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La réforme des retraites : au moins 30 ans de période de transition

Le projet gouvernemental conduit certainement à un allongement du temps de travail et une baisse des pensions à carrière égale. Cependant de nombreuses zones de floues demeurent. Certaines touchent à l’intégrité même du futur système. Petit tour des différentes inconnues de la réforme. [3/3]

Une réforme : deux systèmes

Le gouvernement n’a pas prévu de faire basculer directement les salariés actuels dans son nouveau régime. Ils basculeront progressivement à partir de 2025 pour ceux nés après 1975, 1980 ou 1985 selon leur régime actuel. En revanche tous ceux nés après 2004 cotiseront directement dans le système par points. 

De 2037, année où ceux nés en 1975 pourront commencé à faire valoir leurs droits à la retrait à au moins 2065, année à laquelle ceux nés en 2003 commenceront à faire valoir leur droit à la retraite, les pensions seront calculées sur deux systèmes. Pendant au moins 28 ans, le système de retraite ne sera ni l’actuel ni celui prévu par la réforme, mais un entre-deux dont on ne sait pour l’instant pas grand-chose. 

Les problèmes posés

On sait toutefois que dans cette période, les cotisations seront moins élevées qu’actuellement et donc l’argent disponible plus faible, et ce dès 2025. On sait également que le calcul des pensions ne pourra pas réellement se faire sur le système actuel puisqu’il est basé sur les 25 meilleures années qui n’auront pas pu être réalisées puisqu’un changement sera intervenu. La notion de durée de cotisation au centre du système actuel sera également amenée à partiellement disparaître et donc ça n’aura pas grand intérêt d’avoir des trimestres validés en stock dans un système par points. 

Pour l’instant le gouvernement s’est bien gardé d’expliquer comment cette très longue période de transition qui prendra probablement fin dans plus de 50 ans allait se dérouler. Cette période ne fera l’objet que d’une autorisation d’ordonnance au gouvernement selon le projet de loi déposé au Conseil d’État. Ce dernier décidera donc seul, avec un débat parlementaire très limité sur les conditions de la retraite des millions de salariés sur une période de 28 ans. 

L’allongement de la durée du temps de travail, seule certitude

L’absence d’éléments clairs sur cette période contraste avec une autre mesure de la réforme. La mise en place d’un âge pivot à l’inverse est particulièrement claire. Dès 2022, les salariés seront contraints de travailler plus longtemps pour pouvoir bénéficier de l’intégralité de leur pension. L’âge pivot devrait atteindre 64 ans en 2027, mais pourra en réalité être porté à davantage. L’âge d’équilibre sera réévalué en fonction des espérances de vie et revalorisé en fonction de ces prévisions. L’augmentation de la durée de vie se traduira ainsi mécaniquement par une augmentation de la durée de travail. 

On aurait aimé que le projet de loi propose une équation aussi simple pour comprendre la transition entre les deux systèmes. Le texte se contente toutefois de donner tout pouvoir au gouvernement sans apporter le moindre éclairage. Un scandale démocratique qui prive les salariés de leur possibilité de s’exprimer sur leur futur. Le gouvernement poursuit ainsi sa stratégie d’avancer masquer.

Alors que le gouvernement appelle à la négociation, il refuse de dévoiler quel sera le contour réel du système de retraite pour les trente prochaines années. 


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Collectif de rédaction d'Avant Garde