Images d'archives Hans Beimler
CULTURE

L’héritage du communiste Hans Beimler

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Hans Beimler, revenons sur le destin exceptionnel de ce communiste allemand, dont le témoignage, et les épreuves vécues sous le régime nazi peuvent encore aujourd’hui nous éclairer.

Un militant de toutes les luttes

Né en 1895, Beimler est mobilisé dans la marine allemande pendant la Première Guerre mondiale, et prend part à une mutinerie à Cuxhaven à la fin de celle-ci, avant de rejoindre la ligue spartakiste. 

Après l’échec de la révolution communiste en 1919, il retourne à une vie civile, ce qui ne lui évite pas plusieurs séjours en prison, au cours des années 1920, que lui valent son rôle de responsable politique dans les rangs communistes bavarois. 

Aux élections de 1932, il devient député pour la Bavière au parlement allemand, le Reichstag. Son mandat est de courte durée : Adolf Hitler est nommé chancelier au début de l’année 1933, et le KPD, le parti communiste allemand, est presque aussitôt considéré comme illégal, et ses militants traqués. 

Beimler ne fait pas exception : après quelques mois de clandestinité, il est arrêté par les SA. Torturé, il est déporté au camp de Dachau, où il subit à nouveau de nombreuses sévices corporelles, avant de parvenir à s’évader, la veille de son exécution, et à rejoindre Moscou.

De cette expérience concentrationnaire, il rédige un récit : “Au camp d’assassins de Dachau : quatre semaines aux mains des bandits à chemise brune”, considéré comme le tout premier rapport sur les camps de concentration du régime national-socialiste. 

Lorsque débute la guerre civile espagnole en 1936, il rejoint les Républicains et devient le commissaire politique de la Brigade Thälmann1, qui regroupe la plupart des engagés allemands, et à la tête de laquelle il meurt au combat, le 1er décembre 1936. Selon la presse française, ses obsèques à Madrid rassemblent près de 200 000 personnes.

Un témoignage inestimable

Au-delà de l’engagement et de l’abnégation exemplaires de Beimler, son récit nous livre de précieuses informations sur les combats auxquels il a participé, et qui se sont souvent soldés par une défaite et de lourdes pertes pour les militants communistes.

Plus précisément, le témoignage qu’il rédige sous forme de brochure dès son évasion, au-delà de rappeler, si cela était nécessaire, les pratiques coutumières des nazis dans les camps de concentration, permet d’observer quel est le rapport de force politique à la fin de l’année 1933. 

Ne l’oublions pas : si les camps de concentration, et notamment celui de Dachau, sont mis en place par les nazis dès l’arrivée d’ Hitler au poste de chancelier, le droit allemand ne permet pas encore les pratiques qui y ont cours, notamment les tortures et les exécutions sommaires. Le suicide par exemple est recommandé à plusieurs reprises à Hans Beimler, plutôt que de devoir déguiser son assassinat. 

“Au camp d’assassin de Dachau” se veut ainsi un élément à charge contre le régime nazi, dont le renversement est encore envisageable. C’est notamment pour cette raison que la brochure est traduite en anglais, en français et en espagnol dès sa parution, afin de faire prendre conscience aux populations de la réalité du fascisme outre-Rhin. 

A la même époque, grâce à la pression internationale, des communistes allemands accusés de l’incendie du Reichstag peuvent être libérés.

Par ailleurs, l’écriture de Beimler permet aussi une compréhension de l’état d’esprit de toute une génération de militants, qui viennent de perdre face au nazisme, et qui s’apprête à l’affronter. Après avoir vécu une expérience traumatisante, Hans Beimler fait ainsi le choix d’utiliser son vécu comme un outil de propagande à la faveur des fronts antifascistes, et persiste dans son appel à la mobilisation de la classe ouvrière.

Quel devoir de mémoire ?

A la suite des atrocités commises pendant le régime national-socialiste, il convient de reposer la question des choix de mémoire que nous entretenons, et de leur signification politique. 

Hans Beimler, membre du KPD et des brigades internationales, a fait l’objet d’un véritable culte en RDA : la médaille Hans Beimler récompense les Allemands ayant pris part au combat aux côtés des Républicains espagnols. 

En outre, de nombreuses rues et places ont longtemps porté le nom de Beimler. Certaines usines également, de même que des épreuves sportives. Il est l’objet d’un film de propagande sorti en 1969. 

Sa notoriété est aujourd’hui plus faible. Il est l’objet d’une partie du documentaire 1918-1939 : les rêves brisés de l’entre-deux-guerres, sorti en 2018. En tant que symbole de lutte, il ne convient pas d’étudier seulement son histoire, mais également l’histoire de sa mémoire, et la place qu’il occupe, ainsi que les militants communistes de l’époque dans leur ensemble, dans le devoir de mémoire. 

Si nos dirigeants ont fini par reconnaître la participation active de l’Etat français à la Shoah, et que cette dernière fait l’objet d’une transmission, à travers l’éducation notamment, il apparaît qu’une pièce manque au puzzle. 

Le sang versé par les premiers antifascistes que sont les communistes de l’entre-deux-guerres semble s’être évaporé, au profit  d’une vision exclusivement dépolitisée, plus avantageuse pour le capital, de la lutte contre la barbarie du national-socialisme. 

Alors que le capitalisme s’endurcit, et que des heures de plus en plus sombres se profilent à l’horizon, un de nos devoirs dans notre lutte contre le fascisme renaissant est de mettre la lumière sur ces héros d’autrefois, à l’image de Hans Beimler, qui ont démontré par leur sacrifice que le fascisme ne peut que se combattre.

Pour aller plus loin :Lire “Au camp d’assassins de Dachau” en ligne.


1 Du nom de Ernst Thälmann, dirigeant du KPD, emprisonné dès 1933 et liquidé en 1945.