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Le chômage baisse un peu, les profits des patrons augmentent beaucoup

8,8 % C’est le pourcentage du taux de chômage annoncé par le gouvernement sur tous les plateaux de télé depuis quelques jours. L’ensemble des députés LREM ainsi que les membres du gouvernement, Penicaud en tête, se félicitent de la “baisse historique” du taux de chômage. D’autres résultats viennent ternir les dires du gouvernement et montrent une autre réalité du chômage.

Pôle emploi a également publié ses chiffres sur le chômages et laisse entrevoir une autre réalité beaucoup moins glorieuse pour le gouvernement. En effet Pôle emploi parle en réalité d’une baisse de seulement 0,8% sur le trimestre. Cette baisse sur ce trimestre s’explique principalement par le fait que le dernier trimestre de fin d’année propose tous les ans des chiffres du chômage plus bas dû à la création de postes saisonniers sur cette saison. Pôle emploi annonce en réalité une baisse de seulement 0,3% du chômage par rapport à l’année dernière.

Comment expliquer une telle différence de chiffres entre le gouvernement et Pôle emploi ?

Cette différence de chiffre réside avant tout dans la façon de définir qui est chômeur et qui ne l’est pas. Le gouvernement reprend la définition du Bureau international du travail (BIT) qui dit “qu’un chômeur est une personne en âge de travailler (ayant 15 ans ou plus) qui n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine de référence, est disponible pour travailler dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent”. Le fait donc de ne travailler ne serait-ce qu’une heure sur une période donnée ne permet pas de considérer cette personne comme un chômeur selon la définition du BIT et du gouvernement.

Pôle emploi quant à lui définit comme chômeur l’ensemble des demandeurs d’emploi qui s’inscrivent à Pôle emploi. Par conséquent les chiffres sont différents.

Pour autant les chiffres de Pôle emploi ne sont pas une analyse fine du chômage mais simplement une donnée brute des demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi. Ces données ne permettent pas d’avoir une vision exacte de la situation du chômage en France. L’INSEE propose une autre façon d’évaluer le chômage. Ils reprennent les chiffres du BIT auxquels ils ajoutent ce qu’il qualifie de “halo du chômage”. Ce halo comprend des personnes inactives qui ne sont pas considérées comme chômeurs selon les données du BIT mais qui pourtant sont dans une situation relativement proche de ceux-ci. Le halo du chômage ajoute, par exemple, aux chiffres du BIT les individus inactifs mais qui ne sont pas considérés comme faisant des recherches “intensive” de travail ou pas disponible pour travailler dans les deux semaines. Si on prend donc les données de l’INSEE, aux quelques 2,5 millions de chômeurs selons les chiffres du BIT s’ajoutent 1,5 millions de personnes qui font partie de ce “halo” de chômage. Si on observe l’évolution des chiffres de l’INSEE concernant le chômage et le halo du chômage on voit que le nombre de personnes dans cet halo ne fait qu’augmenter d’année en année.

Ces données permettent de mieux évaluer le réel taux de chômage contrairement aux données du BIT qui sont trop restrictives. Si on prend en compte ces nouvelles données nous observons malgré tout une baisse du chômage mais celle-ci reste très marginale et est très éloignée des chiffres de 8,8 %.   

Une baisse marginale du chômage mais à quel prix ?

Les différentes réformes autour du travail qui étaient censées lutter contre le chômage et “mettre la France au travail” ont eu un effet plus que marginal sur le baisse du chômage, d’autant plus que tous les indicateurs laissent prévoir une nouvelle augmentation du chômage dans les trimestres à venir. En revanche ces réformes ont un impact significatif sur la montée de la précarité en France. En effet toutes ces réformes ont notamment permis d’une part la création de nouveaux contrats précaires (Interim, micro-entrepreneurs, etc) et d’autre part de précariser les contrats déjà existants. Les premières victimes de cette précarisation du monde du travail sont les femmes et les jeunes. Comme exposé dans une récente étude de l’INSEE, les 15-24 ans qui ne représentent que 8% des personnes ayant un emploi et occupent pour 24% d’entre eux “un contrat court” et les femmes occupent la majorité des contrats à temps partiel.

Aux différentes réformes qui augmentent la précarité nous pouvons ajouter les différentes politiques austéritaires dans la fonction publique. D’une part, celles-ci augmentent le nombre “de précaires de la fonction publique”, notamment via la généralisation des contractuels dans la fonction publique, d’autre part ces politiques ont pour conséquence la fermeture de nombreux services, et l’augmentation du prix de certains services qui ont un impact certain sur le pouvoir d’achat.

Contrairement à ce que dit le gouvernement sur l’ensemble des plateaux de télévision, l’augmentation du chômage en France n’est pas de l’histoire ancienne, au contraire celui-ci est bien présent. Les différentes réformes qui devaient lutter contre le chômage n’ont en réalité pas permis de l’endiguer. En revanche elles ont eu pour conséquence la montée croissante de la précarité.