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Les plans Hercule et Clamadieu ou la casse du service public de l’énergie

Depuis plusieurs mois, les travailleuses et travailleurs d’EDF et GDF sont mobilisé·e·s contre les plans du gouvernement concernant le secteur de l’énergie. 

Les Plans portés par le gouvernement

Premièrement, les deux plans, Hercule et Clamadieu, prévus par le gouvernement, laissent entrevoir la fin du statut des industries électriques et gazières (IEG). 

En effet, le plan Hercule, élaboré par des banques d’affaires, consiste en la scission d’EDF en trois entités différentes et le plan Clamadieu diviserait GDF en deux nouvelles entités. Les enjeux de la désintégration de EDF et GDF sont simples : c’est la privatisation des profits et la socialisation des pertes.

EDF vert, entité la plus rentable et la plus attractive grâce à ses revenus sûrs, avec notamment les énergies renouvelables que sont l’éolien, le photovoltaïque, une partie de l’hydraulique et les réseaux électriques Enedis et SEI, serait largement privatisée. 

À contrario, EDF bleu comprendrait les énergies qui demandent le plus d’investissements et qui permettent bien moins de retours sur investissement, comme le nucléaire avec la remise à niveau de nos centrales vieillissantes. EDF bleu resterait publique. 

La troisième entité serait EDF azur, une filiale d’EDF bleu qui concernerait les barrages hydroélectriques dont les concessions seraient remises en concurrence. 

Ainsi, comme nous l’explique Cédric Liechti (CGT Energie Paris) dans un entretien accordé à Avant-Garde en janvier dernier, il est fort probable que nous assistions, dans les années à venir, au déclin financier d’EDF bleu qui ne rapporterait plus rien et qui serait alors abandonnée aux capitaux privés.

À l’instar du plan Hercule pour EDF, le plan Clamadieu a pour but la division de GDF en deux entités. Ainsi le distributeur de gaz GRDF et son transporteur GRTGAZ seront ouverts à la privatisation.

Lorsque l’on sait que GRDF et Enedis (EDF vert) sont les entités qui rapportent le plus, il ne fait aucun doute que le véritable but est de privatiser les profits sans pour autant améliorer les services.

Les conséquences du démantèlement du secteur de l’énergie

Cette filialisation du secteur de l’énergie ne serait, bien sûr, pas sans conséquences. 

Comme l’expliquait Cédric Liechti, le passage d’ENEDIS dans EDF vert signifie clairement la fin de la FIRE, la Force d’Intervention Rapide Électricité qui permet à ce jour à ENEDIS, encore publique et rattachée à EDF, de travailler de paire avec le Réseau de Transport Électrique (RTE). 

Le plan Hercule prévoit de rattacher le RTE à EDF bleu et donc de séparer ENEDIS et le RTE, empêchant ainsi l’action de la FIRE. Nous assisterions aussi à la fin potentielle de l’entraide nationale à cause de la régionalisation que pourrait entraîner un tel plan. 

Effectivement, si des entreprises privées concurrentes détiennent chacune le réseau de distribution électrique d’une région, jamais elles ne s’entraideront si, par exemple, le réseau d’une région était perturbé par des intempéries. 

Pourtant, la CGT nous rappelle que selon l’article L. 100-1 du Code de l’énergie, la politique énergétique de la France doit, notamment, garantir “la cohésion sociale et territoriale en assurant un droit d’accès de tous les ménages à l’énergie sans coût excessif au regard de leurs ressources” et permettre de “lutter contre la précarité énergétique”.

Sans surprise, une forte augmentation des tarifs est également à prévoir. Mais cela pourrait aussi marquer la fin du tarif unique au niveau national, pour un tarif en fonction des sociétés privées qui détiendraient tel ou tel réseau électrique régional, ce qui signifierait aussi la fin de l’égalité du traitement des ménages. Selon la CGT, les ruraux en seraient les premières victimes.

Un tel démantèlement menacerait aussi un grand nombre d’emplois, notamment à cause de la fermeture de sites suite à la privatisation.

Les revendications des syndicats

Les fédérations syndicales ont interpellé, en novembre dernier, députés et sénateurs sur le fait que ces projets de casse d’EDF compromettraient sérieusement “ses missions d’opérateur public, celles d’un service public permettant l’accès à l’électricité”, selon la CGT.

Cédric Liechti explique par ailleurs que le projet de la FNME CGT est tout autre. Effectivement, la CGT revendique le fait de “redonner à la nation le contrôle du secteur de l’énergie”, cela passe par la fin de la privatisation et de la concurrence.

Thierry Raymond, délégué syndical central de la CGT EDF, explique qu’il faut “remettre en place un système d’Epic (établissement public à caractère industriel et commercial) et redonner la main aux travailleurs et aux travailleuses, aux citoyennes et aux citoyens et aux élu·e·s”

Ce système d’EPIC, que revendique la CGT, ce sont deux entreprises, une pour le gaz et une pour l’électricité, totalement publiques, qui géreraient l’ensemble de la production, du transport, de la distribution et de la commercialisation des énergies, le but étant que ces dernières redeviennent des propriétés de la nation.

La CGT demande également “l’application du statut national pour l’intégralité des travailleurs du secteur car il n’y a pas de service public de haut niveau sans un statut de haut niveau” comme nous l’expose Cédric Liechti avant d’insister sur le fait que la CGT Energie Paris revendique que les représentants démocratiquement élus des agents et des usagers aient le contrôle sur les décisions et les orientations, ce qui justifie leur slogan : “nous travaillons, nous produisons, nous décidons !”

Une autre revendication importante de la CGT est l’embauche statutaire de tous les sous-traitants d’EDF et de GDF. Cela correspond à plusieurs milliers d’emplois, très souvent occupés par des jeunes.

Il est plus que jamais temps de défendre le service public et avec lui l’égalité entre tous les citoyens et toutes les citoyennes, quelle que soit leur classe sociale. Nous ne pouvons pas laisser les capitalistes détruire le secteur de l’énergie et compromettre par la même occasion l’accès des usagers à des biens et services essentiels. La gestion des services publics doit revenir à la nation et aucun actionnaire privé ne doit pouvoir en tirer profit.