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Environnement

Glyphosate : la décision repoussée

Le renouvellement de l’autorisation du glyphosate principal composant du Roundup, vire au feuilleton à Bruxelle. La nocivité avérée du produit fait face aux mensonges éhontés dans une bataille de couloir.

Un désherbant « miracle » aux graves conséquences.

C’est en 1974 que Monsanto, le géant de l’agroalimentaire spécialisé dans les produits phytosanitaires, commercialise son fameux Roundup. Premier désherbant ayant pour matière active le glyphosate.

Le produit, qui permet d’améliorer le rendement des productions végétales en détruisant toutes les herbes qui viennent concurrencer les cultures dans  les champs, connaît un succès fulgurant. En effet, en 2016, ce sont plus de 8000 tonnes d’herbicides au glyphosate qui ont été déversées en France.

Mais en  2014, l’organisation mondiale de la santé (OMS), le classe comme « cancérigène probable ». Ainsi, en plus d’appauvrir les sols, obligeant les producteurs à se procurer toujours plus de phytosanitaires, le produit s’avère dangereux pour la santé.

Toutefois il est toujours utilisé aujourd’hui, l’autorité européenne de sécurité des aliments ayant refusé de reconnaître le classement du glyphosate par l’OMS.

L’Union Européenne botte en touche

La commission européenne devait se prononcer pour la prolongation pour 10 ans de l’autorisation du glyphosate les 5 et 6 octobre derniers.

Mais le débat n’a finalement eu lieu que le 25 octobre. La veille, le parlement européen adoptait une résolution qui prévoit l’arrêt de l’utilisation du produit en 5 ans. Une décision qui « envoie aux états membres  un mauvais signal » selon Younous Omarjee, député européen de la gauche unitaire européenne, membre de la commission environnement du parlement de Strasbourg.

L’élu dénonce notamment l’influence des lobbys de l’agroalimentaire, Monsanto en tête, sur le débat :

« Cela pose un problème très grave pour la protection de la santé par l’union européenne, pour le respect du principe de précaution, mais aussi pour la démocratie qui exige transparence et absence totale de conflit d’intérêt et de connivence entre les institutions et les lobbys industriels. »

Au final le vote du 25 octobre des représentants des états membres a été encore une fois reporté faute de compromis.

La difficile prise de décision de l’Union Européenne

Un report du vote qui reporte également  les problèmes pour la Confédération paysanne (CP), pour le troisième syndicat agricole de France :

« [le glyphosate] a des conséquences néfastes sur les ressources naturelles et des impacts graves sur la santé humaine. »

La CP estime aussi que l’herbicide est :

« un instrument majeur et structurel du système agricole productiviste et industriel »

Si la France s’est opposée, lors du débat à la prolongation pour 10 ans de l’autorisation de l’élément principal du Roundup, force est de constater qu’elle ne fait pas autant de bruit pour défendre des politiques qui rendraient progressivement le glyphosate inutile comme le rééquilibrage des aides de la PAC (politique agricole commune) ou encore l’arrêt des négociations des traités de libre-échange qui poussent encore et toujours les producteurs vers une agriculture toujours plus productiviste.