@dariabagina1
INTERNATIONAL

Infâme répression anti-communiste en Russie

Les élections législatives russes qui se sont tenues du 17 au 19 septembre ont confirmé le rôle dirigeant du Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF) dans l’opposition à Vladimir Poutine. Face à cette montée en puissance des communistes, le gouvernement ne se contente plus d’organiser la fraude généralisée. Une véritable répression s’abat sur les dirigeant.es communistes, notamment à Moscou. 

Le KPRF, seule force historique d’opposition crédible dans les urnes

Si les dernières élections présidentielles russes (2018) avaient vu Vladimir Poutine réélu dès le premier tour avec plus de 76 % des voix, le KPRF avait à nouveau confirmé sa place de premier opposant à celui qui dirige le pays depuis 1999. 

Le KPRF est la force d’opposition historique à la restauration du capitalisme en Russie. En 1995, il est la première force parlementaire et une rumeur persistante affirme que Guennadi Ziouganov, candidat du Parti, aurait gagné les élections présidentielles de 1996, officiellement remportées par Boris Eltsine. 

Lors de toutes les élections suivantes, le candidat communiste, Ziouganov en 2000, 2008 et 2012, Kharitonov en 2004, a systématiquement représenté la seule opposition à Vladimir Poutine ou à son lieutenant Medvedev. 

En 2018, c’est Pavel Groudinine qui est soutenu par le KPRF pour mener la bataille électorale face à Vladimir Poutine. Le dirigeant du sovkhoze Lénine arrive second, récoltant plus de huit millions de voix à travers le pays, malgré les fraudes systématiques. 

La campagne, qui a porté une réindustrialisation des zones rurales du pays, un meilleur service de santé ou une grande réforme démocratique, s’est posée en contradiction totale avec le projet de Russie Unie sur le plan intérieur. 

2018 : la bataille des retraites

Après les présidentielles de mars 2018, le gouvernement russe lance une réforme des retraites qui conduit notamment à un recul de 5 ans de l’âge de départ. 

Si ce projet a finalement été adopté en septembre 2018, la contestation a été beaucoup plus massive et durable qu’à l’accoutumée. 

Au premier rang de la mobilisation, les communistes sont apparus comme une force motrice de la contestation populaire. Cette réforme, rejetée d’après les sondages par 90 % de la population russe, s’attaquait à une conquête sociale qui reste, dans le cœur des Russes, associée à l’Union Soviétique.

Les législatives ont confirmé l’implantation du KPRF

Lors d’un débat télévisé sur Russia-1, Youri Afonine, vice-président du Comité Central du KPRF, s’est félicité du soutien croissant montré par la population russe aux communistes, et de la lourde défaite électorale infligée à tous les partis qui s’attaquent frontalement à l’héritage soviétique. 

Le Parti communiste enregistre en effet une nette progression par rapport à 2016 en passant de 7 à 10,6 millions de voix et de 13% à 19% des suffrages. Les député.es communistes seront donc 57 à la Douma, soit 15 de plus que durant la précédente mandature. Malgré des fraudes massives entravant la progression des communistes, Russie Unie perd quant à elle 19 député.es et un peu plus de 4,4% des voix au niveau national. 

C’est à Moscou, bastion d’implantation communiste qui aurait pu totalement basculer du côté du KPRF, que se sont concentrées les fraudes les plus flagrantes. 

Avant la prise en compte des votes électroniques, le KPRF arrivait en tête du scrutin de liste national dans la capitale, avec 29,7% des voix (+14%) alors que Russie Unie chutait de plus de 8% à 29,12%. 

Le KPRF remportait également 6 des 15 circonscriptions uninominales de la ville. L’arrivée tardive des votes électroniques a cependant changé la donne. Russie Unie se voyait ainsi propulsée à 37% et remportait la quasi-totalité des circonscriptions. Le KPRF a immédiatement dénoncé une fraude majeure et un déni démocratique. 

Une répression infâme contre les communistes 

Cette hausse de la conflictualité sociale, couplée à l’implantation locale persistante du KPRF, est une épine dans le pied du Kremlin. 

En 2019, les députés de Russie Unie, les sociaux-démocrates de Russie Juste et les nationalistes du LDPR avaient saisi un prétexte fiscal pour démettre l’ancien candidat Pavel Groudinine du poste de député que venait de lui confier le KPRF. 

Aujourd’hui, les militant.es communistes qui appellent à manifester à Moscou contre les fraudes électorales sont arrêté.es. 

La répression a notamment mené aux arrestations de Daria Bagina, secrétaire des Komsomols de Moscou, Elena Yanchuk, élue municipale de Moscou et Nikolaï Volkov, membre du comité central. 

Samedi 25 septembre, le KPRF a réuni plus d’un millier de personnes place Pouchkine pour protester contre la répression et des fraudes massives. Valery Rashkin, secrétaire du KPRF à Moscou a déclaré que « Russie Unie a volé des postes de parlementaires » et dénoncé des « fraudes colossales ». 

Dans un débat télévisé lors de la soirée électorale, Youri Afonine, vice-président du Comité Central du KPRF a dû faire face à des accusations faisant du KPRF un « parti de l’étranger » voulant « détruire l’État russe », faisant craindre la continuation d’une campagne d’intimidation.