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Éducation

La sélection en master renforcée depuis 2016

Depuis la rentrée 2017, l’entrée en première année de master est suspendue à une sélection des étudiants par les établissements.

En contrepartie, les étudiants sont assurés de poursuivre en master 2 leurs études. Chaque responsable de master fixe les critères d’admission dans sa formation, qu’il s’agisse d’un concours ou d’une admission sur dossier. Le niveau, le parcours académique et le projet professionnel sont notamment pris en compte. 

Certes, d’après les rapports gouvernementaux, la réussite en master a augmenté à la suite de cette réforme avec un taux de passage en deuxième année qui a augmenté de 5 points en moyenne. Celui de la réussite en deux ans a progressé d’environ 4 points. Cependant, l’effet de la sélection à l’entrée du cycle master a entraîné une baisse de 5 points du taux de poursuite de la licence générale vers le master, toutes disciplines confondues. La baisse du taux de poursuite des licenciés a atteint 10 points en STAPS et en psychologie.

« Le taux de pression est plus fort, car le nombre d’étudiants en licence continue d’augmenter, alors que les capacités d’accueil en master restent stables, ce qui réduit le nombre d’entrées », témoigne Anne Roger, co-secrétaire générale du Snesup-FSU pendant la mise en place de cette réforme. 

À l’origine des étudiants « sans master »

Parmi les étudiants qui réussissent, les résultats varient selon le sexe, l’âge, le type de bac, la filière d’origine et la discipline. Ainsi, 66 % des primo-inscrits en master 1 en 2016 dans les disciplines scientifiques ou en santé ont obtenu leur diplôme en deux ans. Les taux sont plus faibles en arts, lettres, langues ou sciences humaines et sociales (45 %). Ou en Staps (47 %). L’âge des étudiants est aussi déterminant dans la réussite en master. Plus des trois quarts de ceux âgés de 22 ans ou moins à l’entrée en première année de master en 2016 ont obtenu leur diplôme après deux ou trois ans, contre seulement moins de la moitié des étudiants de 23 ans.

Alors qu’une sélection importante est déjà en place à l’entrée des masters, le gouvernement décide de durcir le droit à la poursuite d’études à la rentrée 2021. Alors que les effectifs d’étudiants et d’étudiantes augmentent chaque année, le nombre de places en Master reste le même. Cela réduit les espoirs pour nombre d’étudiants et d’étudiantes de pouvoir poursuivre leurs études en Master. À titre d’exemple, pour l’année 2020, sur les 120 000 saisines auprès du rectorat, seulement 7000 ont été considérées comme recevables.

Ainsi, les futurs étudiants en Master se trouvent dans l’obligation de candidater dans 5 masters différents, dans au moins 2 disciplines différentes et dans 2 établissements différents. Les risques encourus par les étudiants et étudiantes sont bien visibles. Un risque plus grand de ne pas se retrouver dans une filière souhaitée et pire encore, de ne pas se retrouver dans un établissement que l’on souhaite. 

Au-delà de ça, les pouvoirs du recteur se trouvent également augmentés, en dépit de celui des étudiants et des étudiantes. Le recteur pourra désormais proposer un Master qui ne se trouve pas dans la région académique de l’étudiant ou de l’étudiante.

Cette situation ne fait que renforcer la détresse des étudiants et étudiantes, à l’heure où la crise de l’enseignement supérieur n’a jamais été aussi grande. Plutôt que de venir en aide à ces derniers, le gouvernement préfère réduire leurs chances d’obtenir un diplôme en renforçant toujours plus la sélection.  

La rentrée 2021 : une progression alarmante des « sans master » 

Depuis des mois maintenant, le nombre de témoignages d’étudiants et d’étudiantes sans master se multiplie. Nous faisons face à une situation où des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants non toujours aucune affectation alors que le premier semestre touche à sa fin leur empêchant toute perspective d’une année réussite en master cette année. 

La session 2021 est marquée par 31 400 étudiants supplémentaires en septembre, ce qui constitue une augmentation de près de 91 000 étudiants sur les deux dernières années. Par exemple, la fac de droit d’Aix-Marseille a reçu 23 000 candidatures pour 1 150 places disponibles, ne permettant évidemment pas d’accueillir ces étudiants. La génération du boom démographique du début des années 2000 arrivant au niveau master n’a pas été prise en compte par les gouvernements successifs qui ont préféré ne pas augmenter les places dans les formations et y imposer une politique de sélection. 

Cette sélection n’est pas une fatalité. C’est le choix des gouvernements successifs d’avoir refusé l’augmentation du budget par étudiant, refusé l’augmentation du personnel enseignant.