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La France des inégalités

Après des années de politiques gouvernementales au service des puissants et la victoire écrasante de l’ultra libéral Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, le résultat est sans appel : les inégalités se creusent entre les plus riches et les plus pauvres. C’est ce que révèle le deuxième rapport annuel de l’observatoire des inégalités, publié hier (30 mai).

L’usage des chiffres

On donne souvent une neutralité totale à la valeur du chiffre. Mais dans une société fondée sur les inégalités, comme la nôtre, les chiffres sont bien souvent utilisés pour justifier du bien fondé de l’organisation sociale actuelle. Les “résultats” d’évaluations de politiques publiques, les démonstrations que le cours de la bourse est en difficulté, ou encore les justifications de plans sociaux par les “bilans comptables” des grandes entreprises, en sont des illustrations courantes.

En 1 an, Carlos Ghosn (PDG Renault-Nissan) perçoit l’équivalent de 1122 ans de SMIC.

Ce n’est pas le cas du rapport de l’observatoire des inégalités qui a le mérite de mettre à nu cette société française des inégalités, que tout le monde ressent, mais sur laquelle il est parfois difficile de chiffrer un constat. Ce rapport permet de saisir la réalité objective de l’état des inégalités, il ne verse pas dans le parti pris, il permet au contraire de se faire une idée des impératifs de la période particulière que nous connaissons.

Le niveau de vie

Les inégalités se creusent donc en termes de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres. Le fait que les plus riches continuent de s’enrichir et qu’ils cherchent en permanence à accumuler toujours plus de richesses n’est malheureusement pas un phénomène nouveau.

Les 10% les plus riches détiennent 50% du patrimoine français.

Mais le rapport soulève une nouveauté en date de la crise de 2008, les plus pauvres s’appauvrissent. Ce n’est donc pas une différence de vitesses de croissance dans l’enrichissement qui est en cause. Concrètement la fameuse “crise” provoque simultanément une explosion vers le haut de la richesse des plus aisés et une lente diminution du niveau de vie des 10 % les moins favorisés.

Le revenu des 10% des ménages les plus riches ont augmenté de 42,4 milliards d’euros entre 2003 et 2013.

Entre ces 10% privilégiés et les 10% les plus défavorisés, la tendance est à la stagnation du niveau de vie. C’est là aussi une nouveauté qui rompt radicalement avec l’ascension sociale dont avaient pu bénéficier les dites “classes moyennes”. Aujourd’hui ces dernières voient leurs enfants en grande difficulté, non pas pour faire mieux, mais pour faire au moins autant.

L’école et le mythe de la méritocratie

Rien de nouveau dans les inégalités scolaires, elles sont là, elles se développent, nous les connaissons. Nous en connaissons également les effets dans un pays comme la France où le diplôme joue un rôle important dans la situation sociale future de l’individu.

La violence de ces inégalités est difficile à mesurer. Elles créent de la défiance de la part des milieux populaires qui n’auront pas attendu un quelconque rapport pour comprendre que la compétition au “mérite” est complètement faussée. Le système scolaire entretient les inégalités, propulse les élites vers le haut et expulse les classes populaires par le bas.

60% des enfants d’ouvriers non qualifiés sortent du système scolaire sans diplôme.

Cela s’illustre notamment par le degré de confort matériel, un environnement favorables à l’apprentissage, et des codes nécessaires pour intégrer les rouages du système.

C’est donc aussi dans ce système scolaire que se structurent très tôt des rapports de force sociaux à teneur très politique :

“La défense des intérêts des élites au nom du peuple”

Inégalités : une hypocrisie française, par Anne Brunner et Louis Maurin

Emploi : la crise ce n’est pas pour tout le monde

Contrairement au discours dominant, « la crise » ne touche pas tout le monde de la même façon. On l’a vu plus haut vis-à-vis du revenu, s’agissant de l’emploi se sont aussi les catégorie populaires qui trinquent.

Le nombre de chômeurs de longue durée a été multiplié par deux en 10 ans.

Ainsi, 70 % des chômeurs supplémentaires entre 2008 et 2016 sont des employés ou des ouvriers. Le taux de chômage des ouvriers non qualifiés dépasse 20 %, c’est quatre fois supérieur à celui des cadres supérieurs. A cela s’ajoute ceux qui bénéficient d’un emploi stable, et ceux pour qui il n’y a pas d’avenir assuré du fait de la précarité de leur emploi, et parmi eux de très nombreux jeunes.

Près de 2 millions de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté.

La situation par rapport à l’emploi et à sa rémunération est enfin très dépendante de l’âge et du sexe des individus. Les jeunes sont ainsi plus précaires, plus privés d’emploi, mais aussi les moins payés (près de 30% des actifs de moins de 25 ans sont au SMIC contre 7 % des plus de 30 ans).

Les femmes sont aussi beaucoup plus touchées par la précarité et les temps partiels subis. Elle sont de plus moins formées et moins payées. A poste égal la différence de salaire est de 10%, cela grimpe à 25,7% si on y intègre les temps partiels. L’écart de salaire femmes/hommes est plus important chez les cadres supérieurs (20%) que chez les employés (8,9%).

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