Gwenn Herbin | Avant-Garde
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L’Edito du mercredi par Antoine Guerreiro

« Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine »

S’il fallait résumer en une phrase les événements auxquels nous assistons cette semaine, cette célèbre citation s’y prêterait tout à fait. L’affaire Weinstein puis l’appel à témoignages #balancetonporc ont en effet suffit à déclencher dans tout le pays une vague de révolte inédite contre le patriarcat. C’est bien un gigantesque brasier qui couvait sous la cendre de l’indifférence. Cette affaire a révélé au grand jour la réalité que notre société avait mis tant de mal à camoufler, derrière la promotion de la famille, l’esthétisation du viol et l’étouffante morale bourgeoise.

La cruelle vérité apparaît alors au grand jour. Les violences sexuelles ne sont pas le fait des « déséquilibrés » dont font état les journaux à sensation, mais le fait de toute une société malade qui produit en quantité industrielle les potentiels agresseurs des femmes. Cette violence permanente et généralisée contre les femmes n’est due ni au manque d’éducation ni aux préjugés ou encore à l’alcool, comme on peut parfois l’entendre. Elle est promue, réfléchie, organisée et son exercice est intimement lié à celui du pouvoir. En agressant les femmes, les hommes s’assurent qu’elles ne transgresseront pas la « juste place » qu’ils leur ont assignée, celle du travail invisible et gratuit à leur bénéfice exclusif.

C’est donc une question de classe, mêlant inextricablement économie et politique, foyer et entreprise, capitalisme et patriarcat.

Dans ce contexte, l’empressement d’Eric Zemmour et de ses amis à voler à la rescousse des agresseurs ne fait que confirmer le retournement du rapport de forces à l’œuvre.

« Il faut voir la terreur comique de ceux qui préféraient les réseaux sociaux à l’heure où ils servaient à conduire des campagnes de cyber-harcèlement »

comme l’écrit si justement ce matin Laureen Genthon.

Dans le milieu étudiant, ce mouvement de protestation a eu un retentissement sans précédent. Suite à l’appel lancé sur sa page Facebook, le Figaro Etudiant évoque d’ailleurs une « avalanche de témoignages » d’étudiantes. A la fac, en stage, en cité U… Les propos de nos camarades de promo sont glaçants, mais leur courage est admirable.

C’est sur leur détermination que nous pourrons compter pour bâtir les campus féministes dont nous avons besoin. Car puisque la violence est présente partout, partout nous y opposerons notre projet politique. Autour du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, les étudiant.e.s communistes mèneront sur tous les campus une semaine d’action antisexiste.

Avec nos débats et événements, avec notre appel à enrayer les violences lors des stages, nous voulons donner des prolongements politiques à la colère légitime des étudiantes. Un travail essentiel mais exigeant ; la révolution est à l’ordre du jour jusque dans les organisations progressistes, pour les mettre à la hauteur du niveau actuel de conscience des femmes.

Puisqu’entre le socialisme et la barbarie le choix est inéluctable, nous ne resterons pas au pied du mur.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde