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SPORT

La crise des clubs de sport à quatre ans des JO

Pour le sport, le gouvernement a annoncé seulement 120 millions d’euros dans le plan de relance, soit 0,12 % des 100 milliards d’euros du plan, près de 2 fois moins que la part du sport dans le budget de l’Etat (0,2%). Alors que les clubs de sport sont confrontés à la crise économique après un confinement difficile à traverser, le renoncement du gouvernement met en danger le sport amateur et bénévole, mais aussi la bonne tenue des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

20% à 30% de licences en moins d’après la ministre Roxana Maracineanu

La ministre des Sports, désormais sous la tutelle du ministère de l’Education nationale, a osé qualifier son budget de “stable et ambitieux” (Le Monde, 16 septembre 2020). Stable, on ne peut pas dire le contraire. Ambitieux en revanche est totalement en contradiction avec la stabilité d’un budget absurdement faible depuis des années. Surtout que le ministère Finance quasiment entièrement la nouvelle Agence nationale du sport.

Roxana Maracineanu a assumé calmement une perte de 20% à 30% des licences sportives pour les clubs. Dès le printemps dernier, le monde sportif alertait pourtant sur ce risque et demandait une aide à la prise de licence pour les familles financée par l’Etat. Les clubs sont également confrontés à des problèmes de trésorerie, alors que les bénévoles des associations sportives se sont démenés pour maintenir une activité sportive malgré les conditions sanitaires complexes. Plus largement, c’est une crise économique qui s’ajoute à un désinvestissement de l’Etat au dépens des collectivités territoriales qui sont elles-mêmes en difficulté budgétaire (depuis 2015, 26% d’entre elles ont baissé leurs subventions au sport amateur).

Enfin, faire dépendre le ministère des Sports du ministre de l’Education nationale, plutôt que de garder un ministère de plein exercice, démontre le peu de considération du gouvernement pour les sports, alors que la situation des associations sportives et l’approche des JO demanderait au contraire des investissements considérables et une politique plus générale.

Le monde sportif fait des propositions

Le plan du gouvernement met 40 millions d’euros pour la création d’emplois dans les associations sportives, 50 millions d’euros pour la rénovation énergétique des équipements, 30 millions d’euros pour les clubs et fédérations. La Fédération Sportive et Gymnique du Travail a déclaré le 7 septembre dans un communiqué :

“Si nous ne pouvons qu’approuver ces orientations, elles restent insuffisantes pour soutenir le sport associatif bénévole, et avec lui le droit au sport pour toutes et tous. Aujourd’hui, 90% des associations sportives sont totalement animées par des bénévoles, permettant entre autres des tarifs d’adhésion accessibles au plus grand nombre”

Selon la FSGT, 1 milliard d’euros de budget des sports est nécessaire, notamment pour déployer une aide aux familles à la prise de licences. Il y a là un enjeu d’égalité pour les familles populaires, les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap. Ces publics seraient les premiers à être éloignés d’une pratique sportive si rien n’est fait. L’accès de toutes et tous à des pratiques sportives est pourtant primordial.

Un plan qui met en cause l’héritage des jeux en 2024 ?

La question du budget se pose en même temps pour l’organisation des jeux olympiques de Paris 2024, si l’on veut qu’ils soient tournés vers les territoires et la population, à la différence des précédentes éditions. Même s’il s’agit de contrôler le budget des JO, la crise économique pourrait être un mauvais prétexte pour faire des économies sur “l’héritage” des jeux. 

En effet, l’héritage des jeux est une position politique forte : est-ce qu’on dépense des milliards d’euros pour un événement temporaire à des fins promotionnelles et diplomatiques, ou est-ce qu’on investit ces milliards dans la création d’équipements sportifs durables à destination des territoires où se tiennent les jeux ? 

A ce titre, les créations d’équipements de Paris 2024 sont menacées en Seine-Saint-Denis, alors que la promesse avait été faite d’investir majoritairement dans ce département à l’occasion des jeux. Revenir en dessous des engagements pris, pour faire des économies sur la création d’équipements et utiliser plutôt des équipements existants ailleurs en les aménageant temporairement, serait une suprême injustice pour le département séquano-dyonisien particulièrement impacté par la crise économique.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde