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INTERNATIONAL

L’Allemagne sous hautes tensions

Suite aux élections législatives du 24 septembre, les négociations entamées par Angela Merkel pour former une nouvelle coalition gouvernementale « jamaicaine » avec le parti libéral-démocrate (FDP) et les Verts ont échoué. Les trois partis n’ont pas réussi à s’entendre sur des positions capitales de leurs programmes.

Les migrations au cœur de la discorde

Les questions migratoires ont profondément divisé les forces politiques durant les négociations. Les dirigeants du parti libéral-démocrate (FDP) sont connus pour leur hostilité à l’accueil des réfugiés. Ils se sont offusqués plus d’une fois face à la politique migratoire d’Angela Merkel, qui a pourtant dopé l’économie allemande en 2016 en permettant l’installation d’un million de réfugiés. Cela dit, depuis un an, la chancelière a mis fin à cette arrivée massive par plusieurs mesures extrêmement critiquables. D’une part, une liste d’États “sûrs” a été dressée, ainsi des milliers d’Afghans pourraient par exemple être expulsés. D’autre part, un tiers des candidats à l’asile ne bénéficient que d’une protection “subsidiaire”, c’est à dire que si la guerre cesse dans leur pays, ils seraient sommés d’y retourner. Sans compter que le regroupement familial est désormais suspendu.

Les Verts n’ont pas caché leurs désaccords avec ces mesures. Ils se sont fermement opposés à l’idée d’un plafonnement du nombre de demandeurs d’asiles à 200 000 par an. Ils ont également exprimé leur souhait de revenir sur la décision de suspendre le regroupement familial.  

D’autres impasses politiques

Les questions environnementales ont, de manière prévisible, clivé les représentants politiques. Outre leurs désaccords sur les baisses d’émission de CO², les Verts se sont opposés aux deux autres partis en matière de fermeture des centrales à charbon. Les conservateurs (CDU-CSU) et le parti libéral-démocrate (FDP) considèrent que prendre des engagements de fermeture serait un non-sens économique.

Sur le plan fiscal, les libéraux réclament plus de baisses d’impôts. Ils souhaitent en particulier supprimer la taxe « de solidarité » servant à soutenir les régions économiquement défavorisées de l’ex-RDA d’ici 2 ans. La CDU-CSU préférerait l’éliminer par étapes, tandis que les Verts sont contre cette proposition.

En matière d’éducation, ce sont les conservateurs et les libéraux qui ont entamé un bras de fer, puisque ces derniers ont réclamé une réforme du fédéralisme, exigeant plus de responsabilité de l’État, ce avec quoi Angela Merkel n’est pas d’accord.

Suite à ces impasses politiques, le président du parti libéral-démocrate a quitté dimanche soir la table des négociations avec fracas, en clamant : “Il est préférable de ne pas gouverner que de mal gouverner.”

Le FDP est particulièrement frileux depuis son élimination du parlement à la suite d’une coalition avec la CDU-CSU il y a quelques années. Ces considérations électorales semblent avoir pesé encore plus lourdement que les différents politiques.

Une situation à haut risque pour Angela Merkel

La chancelière est en grand danger, puisqu’elle risque d’y laisser sa peau, quel que soit le scénario adopté.

Prolonger les négociations s’annonce exclu, puisque les socialistes (SPD) ont réaffirmé dimanche leur volonté d’être dans l’opposition. Cependant, plusieurs cadres du parti s’inquiètent de nouvelles élections qui pourraient voir une nouvelle percée de l’AFD. Le Président de la République allemand, issu du SPD, a lancé un appel à la “responsabilité des partis”. Le parti social-démocrate, qui a enregistré le pire score de son histoire, doit tenir son congrès du 7 au 9 décembre prochain.

C’est le chef de l’État qui a désormais la main. Il a annoncé son intention de consulter les dirigeants de tous les partis. Dans une exceptionnelle allocution télévisée, il n’a mentionné ni la possibilité de nouvelles élections, ni le nom de Madame Merkel.

La tâche s’annonce ardue pour le président. Au vu de la composition du Budenstag, il paraît difficile d’arriver à un accord pour une coalition. Il peut alors choisir de nommer un chancelier minoritaire, en espérant que le parlement l’approuve. Sinon, il lui faudra provoquer de nouvelles élections, même s’il s’y refuse pour l’instant.

Dans tous les cas, Mme Merkel qui a déclaré “n’avoir peur de rien” a perdu la main sur le calendrier.

Changement d’équilibre en vue dans l’Union Européenne

Après l’élection d’Emmanuel Macron, qui nourrit de fortes ambitions sur l’Union Européenne, la situation de faiblesse dans laquelle se trouve la chancelière allemande ouvre une nouvelle séquence.

Une majorité sans le FDP, et débarrassée du besoin de ne pas le froisser, pourrait soutenir plus fortement les réformes proposées par la présidence française. À l’inverse, un accord avec le FDP ou de nouvelles élections avec une nouvelle percée des forces “eurosceptiques” pourrait produire l’effet inverse.

Les négociations sur le Brexit seront également fortement influencées par la nouvelle majorité allemande. La ligne “dure” opposée actuellement au britannique n’aurait pas le même poids, si l’Allemagne venait à s’en désolidariser.

Plus globalement, la crise politique en Allemagne, ouvre une opportunité rêvé pour Macron, qui fort de sa majorité en France, peut désormais prétendre incarner la direction de l’Union Européenne. Pour les peuples de l’Union Européenne, ce changement de leadership ne devrait pas changer les logiques austéritaires qui dégradent leurs quotidiens.