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“La lutte des classes se poursuit, quel que soit le parti politique au pouvoir, que ce soit les démocrates ou les républicains”

Suite à la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle, Avant Garde a réalisé un entretien avec Maïcol David Lynch, militant de la Ligue des Jeunes Communistes des USA, pour revenir en détail sur l’analyse du vote ainsi que les luttes sociales qui ont accompagné la campagne présidentielle américaine. 

Joe Biden a remporté cette élection, à quoi attribuez-vous cette victoire ?

La victoire de Joe Biden n’est pas une surprise pour nous,  comme le vote populaire et le nombre de grands électeurs. La classe ouvrière a passé les quatre dernières années à se mobiliser contre le danger fasciste : de la marche historique des femmes en janvier 2017 aux manifestations internationales du mouvement Black Lives Matter qui ont débuté fin mai et se sont poursuivies pendant la semaine des élections, en particulier dans la ville de Philadelphie.

Biden a reçu près de 80 millions de voix (c’est 6 millions de plus que Trump) en raison de campagnes populaires massives, telles que « Fair, Fight, Action » dans l’État de Géorgie, dirigée par l’activiste et politicienne Stacey Abrams.

Mais si nous nous rappelons de 2016, même Hillary Clinton avait remporté le vote populaire contre Donald Trump. La différence étant que Biden a pu sécuriser le Collège Électoral (les grands électeurs) en remportant les états clés de cette campagne (l’Arizona, la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, la Géorgie).

Comment pouvons-nous définir l’électorat trumpiste ? De nombreux observateurs le considèrent comme issu des classes populaires et classes moyennes, qui auraient peur pour elles-mêmes, un vote qui serait uniquement mobilisé par des motifs racistes. Qu’en pensez-vous ?

Les partisans de Trump sont les secteurs les plus réactionnaires de la classe dirigeante et de la classe ouvrière. Il y a des milliardaires qui le soutiennent mais aussi des pauvres, de toutes couleurs et croyances. En regardant une carte électorale de la dernière élection, vous pouvez voir comment les États ruraux du sud et de l’ouest sont les Etats qui soutiennent le plus fortement Trump et le Parti Républicain alors que les centres industriels du nord-est et de la côte ouest votent fortement pour les Démocrates.

Les résultats ont toujours été très serrés dans les États du Midwest (Ohio, Michigan, Wisconsin et de la Pennsylvanie). L’électorat varie beaucoup en fonction des évolutions des conditions de vie.

Comment expliquer l’augmentation du vote Trump ?

Le discours de Trump parle à des millions de personnes. Tous les problèmes de notre pays sont imputés aux immigrants, aux noirs, aux musulmans, aux mexicains, au Parti Communiste Chinois, etc. Pour de nombreux travailleurs et riches propriétaires fonciers, il est beaucoup plus facile d’imputer la mauvaise gestion du Covid par l’administration Trump aux Chinois ou aux immigrants.

Le taux de participation a également joué, puisqu’il a été beaucoup plus élevé lors de cette élection. Dans les Swing States, les démocrates n’ont pas été en mesure d’influencer autant d’électeurs indépendants qu’ils le voulaient, en raison d’un manque de présence sur le terrain ainsi que la promesse de Biden d’un « retour à la normale ».  C’est ce « normal », sous le mandat de Obama, qui nous a mené à la catastrophe Trump. La candidature de Biden n’était donc par une garantie de voir les choses s’améliorer pour la classe ouvrière.

La réaction de Donald Trump au résultat de l’élection a-t-elle montré la nécessité d’une réforme du système des collèges électoraux ?

Le Parti communiste américain et la Ligue des jeunes communistes réclament depuis des décennies une réforme électorale. Premièrement, nous exigeons un système de vote par ordre de priorité dans lequel les partis indépendants ont une chance équitable d’apparaître sur le bulletin de vote et donc de gagner des sièges au Congrès ainsi qu’aux niveaux local et étatique. Nous exigeons également une couverture médiatique grand public des partis indépendants afin de lutter contre la censure promue par les deux grands partis.

Nous exigeons l’inscription automatique des électeurs à l’âge de 18 ans, car il est très difficile de s’inscrire pour voter dans de nombreux États ce qui exclut de nombreux électeurs potentiels. Enfin, nous souhaitons abolir le Collège électoral qui permet souvent au «perdant» du vote populaire de devenir président malgré le vote de majorité des américains. Nous considérons la lutte pour développer la démocratie comme étroitement liée à la lutte pour le socialisme.

Pendant la présidence de Biden, on peut s’attendre à voir des mobilisations sociales, sur de nombreux sujets comme Black Lives Matter, la lutte pour les 15 $, le mouvement féministe. Pensez-vous qu’il y aura des réponses à ses mobilisations?

