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L’IVG, un droit toujours contesté

Ces dernières années, le droit à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) a été sérieusement ébranlé en Europe. En Espagne, en 2013, le droit à l’avortement a failli être considérablement restreint ; en Suisse, en 2014, une « initiative populaire » a tenté d’imposer le déremboursement de l’IVG par un référendum ; en Pologne, en 2016, plusieurs organisations ont déposé un projet de loi interdisant presque totalement l’IVG.

Si ces attaques ont été repoussées, c’est grâce à la mobilisation d’un grand nombre de femmes et d’hommes dans toute l’Europe. Ces mouvements de protestation se sont multipliés pour défendre la liberté des femmes à disposer de leurs corps.

Aux Etats-Unis : Trump contre les femmes

Aux Etats-Unis, le dangereux réactionnaire Donald Trump a décidé de mener une guerre ouverte contre le droit à l’IVG. Fin janvier, celui-ci avait commencé par rétablir une loi coupant toute subvention aux ONG internationales soutenant l’avortement.

Puis, début avril, il avait décidé de cesser le financement du Fonds de l’ONU pour les populations, servant notamment à soutenir les plannings familiaux et l’apport de soins aux mères et à leurs enfants dans de nombreux pays.

La semaine dernière, le président des Etats-Unis a porté une nouvelle atteinte au droit à l’IVG en promulguant une loi qui complique le financement des centres de planning familial, et notamment ceux qui pratiquent l’IVG.

En France : des avancés législatives

En France, les organisations « pro-vie » (telles que la Manif pour Tous), les conservateurs (dont Christine Boutin et François Fillon sont les plus connus) et divers mouvements religieux remettent régulièrement en cause le droit fondamental à l’avortement, inscrit dans la loi depuis 1975.

Ainsi, chaque année depuis 2005, une « marche pour la vie » est organisée dans les rues de Paris. En 2017, elle avait une résonance toute particulière, puisqu’une semaine plus tard, l’Assemblée Nationale devait voter une loi pour pénaliser les sites internet pratiquant la désinformation sur l’interruption volontaire de grossesse.

L’Assemblée Nationale a voté une loi pour pénaliser les sites internet pratiquant la désinformation sur l’interruption volontaire de grossesse

Après le remboursement total de l’IVG pour les mineures en 2012, il s’agissait du deuxième acte du gouvernement Hollande pour faire évoluer le droit à l’avortement.

Garantir un droit réel à l’IVG

Ceci dit, changer la loi ne suffit pas. Sans moyens matériels et financiers conséquents, elle reste en effet impuissante, cantonnée au rang de principe stérile.

Or, la ministre de la santé Marisol Touraine a totalement fermé les yeux sur la loi Bachelot qui casse notre service public de santé. Depuis 2009, 180 centres IVG ont été fermés parce qu’ils n’étaient plus considérés rentables.

De nombreux autres centres voient leur activité et leurs moyens réduits, provoquant un allongement des délais d’attente pour les femmes qui souhaitent avorter et laissant rarement aux femmes le choix de l’acte (IVG médicamenteuse à domicile ou à l’hôpital, IVG par aspiration sous anesthésie locale ou générale).

A Saint Nazaire (Loire Atlantique), le centre de planification familiale et d’IVG a même été relégué dans un centre psychiatrique très difficile d’accès, alors qu’un hôpital tout neuf a été construit en 2012.

Ainsi, on a du mal à croire la sincérité de Najat Vallaud-Belkacem quand elle affirme fièrement que « nous, la France, nous réaffirmons et nous confortons le droit à l’IVG ».

La prévention délaissée

Par ailleurs, l’Etat a quasiment abandonné certaines missions de santé publique telles que la prévention, l’éducation à la sexualité et l’information sur la contraception. Ces actions sont actuellement assurée par les plannings familiaux, qui peinent à maintenir leur activité et sont loin d’être présents sur l’ensemble du territoire français, faute de bras et de moyens.

Tant que le gouvernement ne décidera pas d’abolir les logiques de rentabilité généralisées dans le secteur de la santé, la qualité des soins et la sécurité des patients ne pourront pas être assurées ; tant qu’il lésinera sur les moyens pour mettre en œuvre ses politiques sociales et sanitaires, aucun progrès en la matière ne sera assuré.

Tant que le gouvernement ne décidera pas d’abolir les logiques de rentabilité généralisées dans le secteur de la santé, la qualité des soins et la sécurité des patients ne pourront pas être assurées

Pire, de graves régressions pourraient voir le jour, comme le démontre le retour en force de la gale et de la syphilis en France ces dernières années.