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Vivre ensemble

Fillon, et la France devient une forteresse raciste

La droite veut clairement développer une politique de régression en termes de droit des étrangers. Ce projet remet en cause les conditions sociales des citoyens étrangers et s’attaque aux principes républicains. Le candidat de la droite veut d’abord s’attaquer aux flux migratoires jugés trop importants.

L’immigration: le problème majeur de la droite

Il faudrait « maîtriser l’immigration légale » et faire en sorte que l’immigration « ne soit plus une charge ». D’emblée, les migrants sont donc un coût et une menace s’ils sont trop nombreux. Sachant que les résidents communautaires (citoyens de l’Union européenne) ne sont pas comptés dans les statistiques comme des migrants avec un titre de séjour, on voit bien qui est pointé du doigt : les migrants issus des pays du Sud.

Les chiffres sont complètement exagérés : le héros de la droite nous parle de 200 000 personnes qui entrent avec titre de séjour. Ce serait trop (nous sommes 66 millions d’habitants en France)… Surtout, parmi ces 200 000 titres délivrés, la moitié l’est au titre du regroupement familial (98 000) et plus de 60 000 concernent les étudiants étrangers. Sachant qu’en moyenne, 60 000 de ces titulaires d’un titre de séjour quittent le territoire français chaque année, la charge est toute relative…

Des propositions racistes surfant sur la peur de l’immigré

François Fillon et « Les Républicains » veulent faire adopter par le Parlement chaque année «  des quotas » par « régions du monde » et mettre en place des « statistiques d’origine » pour « fixer un cadre à notre politique migratoire ». Il faudrait davantage contrôler l’accès aux prestations sociales des immigrés, lier le regroupement familial à une « perspective d’intégration ». Pour les résidents étrangers sans-papiers, ce sera carrément la suppression de l’aide médicale d’Etat qui leur permet d’accéder à des soins de base gratuitement.

Derrière ce langage administratif et inhumain, il s’agit de rendre les conditions d’accès et de vie plus difficiles aux migrants pour tirer les droits sociaux de l’ensemble des salariés vers le bas. Quel intérêt sinon de vouloir réduire l’accès aux prestations sociales et supprimer l’Aide Médicale de l’Etat (AME) (qui va pousser les sans-papiers encore plus dans la clandestinité) ?

C’est une remise en cause de l’égalité entre citoyens et des principes de solidarité nationale. En effet, alors que chacun contribue à la création de richesse, la nationalité serait un critère discriminant pour y accéder. C’est déjà le cas pour l’accès à certains emplois ou prestations sociales (RSA). Mais alors que les rapports gouvernementaux établissent à 12 milliards « la contribution nette de l’immigration au budget de l’Etat », ces individus n’auraient pas le droit de bénéficier des richesses qu’ils produisent… Encore une manœuvre pour opposer les travailleurs entre eux ! Laisser se mettre en place de telles mesures, c’est ouvrir la menace que de futurs critères discriminants soient inscrits dans la loi.

De plus, ces propositions sont une remise en cause des principes républicains. Si l’idée des quotas avait déjà été refusée dans les années 2000 par le conseil constitutionnel, c’est bien parce qu’on ne peut classer et faire entrer des individus sur le territoire national sur des critères ethniques. Cela sous-entend que des individus ne pourraient faire partie de la société française en raison d’une religion, d’une origine. En quoi un australien (d’origine européenne très lointaine) est plus légitime « à s’intégrer » ou « s’assimiler » qu’une Malienne qui a de la famille en France ? Le présupposé est dangereux et ouvre à des divisions sur des bases raciales.

L’ancien premier ministre veut également réformer le droit d’asile. Il faudrait les héberger (enfermer?) dans des centres et réduire le délai d’instruction des dossiers des demandeurs. Il y a environ 64000 demandes d’asile en France, loin des chiffres allemands (+ de 200 000). Si on veut rassurer le chef de la droite, ce sont environ 16 % des demandes qui sont acceptées. Si on voulait faire peur et effrayer sur une prétendue vague migratoire, on ne s’y prendrait pas autrement. En réalité, les chiffres de demandes augmentent dans les situations internationales de guerre. Pour réduire le nombre de demandes, il faudrait peut-être plus efficacement vendre moins d’armes et soutenir moins de dictatures pour des velléités impérialistes.

L’Europe forteresse renforcée

Pour le vainqueur de la primaire de droite il faudrait renforcer les frontières européennes. On en revient à l’idée de ces milliers de personnes qui fuient les guerres liées à la déstabilisation de régions entières. C’est une véritable chasse aux migrants, basée sur leur apparence, qui sera faite aux frontières de l’Europe et de la France plus précisément comme c’est déjà le cas dans les Alpes-Maritimes et vers Calais. C’est le travail des filières les plus dangereuses de passeurs qui sont facilitées par ces méthodes. Rappelons que la voie maritime est de plus en plus utilisée par certains migrants pour venir en Europe avec les drames que l’on connaît : près de 4000 morts rien qu’en 2016 !

Enfin, parce qu’un débat sur l’immigration est toujours un débat sur la nation pour la droite, l’ami de Gattaz et de la Manif pour tous voudrait revoir les critères d’acquisition de la nationalité française. Les étrangers devraient ainsi faire la preuve de leur assimilation. Sachant que Nicolas Sarkozy avait mis en place le test de « culture générale » pour celles et ceux demandant à être naturalisés, on se méfie des propositions exactes qui pourraient être développées.

François Fillon propose que les jeunes de parents étrangers nés en France, qui bénéficient de la nationalité automatiquement, expriment à leur majorité le souhait de leur nationalité. On sous-entend que ce ne sont pas des Français comme les autres, qu’ils auraient une allégeance à un autre pays. Voilà comment faire des étrangers, de leurs enfants, des suspects permanents, pas égaux devant la loi.

Le programme du candidat de droite est finalement un condensé de logique de haine, sécuritaire et de mise en concurrence auquel la droite nous habitue depuis des années maintenant.

Ce projet ouvre des régressions dangereuses contre nos droits. Sous prétexte de s’occuper d’une partie de la population, ce sont les fondements sociaux et républicains qui sont attaqués. Logique ethnique, suppression de droits sociaux, restriction des libertés de circulation et pouvoir policier renforcé : la République des « Républicains » l’est finalement assez peu.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde