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EDITO

Expulsions locatives en sursis : il faut agir en profondeur pour mettre fin à la précarité !

La ministre du logement, Emmanuelle Wargon, a annoncé cette semaine, que la trêve hivernale serait prolongée de deux mois supplémentaires, c’est-à-dire que les expulsions locatives en raison de loyers impayés seraient ajournées jusqu’au 31 mai 2021. Dans le même temps, la fondation Abbé Pierre a rendu son rapport annuel sur le mal-logement en France. 

La crise économique touche de plein fouet les populations déjà fragilisées, à savoir les classes populaires, les jeunes, les étudiantes et les étudiants ; précarité de l’emploi, absence de revenu, chômage, tel est le lot de la jeunesse de France. Aujourd’hui 30 000 procédures d’expulsion sont en cours, c’est deux fois plus que la moyenne nationale. 

Dans son rapport, la Fondation pointe que ce sont les moins de 30 ans et les bénéficiaires des aides personnalisées au logement qui sont plus durement impactés par la crise locative que le reste de la population. 

Alors que pour 7% des Français et des françaises les conditions de logement se dégradent, on passe à 12% pour les moins de 30 ans, et à 25% pour les bénéficiaires des APL ; autre chiffre alarmant, en moyenne 13% des Françaises et des français ont des difficultés à payer leur loyer, on passe à 20% pour les moins de 30 ans et à 42% pour les bénéficiaires des APL.  De plus, ¼ des jeunes de 18 à 24 ans ont des difficultés à se loger à cause de la précarité de l’emploi et la moitié d’entre eux craignent pour leur logement.  

Si le prolongement de la trêve hivernale peut dans l’immédiat paraître une bonne chose, force est de constater qu’elle n’offre qu’un sursis, et qu’il s’agit plutôt d’une bombe à retardement. Il faut mettre fin à toute expulsion locative sans relogement et agir en profondeur plutôt que de penser la plaie. 

Pour les étudiants et les étudiantes, cela se joue à deux niveaux. En premier lieu, il faut mettre en place un réel plan de lutte contre la précarité étudiante, via notamment l’augmentation des APL et le cadrage strict des loyers, mais surtout la mise en place d’un revenu pour les étudiants et les étudiantes, au-dessus du seuil de pauvreté, financé par les cotisations sociales.  

Le logement constitue le premier poste de dépense pour les étudiants et les étudiantes, qui pour des milliers d’entre eux sont aujourd’hui dans l’obligation de se tourner vers des solutions d’aide alimentaire, et sont dans l’incapacité de payer leur loyer. 

Nous sommes 2,7 millions d’étudiants et d’étudiantes en France, pourtant le nombre de logements en cité-universitaires s’élève seulement à 170 000. Les comptes ne sont pas bons, forçant la majorité à se tourner vers le parc locatif privé, et des loyers beaucoup trop onéreux. Il faut investir massivement dans le CROUS, afin d’assurer dans un premier temps une place en résidence universitaire à chaque étudiant boursier, avant d’aller plus loin et permettre à chaque étudiant et étudiante de se loger avec un loyer modeste, hors des logiques marchandes, notamment en construisant de nouvelles cités-universitaires.