Rédaction | Avant Garde
INTERNATIONAL

La solidarité internationale : seule réponse possible à la crise sanitaire

La pandémie pourtant mondiale est combattue par un empilement de mesures nationales dans une logique de quasi-concurrence. Les institutions internationales peinent à faire émerger une solidarité internationale pourtant indispensable.

Le conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni

Alors que la crise sanitaire mondiale du coronavirus atteint son pic, avec plus de 2 millions de cas totaux confirmés et plus de 140 000 décès (ainsi qu’un nombre de cas quasi doublé en Europe ces dix derniers jours), le besoin de solidarité et d’unité n’a jamais été aussi fort.

C’était le cœur des propos d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, qu’il a prononcés lors du premier conseil de sécurité réuni le jeudi 9 avril.

Cette réunion, la première depuis le début en mars de la crise du coronavirus, avait été demandée par 9 des 10 membres permanents de l’ONU, afin de tenter d’apporter une réponse unitaire et internationale à la pandémie. Le secrétaire général appelle, dans son discours de jeudi dernier à une « réponse coordonnée et multilatérale » et chiffre le montant des moyens nécessaires pour se relever de la crise sanitaire, sociale et économique à 10 % du PIB mondial. Il invite pour cela à mobiliser tous les moyens des banques centrales et du FMI dans le but de promouvoir « une économie différente ». Son appel à l’unité et à la solidarité, ainsi que ce qui tenait pour Guterres « du combat d’une génération et la raison d’être des Nations unies elles-mêmes », n’a pas été vu du même œil par les 5 membres permanents, dont fait partie la France.

En effet, on constate une division importante entre les 5 membres permanents (États-Unis, France, Chine, Russie et Royaume-Uni) et les 10 non permanents. Les premiers veulent d’abord discuter entre eux des décisions à prendre, alors que les seconds appellent à une « une action internationale urgente, coordonnée et unie pour limiter l’impact du Covid-19 » ainsi qu’à « un cessez-le-feu mondial immédiat pour permettre une réponse humanitaire adéquate », rejoignant en ce sens les propos du secrétaire général des Nations unies.

Les membres permanents du conseil de sécurité freinent la solidarité

Malgré l’éminente nécessité d’unité et d’action commune de la communauté internationale, les divisions et querelles entre les cinq membres permanents ralentissent et empêchent toute décision, ce qui est par ailleurs dépendant de l’usage que font ces États de leur droit de véto, pouvant à tout moment stopper net le processus décisionnaire. 

L’exemple des États-Unis dans cette pandémie illustre les difficultés à cette union. 

Ces derniers, aujourd’hui les plus impactés par le virus, préfèrent attaquer et réduire leur contribution financière à l’OMS, la considérant « pro-chinoise », plutôt que de tenter de collaborer avec elle afin de renforcer les mesures sanitaires et les moyens alloués à la gestion de la crise. Le gouvernement Trump choisit donc attaquer une organisation mondiale nécessaire à la réduction de la pandémie plutôt que d’assumer sa propre gestion catastrophique de la crise aux États-Unis, et cela dans l’optique des élections à venir.

Quand des pays comme l’Iran ou Cuba subissent encore les sanctions économiques mises en place par les États-Unis alors que ces dernières sont directement responsables du manque d’approvisionnement en matériel médical et sanitaire, il est difficile de concevoir le bien-être de l’humanité comme étant en tête des priorités de cette grande puissance…

Ce ne seront donc seulement que quelques timides lignes de soutien au secrétaire de l’ONU qui seront l’aboutissement de la première réunion exceptionnelle du conseil de sécurité.

Mais c’est au monde entier que ce nationalisme agressif risque de coûter cher. 

La coopération internationale, élément essentiel de prévention des pandémies

Le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB) est un organisme indépendant de surveillance et de responsabilisation chargé d’assurer la préparation aux crises sanitaires mondiales. Il est composé de dirigeants politiques, de directeurs d’agence et d’experts de réputation internationale,

Dans son « Rapport annuel sur l’état de préparation mondial aux situations d’urgence sanitaire. Un monde en péril. » Publié en septembre 2019, à peine trois mois avant la détection des premiers cas de Covid-19 en Chine, le GPMB fait état des mesures et moyens à mettre en place par les États et entre les États afin de parer aux possibles crises sanitaires mondiales. 

La principale conclusion du rapport est que le monde « doit s’efforcer de mettre en place les systèmes et la collaboration nécessaires pour détecter et combattre les flambées épidémiques potentielles. Ces mesures de préparation sont un bien public mondial qui doit permettre de mobiliser de manière constructive les communautés, du niveau local au niveau international, dans les activités de préparation, de détection, de riposte et de redressement. »

Ce rapport n’a malheureusement pas été pris en compte par la communauté internationale, qui a, lors de l’arrivée du virus, préféré s’isoler et tenter de remédier à la situation chacun de son côté, plutôt que de mettre en commun leurs informations et leurs moyens d’action. 

L’Union européenne et la France, pas à la hauteur des enjeux

La pandémie du covid 19 a mis au grand jour l’absence totale de cadre de coopération régionale en Europe et particulièrement dans les pays membres de l’UE.

Depuis plus de deux ans, les personnels hospitaliers, et particulièrement les services d’urgence de notre pays, sont en lutte contre la casse du service public de santé en France, la progression des déserts médicaux dans nos départements, le manque de personnels et l’injonction des logiques de rentabilité imposée à la santé. La suppression de 67 000 lits en 15 ans rendait impossible l’accueil simultané de plusieurs centaines patients en cas d’épidémie. Les autorités françaises ont aussi sous-estimé, le terme est faible, avant la pandémie, et depuis qu’elle touche la France et l’Europe, elles continuent de faire l’impasse sur l’indispensable mobilisation, cohésion et solidarité internationale que la lutte contre la pandémie commande d’organiser.

La France, en tant que membre permanent de l’ONU, a une responsabilité importante dans l’inaction de la communauté internationale en cette période de pandémie. Le gouvernement français doit se joindre à l’appel d’unité et de solidarité internationale d’Antonio Guterres et des 10 États non permanents, en signant le cessez-le-feu mondial, afin de contribuer activement à l’endiguement du Covid 19.