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Les grands écarts de Macron à l’OIT

Macron a livré devant l’organisation internationale du travail un discours à l’occasion du centenaire de l’organisation. La pensée complexe du chef de l’Etat n’a pas permis de masquer les contradictions manifestes entre son discours devant l’OIT et sa politique en France.

L’OIT, cent ans de défense des droits des travailleurs

L’OIT est aujourd’hui l’une des plus vieilles institutions internationales. Fondée en 1919 au lendemain de la Première Guerre mondiale, mais aussi de la révolution d’Octobre, elle a survécu à la société des nations. Son organisation originale est unique dans l’univers des institutions internationales. En plus de la représentation des Etats, l’OIT comporte un collège des représentants des employés et un autre des représentants des employeurs. Ce modèle tripartite donne une légitimité forte à des conventions qui ne sont pas contraignantes et doivent être ratifiées par les Etats pour être appliquées.

C’est par le rappel de cette histoire qu’Emmanuel Macron a débuté son discours. Rappelant les deux guerres mondiales, il a ainsi cité l’article 13 du Traité de Versailles qui établit qu’une “paix universelle” ne peut avoir pour base que “la justice sociale”. Des propos qui ont pris un ton quelque peu catastrophiste quand le chef de l’Etat a déclaré que “la responsabilité de notre génération n’est pas d’attendre une nouvelle guerre”. Des propos aussi surprenants pour celui qui est qualifié de Président des riches, celui qui a baissé les pensions de retraités, baissé les aides au logement pour diminuer fortement l’imposition des plus riches.

Macron pas “cryptomarxiste”

L’analyse du monde livrée ensuite est pour le moins surprenante. Après le traditionnel satisfecit sur le développement économique du Monde depuis 70 ans, le locataire de l’Elysée a décrit les dernières décennies comme “marquées par une crise profonde, économique, sociale, environnementale, politique et donc civilisationnel”. Pour le Président, “l’économie de marché dans laquelle nous vivons est de moins en moins sociale, elle au fond de moins en moins libéral, au sens le plus littéral du terme, et est de plus en plus de rentes, d’accumulation et de corporatisme”. En abaissant les taux d’imposition sur le capital, Emmanuel Macron contribue à favoriser la rente et l’accumulation, quant au corporatisme dénoncé, il semble s’agir d’une énième attaque supplémentaire contre les syndicats de salariés.

Se défendant de tenir un discours “cryptomarxiste” calibré pour l’OIT, le chef de l’Etat a tranquillement expliqué qu’il ne fallait pas voir dans ses dénonciations un changement de politique à venir. Droit dans ses bottes, pour lui les inégalités ne peuvent se combattre dans un seul pays. Pour lui, “la lutte contre les inégalités du capitalisme international ou la lutte pour l’écologie, ça ne marche pas dans un seul pays.” Pire, le tenter créerait “le recul économique, réduit les opportunités “. Une pirouette facile, renvoyant à un cadre de décision inexistant et consacrant finalement l’ordre néolibérale mondiale. Emmanuel Macron a beau avoir intitulé son livre programmatique “Révolution” il ne nourrit aucunement l’intention de renverser l’ordre économique.

Un discours idéologique…

Tout au long de son discours il a d’ailleurs poursuivi les chimères qui l’animent habituellement. Le “progrès” ce concept fourre tout a ainsi été à de nombreuses reprises dans sa bouche. Saluant les “acquis” en terme de droits sociaux notamment permis par l’OIT, il a aussitôt cru bon d’ajouter que ce qui était acquis hier pouvait être “remis en cause pour que le progrès se fasse”. La notion revient ainsi tout au long du discours comme pseudo moteur de l’histoire. Dans le monde d’Emmanuel Macron, l’économie est portée par l’innovation et l’Histoire par le progrès, le premier devant servir le second dans un cadre devant résorber les “fractures” au sein du peuple.

La notion de peuple est également utilisée à plusieurs reprises par le Président, ce dernier, qui n’est bien évidemment pas divisé en classes, se tournerait mécaniquement vers “l’autoritarisme” en l’absence de progrès pour sa situation. Une vision méfiante du “peuple” qui n’est finalement dans sa tête qu’une foule haineuse difficile à maîtriser. Une foule dont la situation difficile à évaluer, car pour le chef de l’Etat, “les victimes [de la crise] ont peu de porte-voix, sont disséminées et ne mènent pas de guerre”. Les mobilisations sociales qui rythment de manière ininterrompue son mandat n’ont semble-t’il pas atteint les fenêtres de l’Elysée. Il reconnaît bien à la toute fin de son discours qu’une crise très dure a secoué la France ces derniers mois, mais pour lui, c’est parce que “on a construit des bonnes réponses trop loin des citoyens”.

… et pétris de contradictions

Une déconnexion manifeste que ne parvient pas à cacher quelques phrases savamment calibrées pour “gauchir” son image. Ainsi la qualification de “fictif” du lien purement contractuel entre les travailleurs et les plateformes numériques fait grimacer quand dans le même temps sa majorité à ajouter à la Loi d’orientation des mobilités un amendement protégeant ces plateformes contre d’éventuelles requalifications en contrat de travail les liens avec leurs livreurs.

Les remèdes proposés par Emmanuel Macron sont la mise en place d’un ordre public social au niveau international notamment au niveau de l’Union européenne qui régulerait le dumping social et écologique. Dénonçant à plusieurs reprises “la liberté absolue” et la “loi de la jungle” notamment en ciblant les entreprises du “numériques”. Là encore, le Président n’est pas une contradiction près, il fustige dans les discours ceux à qui il fait des courbettes dans les actes. Les sommets “choose France”, la baisse de l’impôt sur les sociétés, ses ordonnances contre le droit du travail et la loi “droit à l’erreur” visent précisément à l’inverse de ce qu’il a prôné devant l’OIT. Le deuxième axe serait une protection sociale universelle, individuelle. On ne peut s’empêcher de penser à la baisse des aides aux logements, aux futures réformes des retraites et de l’assurance-chômage qui viendront directement privé des dizaines de milliers de travailleurs d’une protection sociale réelle.

Ce discours du Président a permis de découvrir une nouvelle facette du “en même temps” faire un politique néolibérale en France et “en même temps” dénoncer le néolibéralisme à l’OIT.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde