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Las Mariposas, à l’origine de la journée contre les violences faites aux femmes

Ce 25 novembre, Avant-Garde revient sur les origines historiques de la journée contre les violences faites aux femmes. Tout commence en République Dominicaine où grandissent les sœurs Mirabal, Patria, Minerva et Maria Teresa, surnommées Las Mariposas (“les papillons”) et qui connaîtront un tragique destin…

La République Dominicaine est à l’époque dirigée par le dictateur Rafael Trujillo depuis son coup d’État en 1930. Il dirige alors le pays d’une main de fer et est soutenu par les États-Unis. Anticommuniste, nationaliste et conservateur, il traque ses opposants. C’est donc dans ce contexte que grandissent les sœurs Mirabal.

L’enfance et l’adolescence des soeurs Mirabal

Les sœurs Mirabal grandissent dans une famille aisée et font leur scolarité dans une école catholique à la suite de laquelle Minerva souhaite continuer ses études. Les sœurs Mirabal sont travailleuses et passent leur diplôme avec succès.

Minerva commence donc des études de droit à l’université où elle découvre la théorie marxiste et se fait des ami·e·s communistes. Elle y rencontre notamment Pericles Franco, futur fondateur du Parti Socialiste Populaire, déjà connu des autorités pour ses prises de positions qui lui ont valu quelques séjours en prison.

À cette même époque, Minerva commence à remettre en question le régime de Trujillo en écoutant notamment des radios étrangères. Minerva et Périclès entament alors une relation qui participe à l’engagement politique de Minerva contre la politique de son pays.

Le début des problèmes

En 1949, les sœurs Mirabal sont invitées à une grande réception au palais du gouvernement en l’honneur de Trujillo où ce dernier à l’habitude de choisir des jeunes filles à son goût avec qui il s’expose ensuite lors d’évènements. Trujillo commence alors à faire des avances à Minerva, avances qu’elle doit décliner à plusieurs reprises. Exaspérée par l’insistance de Trujillo et le harcèlement qu’il lui faut subir, elle finit par lui exprimer violemment son refus ce qui aura pour conséquences d’attirer les foudres du dictateur, blessé dans son orgueil, sur toute la famille Mirabal.

La famille Mirabal devient la cible du régime de Trujillo

Quelques jours après le courageux refus de Minerva, le père des sœurs Mirabal, Enrique Mirabal est arrêté et emprisonné. Puis, vient le tour de Minerva, Patria et Maria Teresa ainsi que leurs ami·e·s. Elles sont emprisonnées et interrogées avec violence notamment sur leurs liens avec le Parti Socialiste Populaire. Minerva est aussi interrogée sur sa relation avec Périclès Franco et se voit même proposé d’être libérée si elle accepte de rédiger une lettre d’excuse à Trujillo. Proposition qu’elle refuse évidemment…

L’acharnement de Trujillos sur les sœurs Mirabal ne s’arrête pas à leur sortie de prison. Lorsqu’en 1957, Minerva devient la première femme doctorante en droit de République Domincaine, Trujillo lui remet son diplôme et lui promet de ne jamais la laisser exercer. Mais ces menaces ne découragent toujours pas Minerva qui, avec ses sœurs, est toujours déterminée à faire tomber ce tyran.

Le Mouvement du 14 juin et las Mariposas

Encouragées par la chute de plusieurs dictatures d’Amérique du Sud, comme à Cuba ou le régime du tyran Baptista fut renversé par Fidel Castro et le Che Guevara, les sœurs Mirabal continuent de mener leurs combats. Le mouvement du 14 juin voit alors le jour, présidé par Manolo Travárez Justo, le mari de Minerva.

Le mouvement du 14 juin est un mouvement anti trujillista, communiste et anti-impérialiste et tire son nom d’une tentative de putsch, soutenue par Cuba, ayant eu lieu et échoué le 14 juin 1959. Les sœurs Mirabal adhèrent au Mouvement dès sa première réunion secrète et se font alors appeler “Las Mariposas” (“Les Papillons”).

Les membres du 14 juin sont alors très souvent arrêté·e·s. Patria, Minerva et Maria Teresa sont arrêtées et condamnées à 5 ans de prison pour “atteinte à la sécurité de l’État”. Leurs maris purgent une peine bien plus longue. Pendant leur détention à la Cuarenta, las Mariposas sont torturées avant d’être transférées dans une autre prison puis libérées en 1960 à la fin de leur peine, réduite à trois ans en appel.

L’assassinat

Las Mariposas sont de plus en plus populaires et deviennent un symbole de la Révolution aux yeux du peuple dominicain. Elles obtiennent le soutien de l’Église catholique et de l’opinion internationale.

Le tyran Trujillo toujours au pouvoir craint de plus en plus les Mirabal et cherche à les faire taire. C’est le 25 novembre 1960 qu’il arrive malheureusement à ses fins. Alors que Las Mariposas sont en route pour aller rendre visite à leurs maris en prison, elles sont arrêtées par une voiture de laquelle sortent des hommes, qui les massacrent à la machette puis replacent leurs corps dans leur Jeep qu’ils poussent ensuite dans le vide.

Ces “accidents de la route” sont alors fréquents à l’époque et le peuple sait très bien qui a orchestré l’assassinat des soeurs Mirabal : Trujillo est de moins en moins populaire. Il sera lui aussi victime d’un étrange accident de la route et criblé d’une soixantaine de balles. Ses assassins deviennent des héros nationaux pour avoir libérer le peuple de ce tyran.

Aujourd’hui leur combat continue

De nos jours, l’héritage des Mariposas est toujours présent. Leur région natale en République Dominicaine a été renommée “Hermanas Mirabal” et la journée internationale contre les violences faites aux femmes a lieu tous les ans le 25 novembre, date de leur assassinat.

C’est officiellement en décembre 1999 que l’ONU fixe le 25 décembre comme la date de la journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes, journée organisée par diverses organisations dans de nombreux pays.