La lutte des classes se poursuit, quel que soit le parti politique au pouvoir, que ce soit les démocrates ou les républicains. La bataille pour les 15 dollars de l’heure en tant que salaire minimum a connu des victoires au niveau des Etats ces dernières années mais la crise économique actuelle provoquée par la pandémie a prouvé que 15 dollars de l’heure ne suffisaient tout simplement pas pour vivre. Il en va de même pour les luttes contre la misogynie et le racisme : elles ne disparaissent pas comme par magie lorsque les démocrates prennent le contrôle de la présidence et du Congrès.

L’institution policière raciste a toujours besoin d’être dissoute à travers le pays et la Cour Suprême est encore contrôlée par des conservateurs qui souhaitent rendre l’avortement illégal. Par conséquent, les mobilisations que nous avons vues ces quatre dernières années se poursuivront, mais avec un ton différent, puisque l’administration Biden promet au moins d’annuler dans une certaine mesure la dette étudiante, de rejoindre les accords de Paris sur le climat et de réformer la politique d’immigration qui fait se séparer et expulser des milliers de familles de réfugiés innocentes. 

Les solutions à court terme pour ces problèmes peuvent prendre la forme de réformes progressives, mais bien sûr, nous ne pouvons pas mettre un bandage sur un cancer. La solution au cancer du capitalisme reste le socialisme qui est notre objectif. Et à travers ces luttes, nous construirons un mouvement de masse pour le socialisme aux États-Unis.

Avec toutes ces mobilisations, il y a un risque pour la gauche américaine de s’affaiblir, en particulier l’aile gauche du Parti démocrate, et aussi un risque pour le fascisme de se développer encore plus dans la société américaine?

La gauche a été renforcée par les mobilisations du front antifasciste contre l’État policier raciste et l’administration d’extrême droite Trump. Bien que Bernie Sanders ait perdu la nomination présidentielle du Parti démocrate, son message continue d’inspirer des millions de jeunes étudiants et travailleurs à travers le pays. Les jeunes souhaitent toujours des soins de santé universels, un Green New Deal pour sauver la planète et créer des emplois, une annulation totale de la dette étudiante, des réparations pour la population afro-américaine, l’abolition de l’ICE et des lois inhumaines sur l’immigration, etc.

Le danger fasciste est toujours présent puisque près de 74 millions de personnes ont volontairement voté pour un fasciste comme Trump, alors que le Sénat et la Cour suprême sont toujours sous le contrôle des conservateurs. La majorité modérée / centriste du Parti démocrate, dirigée par Joe Biden, Chuck Shcumer et Nancy Pelosi, a commis une grave erreur en attaquant la gauche du parti représenté par Alexandria-Ocasio Cortez, Cori Bush, Ilhan Omar, Rashida Tlaib et ainsi de suite. Diviser les forces antifascistes sur la base de l’antisocialisme et de l’anticommunisme avant que Trump ne quitte la Maison Blanche était imprudent, alors que des milliers de fascistes marchaient sur Washington D.C. le week-end dernier à l’appel de Trump.

À l’avenir, les secteurs les plus progressistes et ouvriers du front du peuple antifasciste doivent construire une coalition anti-monopole pour finalement arracher le pouvoir politique aux deux partis corporatifs. Le cadre d’une telle coalition existe déjà grâce au mouvement qui a soutenu Bernie Sanders et ses idées sociales-démocrates qui ont incité des milliers de jeunes travailleurs et étudiants à rejoindre les rangs du CPUSA et de la ligue des jeunes communistes d’USA.

La campagne a montré une grande volonté de progrès social dans une partie de la société américaine, et dans une autre part, une grande méfiance à l’égard du Parti démocrate et des institutions politiques américaines, même chez les électeurs de Biden, qu’est-ce qui peut changer cela dans les 4 prochaines années?

Au cours des quatre prochaines années, nous devrons lutter pour changer fondamentalement le système électoral de ce pays. L’enregistrement automatique des électeurs et l’abolition du collège électoral sont des priorités absolues en termes d’exigences démocratiques. Les luttes pour des soins de santé universels, la fin des sanctions et des interventions impérialistes, un Green New Deal, la gratuité de l’enseignement universitaire et la suppression du financement de la police restent les principaux enjeux du mouvement pour le socialisme dans ce pays. 

Si quelque chose a été appris de cette dernière élection, c’est que le Parti démocrate était trop confiant dans la candidature centriste Biden/Harris, d’où la défaite en Ohio, Floride et Texas. Les travailleurs recherchent des alternatives révolutionnaires à un système en échec. De plus en plus de gens voient dans le socialisme la seule alternative. Le CPUSA et YCL USA continueront à construire ses rangs et le mouvement de masse pour le socialisme quel que soit le parti corporatif qui gouverne ce pays.