l’oligarchie espagnole, maintenant qu’elle s’est remise de sa crise, n’a plus besoin de l’application de mesures économiques immédiates. Il est bien entendu que nous nous approchons d’une nouvelle période de crise, mais celle-ci est encore lointaine, ce qui permet aux partis politiques d’agir avec une certaine indépendance par rapport aux pouvoirs économiques. Il est vrai que de grands représentants de la bourgeoisie se sont prononcés pour un accord entre le PSOE (social-libéralisme) et Ciudadanos (droite libérale), mais à aucun moment cela n’a été posé comme une nécessité inévitable.

Un autre point est l’importance pour ce que nous appelons le « Régime de 78 » (régime politique dérivé d’une fausse rupture avec le franquisme) de pouvoir clore sa crise de façon définitive sans faire de faux pas. Le régime a besoin de continuer à consolider le bipartisme, après avoir réussi à affaiblir les forces « alternatives » à celui-ci (Unidas Podemos et Ciudadanos) et alors que VOX (extrême-droite) a révélé ne pas constituer une réelle menace dans l’immédiat.

Nous nous dirigeons donc vers une situation dans laquelle les pouvoirs économiques pourront proposer un « grand pacte d’État », qui consolide le Régime par une voie réformiste et répressive autour de la prochaine crise et du conflit catalan.

Quels sont les défis des prochaines élections pour les Espagnols et en particulier pour la jeunesse ?

Pour résumer, notre défi est d’alerter sur le besoin de s’organiser. Une fois que nous avons assumé qu’une victoire électorale n’était pas possible au vu du rapport de forces actuel dans la lutte des classes, nous devons lancer un appel à la résistance. Nous devons être capables de faire comprendre qu’il y a des moments de joie lors desquels nous pouvons lancer un message victorieux et offensif, et qu’il y a d’autres moments où nous avons besoin de nous replier pour résister aux attaques. Nous nous trouvons aujourd’hui dans ce second cas, mais il ne doit y avoir aucun doute que, malgré cela, la jeunesse travailleuse organisée va s’efforcer d’intensifier tous les conflits qui seront nécessaires pour freiner ce Régime.

Comment se positionne l’UJCE pour ces élections ? Quels sont ses principaux axes de campagne ?

Il serait difficile de résumer, car nous savons que nous avons beaucoup de choses sur lesquelles travailler : le chômage et la précarité continuent à être notre lutte permanente, ainsi que le manque de gratuité dans l’éducation. Nous pensons cependant que c’est un bon moment pour défendre le droit au logement, car le Premier ministre actuel niait il y a quelques mois qu’il était possible de réguler le montant des loyers. En Espagne, la jeunesse travailleuse souffre énormément sur la question de l’émancipation, seul un jeune sur cinq de moins de 29 ans ne vit plus chez ses parents.

Nous devons de plus dénoncer la hausse continue des violences machistes et le manque de loisirs dignes et populaires dans nos quartiers. C’est également un bon moment pour nous opposer à la montée de l’idéologie néolibérale au sein du mouvement écologiste. Nous devons démontrer que, dans le cadre du capitalisme, il est impossible de sauver la planète. Enfin, et au vu des dimensions du conflit catalan, nous dénoncerons les dernières attaques que l’État a lancées contre les mouvements populaires, nous dénoncerons la répression dont nous souffrons. Pas seulement en Catalogne, mais aussi dans les mouvements de quartier et syndicaux.

Comment analysez-vous les derniers événements en Catalogne et comment pensez-vous que cette situation impacte les élections ?

Le conflit catalan continue à se manifester comme un conflit où l’hégémonie est exercée par les petite et moyenne bourgeoisies, bien qu’il existe des expressions de mouvement populaire que nous ne saurions ignorer. La réalité territoriale en Espagne est très complexe et l’UJCE se positionne sans ambiguïté pour le droit à l’autodétermination, bien que nous pensions que rien de tout cela ne serait arrivé dans le cadre d’une République fédérale solidaire. Le centralisme espagnol (propre du nationalisme espagnol) est, avec la monarchie, l’un des piliers qui soutiennent le Régime de 78.

Cela va affecter les prochaines élections, c’est inévitable. D’un côté, les partis politiques qui défendent le Régime (PP, PSOE, Ciudadanos et VOX), ainsi que le nouveau parti « Más País », se positionnent clairement et franchement pour ne pas permettre une consultation populaire en Catalogne. De l’autre côté, les partis de tendance indépendantiste (PdeCat, ERC et CUP) ont toujours confiance dans la possibilité d’une indépendance obtenue unilatéralement. Deux nationalismes opposés qui dissimulent les problèmes de caractère social qui persistent en Espagne : chômage, précarité, accidents du travail, expulsions locatives, violences machistes…

Notre position, celle des communistes, n’est pas simple, car nous devons être capables de faire que ce conflit entre nations se déroule uniquement sous une perspective de classe, ce à quoi nous ne sommes pas encore parvenus. C’est pourquoi il peut exister une tendance à se décider lors des élections (surtout par peur) entre l’une des deux positions nationalistes, écartant ainsi le conflit bien plus grand, qui est celui de classes.

Malgré cela, il faut préciser qu’il y a une grande part de la population qui est épuisée par ce processus et qui, majoritairement dans les quartiers ouvriers, restera chez elle le jour des élections, faisant monter considérablement l’abstention. Notre travail doit justement être d’organiser cette jeunesse travailleuse qui est fatiguée des élections à répétition et de voir comment les bourgeois se battent entre eux.

As-tu quelque chose à ajouter ?

Le contexte international actuel, avec une augmentation de la bellicosité impérialiste et une nouvelle crise capitaliste au coin de la rue, nous oblige à prendre en compte qu’il est plus nécessaire que jamais que les organisations anti-impérialistes, les organisations internationalistes, restent unies pour répondre comme un seul poing à tous leurs coups. Il devient indispensable, comme au sein de nos propres pays, de tisser des réseaux de jeunes qui nous permettent d’être présents dans tous les conflits et de lutter contre toutes les contradictions que l’impérialisme génère : guerres, faim et crise climatique. C’est seulement uni-es que nous pourrons vaincre.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde