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“Le Green New Deal doit servir à sauver la planète et à poser les bases du socialisme aux Etats-Unis” : entretien avec Maicol David Lynch

Maicol David Lynch, militant de la jeunesse du Parti communiste des Etats-Unis (CPUSA), professeur à l’Université de l’Ohio et contributeur régulier du journal People’s World, revient pour Avant-Garde sur les grands enjeux de ce plan de la lutte pour l’environnement sous Trump.

Nouvelle figure socialiste démocrate étasunienne, la parlementaire Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) a beaucoup fait parler d’elle depuis son élection, notamment par son opposition frontale à Trump et à ses discours anti-écologiques.

En reprenant l’idée du Green New Deal, une proposition portée de longue date par les ONG écologistes, AOC a menée une offensive salutaire dans la bataille des idées, au sein d’une Amérique traversée par des fortes inégalités qui ne facilitent pas la prise en compte de la part de la population et des questions politiques liées à la préservation du climat et de l’écosystème.

La solution du Green New Deal serait de fonder un plan d’investissement massif vers les énergies renouvelables, pour se débarrasser des énergies fossiles d’ici 2030, notamment par la taxation des grandes fortunes.

Le dernier rapport du GIEC, l’Accord de Paris sur le climat, les COP successives ainsi que le rapport de l’ONU sur les extinctions de masses sont autant d’éléments qui viennent alimenter le débat autour des actions à mener sur la politique écologique. Comment cet enjeu est-il appréhendé au sein de la population états-unienne?

La majorité du peuple états-unien s’oppose à Trump et à son retrait de l’Accord de Paris. Trump n’a pas remporté le vote populaire lors des élections de 2016 et c’est la “nouvelle garde” de femmes et d’hommes politiques qui est en train de gagner le coeur des États-Uniens. Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders, Ilhan Omar et Rashida Tlaib ne sont que quelques uns des élus progressistes ou proches du socialisme, autour desquels les gens se rassemblent pour soutenir le Green New Deal. Au-delà de la politique électorale, les Etats-Uniens deviennent de plus en plus conscients de sujets tels que le recyclage ou l’usage de sacs de course ou de pailles qui ne polluent pas la planète.

La jeunesse états-unienne – et plus largement la population en général – est-elle réceptive au mouvement “Youth For Climate” et active dans celui-ci ?

La population états-unienne en général croit au changement climatique et ne le rejette pas comme étant un “canular chinois”, comme l’a fait Trump par le passé. C’est néanmoins la jeunesse qui mène le combat contre le changement climatique, car ce sont les jeunes qui en subiront les conséquences si nous n’agissons pas maintenant. Le 15 mars, des lycéens et des étudiants ont séché les cours dans tout le pays, dans un effort pour faire entendre leur opposition aux politiques de l’administration Trump concernant le changement climatique. La plus grande de ces manifestations s’est tenue à Washington D.C.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a attiré beaucoup d’attention avec sa proposition de “Green New Deal” (GND) pour faire face au changement climatique. Quels sont les principaux aspects de ce programme ?

Le GND appelle, en surface, au développement d’une énergie propre et renouvelable. Le CPUSA insiste pour que celui-ci soit mené par les travailleurs, les familles et les leaders locaux, afin que, en plus d’une énergie propre, le GND fournisse également des emplois, comme l’avait fait le New Deal original durant la Grande dépression des années 1930. Et qui paiera pour cela ? Il n’y a pas de raison que le budget militaire soit aussi élevé qu’il l’est aujourd’hui, dans le but d’occuper et de menacer d’autres pays à travers le monde, tandis que la classe capitaliste au pouvoir bénéficie de baisses d’impôts. Le GND servira essentiellement à sauver la planète et à poser les bases du socialisme ici, aux Etats-Unis.

Donald Trump et les conservateurs tentent d’opposer les travailleurs et la protection de l’environnement. De l’autre côté, les libéraux promeuvent de plus en plus l’idée d’un “capitalisme vert”, dans lequel la protection de l’environnement serait atteinte par les marchés. Le GND représente-t-il l’opportunité d’unifier les luttes pour la protection de l’environnement et la justice sociale ?

Le GND est une réforme sociale-démocrate pour la protection de l’environnement, qui, si elle était correctement mise en oeuvre, permettrait également de contribuer à la justice sociale sous la forme de redistribution des richesses, en faisant payer aux milliardaires une plus grande part d’impôts. Il n’y a pas de raison que le pays le plus “développé” et “de première classe” au monde n’aie pas de GND ! La même chose est vraie pour notre manque de sécurité sociale !

Mais pour le moment, nous promouvons un GND et une alternative “éco-socialiste” au capitalisme vert des libéraux, tel que décrit par notre camarade Marc Brodine dans son récent livre, Green Strategy (New York : International Publishers, 2018).

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde